Gaspillage alimentaire : pourquoi Veolia se lie à la startup Eqosphere

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Selon les projections d'Eqosphere, un an de collaboration avec 100 hypermarchés pourrait permettre de redistribuer l'équivalent de plus de 34 millions d'euros de produits, dont plus de deux tiers alimentaires, soit plus de 14 millions de repas.
Selon les projections d'Eqosphere, un an de collaboration avec 100 hypermarchés pourrait permettre de redistribuer l'équivalent de plus de 34 millions d'euros de produits, dont plus de deux tiers alimentaires, soit plus de 14 millions de repas. (Crédits : © Stefan Wermuth / Reuters)
Le géant de la gestion des déchets et la jeune entreprise sociale spécialisée dans la logistique des dons aux associations proposeront désormais une offre couplée en France, afin de mieux concilier solidarité, préservation de l'environnement et intérêts économiques de leurs clients.

La grande distribution peut mieux faire en matière de gaspillage alimentaire, constatait une étude récemment menée par l'Ademe. Et si les startup proposant des solutions se multiplient, les enseignes peinent parfois à construire une stratégie cohérente face à l'hétérogénéité des approches et des interlocuteurs. Afin de proposer une offre plus complète, faisant de la lutte contre le gaspillage un maillon de la gestion globale des déchets, Veolia et Eqosphere viennent d'unir leurs forces. La startup sociale fondée en 2012 et le groupe pluri-séculaire français ont signé un partenariat exclusif, mettant en commun leurs expertises et leurs réseaux.

Eqosphere apportera notamment aux enseignes son triple savoir-faire: diagnostiquer dans chaque magasin le type et le volume des produits valorisables mais invendus, qui encore trop souvent finissent à la poubelle; former le personnel à une culture anti-gaspillage et à de nouveaux process; orienter les produits vers les filières de revalorisation les plus adéquates: notamment les associations qui, selon son fondateur et président, Xavier Corval, "représentent celle ayant aujourd'hui le plus de sens". Veolia invitera pour sa part ses commerciaux, sur l'ensemble du territoire français, à proposer à leurs clients cette solution complémentaire à la collecte et au traitement des déchets.

L'économie circulaire en vue

L'objectif est de mieux conjuguer les intérêts économiques, sociaux  et environnementaux de la réduction du gaspillage alimentaire. Pendant ses quatre ans d'existence, Eqosphere s'enorgueillit en effet d'avoir permis à ses clients de doubler le volume de leurs dons aux associations. En un an de collaboration avec un hypermarché d'Île-de-France, l'entreprise calcule notamment avoir redistribué l'équivalent de 340.000 euros, dont quelque 100.000 euros de produits non alimentaires, en évitant ainsi par ailleurs l'émission de 200 tonnes de CO2. Une telle performance peut représenter une écnomie pour la grande distribution, souligne Bernard Harambillet, directeur général "recyclage et valorisation" de Veolia en France:

"Nos clients nous demandent que le traitement de leurs déchets leur coûte le moins cher possible et l'entrée en vigueur progressive de l'obligation de collecter séparément les bio-déchets accroît ce besoin. Notre partenariat avec Eqosphere leur permet justement d'en réduire les volumes".

Recourir aux services de la startup permet aussi aux distributeurs de répondre à l'obligation (effective depuis août dernier) de préciser leurs actions de lutte contre le gaspillage alimentaire dans leurs rapports annuels, ajoute Xavier Corval. Si en revanche la baisse du tonnage des déchets pourrait impliquer un manque à gagner pour Veolia, une telle évolution correspond, selon Bernard Harambillet, à l'identité du groupe et à la perspective d'une transition vers une économie circulaire: "Notre métier ne consiste plus uniquement à récupérer des déchets, mais aussi à les transformer, en énergie ou nouveaux matériaux", déclare-t-il, insistant sur la nécessité de faire comprendre cette approche aux commerciaux impliqués.

