Engie se donne trois ans pour aligner son portefeuille sur sa nouvelle stratégie

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« Nous sommes le seul groupe de l'énergie déjà dual, positionné à la fois sur les gros systèmes centralisés et sur les nouveaux modèles décentralisés », se réjouit Isabelle Kocher, directrice générale d'Engie.
« Nous sommes le seul groupe de l'énergie déjà dual, positionné à la fois sur les gros systèmes centralisés et sur les nouveaux modèles décentralisés », se réjouit Isabelle Kocher, directrice générale d'Engie. (Crédits : BENOIT TESSIER)
Dans un secteur de l’énergie en plein bouleversement, la directrice générale de l’ex-GDF-Suez Isabelle Kocher affiche une volonté « déterminée mais non précipitée » de remodeler en profondeur les activités du groupe.

« Le secteur bouge de façon spectaculaire », souligne d'entrée Isabelle Kocher ce 5 juillet lors d'un point informel avec des journalistes.

« Ce qui frappe, ce n'est pas la direction mais la vitesse du ralliement à un nouveau modèle énergétique. »

Ce modèle se distingue par l'émergence de nouvelles générations d'infrastructures de production décentralisée d'énergie de plus en plus décarbonée, qui ne vont pas se substituer aux gros sites de production centralisés, mais les compléter à un rythme particulièrement rapide.

« Ces infrastructures décentralisées de production et de stockage sont déjà une réalité, ce n'est pas du tout un phénomène marginal », observe Isabelle Kocher.

La décarbonation concernera d'abord l'électricité, puis le gaz vert, qui devrait devenir économiquement viable d'ici une quinzaine d'années.

Solaire, hydrogène et services énergétiques au menu

La nouvelle patronne d'Engie croit tout particulièrement dans l'énergie solaire, sur laquelle l'entreprise s'est positionnée en acquérant Solaire Direct il y a un an. Dimensionnable, très flexible, avec des coûts en baisse constante, et un gisement non seulement gigantesque mais aussi très bien réparti dans le monde...

« Tout est aligné pour faire du solaire une technologie à grande échelle, conclut Isabelle Kocher. Et je ne suis pas sûre que l'on ait encore bien pris la mesure des implications géopolitiques que cela entraîne. C'en est fini de l'énergie concentrée dans les mains de quelques pays. »

Parfaite illustration de cette quête d'indépendance énergétique : le Maroc, qui a annoncé dès 2009 un plan solaire de grande envergure et vise 52% d'énergies renouvelables dans son mix énergétique en 2030. Engie y possède plusieurs projets dans le solaire à concentration ainsi qu'un projet intégré de terminal de gazéification au sud de Casablanca, construit avec le marocain Nareva et prévu pour entrer en service en 2021.

Autre technologie sur laquelle Isabelle Kocher fonde de grands espoirs : l'hydrogène, qui constitue un moyen de stockage pour les énergies intermittentes et va jouer un rôle de plus en plus important dans le lissage de la production. D'ailleurs, Engie teste actuellement différentes batteries d'électrolyseurs et reste en veille active sur cette technologie. La solution « solaire + hydrogène » testée en Australie est déjà compétitive off-grid et cela devrait être le cas à l'avenir de façon plus large.

« Nous sommes le seul groupe de l'énergie déjà dual, positionné à la fois sur les gros systèmes centralisés et sur les nouveaux modèles décentralisés », se réjouit Isabelle Kocher.

Fort de son entité Engie Energy Services, le groupe entend opérer son évolution à partir des services pour y ajouter la production et le stockage, « de manière très capillaire ».

Bientôt plus de charbon et peut-être pas de nucléaire neuf

Dans le même temps, Engie se donne trois ans pour céder les actifs qui n'entrent pas dans cette nouvelle stratégie.

« On ne peut pas tout faire, et nous devons être cohérents avec notre discours, d'autant plus si nous voulons embarquer nos équipes », rappelle Isabelle Kocher, reconnaissant l'enjeu que représente cette transition en termes de culture d'entreprise.

