Écoconception des services numériques : comment éviter le greenwashing

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L'impact environnemental du numérique va bien au-delà des émissions de gaz à effet de serre dues à l'énergie consommée par les data centers, observe notamment Caroline Vateau.
"L'impact environnemental du numérique va bien au-delà des émissions de gaz à effet de serre dues à l'énergie consommée par les data centers", observe notamment Caroline Vateau. (Crédits : Indigo Parking)
Face à l'explosion des services numériques, la responsabilité environnementale devient un facteur de différenciation. Mais seule une approche d'écoconception globale peut permettre d'éviter les transferts de pollutions. Un livre blanc publié récemment par l'Alliance Green IT en pose les bases. Caroline Vateau, administratrice de cette association des acteurs du secteur, détaille la démarche.

LA TRIBUNE - Quel est l'impact environnemental des services numériques ?

CAROLINE VATEAU - Au cours des dernières années, le développement des services numériques a explosé grâce à une multitude d'innovations technologiques et de nouveaux métiers. L'Idate et L'IDC (cabinets de conseil spécialisés, Ndlr)  prévoient qu'en 2020 les objets connectés disponibles seront entre 60 et 80 milliards et que le poids des données transférées annuellement atteindra les 40 zettaoctets. Cette digitalisation concerne toutes les entreprises, et non pas seulement les quelques champions du numérique internationalement connus. Son impact environnemental va bien au-delà des émissions de gaz à effet de serre dues à l'énergie consommée par les data centers, dont on parle de plus en plus mais qui n'est que la partie émergée de l'iceberg. La construction des équipements et appareils électroniques, et leur transformation en déchets, comptent aussi significativement: il suffit pour s'en rendre compte de prendre l'exemple d'un smartphone qui contient une quarantaine de métaux différents mais dont la durée de vie ne dépasse pas quelques années.

Qu'entend-on par écoconception dans ce domaine ?

Le Livre blanc récemment publié par l'Alliance Green IT vise justement à adapter cette notion (clairement définie par la norme ISO 14062, déjà largement répandue) au secteur spécifique des services numériques. L'objectif est d'éviter une utilisation impropre de ce terme et, d'ainsi promouvoir les bonnes pratiques et éviter tout greenwashing.

Puisque les services numériques englobent des industries très variées, nous proposons ainsi une approche globale, fondée sur l'identification d'unités fonctionnelles correspondant à un besoin de l'utilisateur: réserver un billet de train, envoyer un e-mail, etc. C'est de cette fonctionnalité qu'on déterminera les améliorations possibles en termes d'impact environnemental, en prenant en compte l'ensemble des éléments qui y concourent: terminaux et serveurs, réseaux et centres de données, logiciels. Toutes les étapes du cycle de vie de chacun d'entre eux devront être identifiées et évaluées à la lumière de plusieurs indicateurs: émissions de gaz à effet de serre, autres pollutions, épuisement des ressources, gestion des déchets...Cela permet d'éviter de simples transferts de l'impact environnemental, comme par exemple lorsque, pour allonger la durée de vie d'un équipement, on le rend plus robuste mais par ricochet plus énergivore.

D'après votre expérience, quelles sont les principaux leviers de l'écoconception ?

La sobriété, à savoir l'utilisation de moins de ressources pour le même service, est sans doute le principal. Les fonctionnalités proposées dépassent en effet souvent la demande du consommateur: éliminer le superflu permettra en revanche de rendre le service plus accessible et fluide, par exemple grâce à des pages internet plus claires et rapides à télécharger. D'autres leviers sont plus techniques, comme la réduction des équipements nécessaires ou l'élaboration de logiciels moins gourmands en énergie. Enfin, la communication est essentielle afin que l'utilisateur se saisisse de ces enjeux.

Quels coûts et avantages pour les entreprises qui voudraient se lancer dans une telle démarche ?

Certes, un calcul de retour sur investissement doit être mené pour chaque levier afin d'éviter les fausses bonnes idées. Et toutes les parties prenantes, fournisseurs comme usagers, doivent être engagées dans la réflexion. Mais en général, l'attention pour l'environnement devient de plus en plus un facteur de différenciation commerciale pour les entreprises du numérique et notamment pour les plus gros acteurs. Sans compter que pour nombre de jeunes chefs d'entreprise il s'agit également de mettre en oeuvre des convictions personnelles... L'ensemble de la filière, au niveau européen, a d'ailleurs participé à l'élaboration de notre Livre blanc, qui a reçu le soutien d'une douzaine de clusters, associations et fédérations représentant plus de 6.000 entreprises du numérique.

A quel stade en est-on en matière de réflexion autour de l'équilibre entre transition digitale et transition environnementale ?

En Europe, il existe plusieurs groupes de travail qui s'intéressent à ce sujet. L'Alliance Green IT compte d'ailleurs parmi ses membres des établissement d'enseignement et des syndicats professionnels. Mais nous n'avons pas trouvé à l'étranger d'oeuvre comparable à notre livre blanc. L'industrie numérique reste relativement récente: ce n'est qu'après l'explosion du marché qu'on est passé à la réflexion autour de ces enjeux.

Dans une industrie si évolutive, l'écoconception ne serait-elle pas un frein ?

Au contraire, si la démarche est intégrée dès le départ dans un nouveau projet, elle peut plutôt représenter un levier d'innovation !

Caroline Vateau

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a écrit le 09/03/2017 à 11:07 :
"La sobriété, à savoir l'utilisation de moins de ressources pour le même service, est sans doute le principal."

Oui, l'écologie c'est l'économie avant tout (dans le sens économiser).
Réponse de le 09/03/2017 à 13:03 :
Très juste, Citoyen. Mais le commerce, c'est aussi noyer le con-sommateur sous les infos et gadgets inutiles, empêcher une possible concurrence, bref, créer volontairement une débauche d'énergie pour garder l'illusion du "pouvoir" d'achat.
Réponse de le 09/03/2017 à 13:18 :
Il est évident que la société marchande nous inonde de communication pour nous vendre des tas de trucs dont nous n'avons absolument pas besoin et qu'en plus nous jetons quelques mois après.

Du coup nos océans sont devenus des bouillons de plastique.

Un société durable non polluante, si le secteur marchand le voulait ça fait belle lurette que nous l'aurions mais quand on veut pas on peut pas.

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