Un même langage

Au-delà de la volonté de répondre de manière compétitive aux besoins de leurs clients, le partenariat implique toutefois aussi un langage commun. Veolia affirme avoir  apprécié l'approche entreprise d'Eqosphere, qui dépasse la logique purement solidaire et engagée des associations: "Entre entreprises, y compris de taille différente, nous sommes capables de nous comprendre: nous raisonnons, comme nos clients, en termes d'indicateurs de performance", explique Bernard Harambillet. Et pourquoi se disperser en tentant de tout faire? Dans le domaine des déchets, "l'enjeu aujourd'hui n'est pas d'opposer les filières, mais de trouver les meilleures complémentarités", estime-t-il.

Bernard Harambillet et Xavier Corval

Dans la photo, de gauche à droite: Bernard Harambillet et Xavier Corval. Copyright: Christophe Majani (photothèque Veolia).

Comme le répètent souvent nombre d'acteurs du recyclage, d'ailleurs, la mise en place de démarches de réduction des quantités des déchets dans les entreprises engendre souvent une amélioration générale de la qualité du tri, en plus de satisfaire personnel et clients. Veolia espère profiter de cet effet positif. "Les produits distribués aux associations gagnent pour leur part en qualité, diversité et dignité, ce qui compense en partie la réduction des subventions octroyées aux acteurs de la solidarité", ajoute Xavier Corval. Selon les projections d'Eqosphere, un an de collaboration avec 100 hypermarchés pourrait permettre de redistribuer l'équivalent en valeur d'achat de plus de 34 millions d'euros de produits, dont plus de deux-tiers alimentaires, soit plus de 14 millions de repas.

Une collaboration durable

Le partenariat durera cinq ans: "Plus longtemps que l'âge d'Eqosphere", note Bernard Harambillet, pour insister sur la portée de l'engagement de Veolia. "Notre objectif n'est pas simplement de coopérer avec des startups, mais de collaborer dans la durée avec des gens qui, comme nous, ont compris que les déchets sont une ressource", ajoute-t-il. Dans cet esprit, Veolia vient d'ailleurs de renouveler son partenariat de quatre ans avec Elise, qui emploie des salariés en insertion pour collecter les papiers de bureau.

Pour Eqosphere, qui compte aujourd'hui une quinzaine de collaborateurs à Paris et en régions, le partenariat implique un changement d'échelle, dont le financement est actuellement à l'étude, selon Xavier Corval. "Ce partenariat est un nouveau levier pour nos missions d'entreprise sociale et nos activités", se réjouit l'entrepreneur, soulignant que la mise en oeuvre du volet "économie circulaire" de la loi de transition énergétique impliquerait 6 milliards d'investissement, avec quelque 40.000 emplois à la clé.

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Commentaires
a écrit le 19/12/2016 à 14:42 :
DLC date limite de consommation , d'accord mais pour qui? pour un acheteur payant ou pour un bénéficiaire cadeau? Si ce n'est plus bon pour l'un pourquoi serait-ce bon pour l'autre ?
Pourquoi ne pas redécouvrir "les eaux grasses" marché économique collectant les restes alimentaires destinés aux porcheries, marché financier qui s'autorégulerait sans subvention ni directive....mais par intérêt.
En plus cela ferait, au moins, du BON consommable pour tous ( sauf pour ceux qui n'y ont pas droit...)
a écrit le 19/12/2016 à 12:45 :
D'après societe.com Eqosphere ne possède qu'1 à 2 salariés et est en plein plan de sauvegarde en 2016 suite à une procédure de sauvegarde en 2015. Pas sur que Veolia ait misé sur le bon cheval!
a écrit le 19/12/2016 à 10:17 :
Excellente nouvelle pour la grande distribution en particulier. Comment ne pas se rendre compte que nous gâchons beaucoup trop et que certains n'ont rien pour vivre. Plus de solutions innovantes via les startups doivent émerger et leur financement être soutenu activement : https://blog.beeinvested.ch/5-questions-importantes-a-se-poser-avant-dinvestir-dans-une-startup/
a écrit le 18/12/2016 à 11:57 :
Avec la rente de l'eau offerte par les copains politiciens véolia peut faire un minimum d'effort pour soutenir le social.

Mais dans l'absolu il vaut mieux revenir à la gestion commune de l'eau. L'intérêt de l'actionnaire est l’antithèse de celui du consommateur.

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