Le plan de cessions d'actifs de 15 milliards d'euros concerne essentiellement l'activité « exploration/production »,  les centrales à charbon et les activités exposées au prix de marché, notamment aux Etats-Unis où elles pèsent 4 milliards d'euros. Des centrales à charbon ont déjà été vendues en Indonésie, en Inde, en Australie, au Brésil, en Italie et au Royaume-Uni. D'autres pourraient tout simplement être fermées, comme celle d'Hazelwood en Australie, cible privilégiée des ONG environnementales. « Autant la volatilité des cours du pétrole peut créer des conditions plus favorables qu'en début d'année pour la cession des activités d'exploration/production, autant je ne vois pas quels drivers pourraient faire remonter les cours du charbon », reconnaît la directrice générale.

Sur le nucléaire, et notamment le projet britannique NuGen mené avec Toshiba au Royaume-Uni, Isabelle Kocher se dit très attentive aux décisions de EDF sur Hinkley Point, qui le précède de quelques années. Mais elle reconnaît des interrogations sur le nucléaire neuf, très cher en raison des normes de sûreté  post Fukushima et de l'absence d'effet de série, et en concurrence avec des solutions qui, dans de nombreux cas, se révéleront préférables.

« Engie n'a pas besoin du nucléaire neuf, ce qui nous donne une grande liberté d'action. »

Outre la refonte de son portefeuille, Engie adopte une démarche très vigoureuse dans le digital, fondée sur une stratégie d'open innovation, l'ouverture de labs et de la digital factory et symbolisée par le lancement d'Engie Tech il y a quelques jours. Le groupe annoncera bientôt plusieurs partenariats structurants et mondiaux avec de grands noms, dans lesquels le groupe apportera son ancrage métiers et sa base clients. Une façon de préserver et stabiliser son savoir faire.

Isabelle Kocher, soucieuse de montrer aux investisseurs qu'Engie est l'un des groupes les mieux positionnés dans la révolution énergétique, se réjouit des réactions d'analystes et de l'évolution du cours de Bourse à la suite de l'investor day du 28 juin dernier.

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Commentaires
a écrit le 07/07/2016 à 12:11 :
Bonne stratégie ou pas ? En tous cas la volonté et même le courage y sont.

Concernant la révolution en cours, l’analyse est juste. Pour le solaire photovoltaïque, d’après les derniers rapports et études, la croissance est là. Et cela va durer et même s’accentuer.

Ce qui peut parfois surprendre, c’est le timing et l’éventuelle bulle qui se crée sur un marché très porteur (voir l’Allemagne peu être un peu trop en avance ? la montée en puissance volontariste de la Chine dans la production de panneaux, fut dévastatrice).
Mais peu importe où tournent les robots, c’est la maîtrise de la technologie et l’innovation qui sont essentielles. La valeur ajoutée se fera surtout sur l’ingénierie, l’intégration au réseau, la gestion complexe des productions et consommations décentralisées. Parfois aléatoires, car fonction de l’ensoleillement, ou du vent et les véhicules électriques vont engendrer des modes de consommation différents. Une fois le problème du stockage résolu, (à l’aide de batteries, d’hydrogène, ou même de l’air comprimé,...) la question ne sera plus, qui est pour et qui est contre une énergie pas chère, mais qui maitrise la technologie et les infrastructures.
Un exemple similaire : internet, dont plus personne ne reproche la gratuité (sauf les nostalgiques du minitel) et dont le business model s'est souvent construit après.

Un chose est sure, si on n'occupe pas le terrain, on n'aura même pas besoin de se demander comment on peut gagner de l'argent avec.
a écrit le 07/07/2016 à 7:37 :
Le métier d'Engie est d'abord de relever des compteurs. Mme Kocher devrait, avant de changer le monde, regarder de près comment cela se passe: mal, le site ad hoc fonctionnant par hoquets.
a écrit le 06/07/2016 à 19:15 :
On change de nom, on change de tarif, on change de bénéficiaire et l'on exploite le reste!

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