Gaz et électricité, Total ne s'invite pas vraiment par hasard chez vous...

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Total a l'ambition (de) convaincre assez rapidement trois millions de clients, a annoncé son PDG Patrick Pouyanné, promettant de ne pas attendre cinq ans pour atteindre ce chiffre.
Total "a l'ambition (de) convaincre assez rapidement trois millions" de clients, a annoncé son PDG Patrick Pouyanné, promettant de ne "pas attendre cinq ans" pour atteindre ce chiffre. (Crédits : Reuters)
Total a lancé jeudi une nouvelle offre de fourniture de gaz et d'électricité aux particuliers en France. Le pétrolier vise la place de numéro trois du marché derrière EDF et Engie.

Après l'or noir, Total se lance désormais vers un nouveau filon, le marché de la distribution de gaz naturel et de l'électricité aux particuliers. "De la pompe à la prise", Total fait le grand écart mais le pétrolier ne s'invite pas vraiment par hasard chez les particuliers. Car comme l'a rappelé le PDG de Total, Patrick Pouyanné, le 21e siècle sera électrique. "On va l'assumer", a-t-il affirmé jeudi à l'occasion du lancement de Total Spring, une offre de gaz naturel et d'électricité verte aux particuliers qui est 10% moins chère par rapport aux tarifs réglementés.

Total "a l'ambition (de) convaincre assez rapidement trois millions" de clients, a annoncé Patrick Pouyanné, promettant de ne "pas attendre cinq ans" pour atteindre ce chiffre. Total, qui proposera une électricité issue à 100% d'énergies renouvelables, compte "devenir le plus gros opérateur alternatif en France", a souligné son PDG, sans détailler ses objectifs respectifs dans le gaz et l'électricité.

L'offre de Total sera garantie pendant au moins un an et, selon l'évolution des marchés, le pétrolier assure que son offre sera toujours moins chère d'au moins 5%, explique-t-on à La Tribune. "Ça représente quand même, pour une famille avec deux enfants, qui se chauffe à l'électricité, une économie de plus de 200 euros par an, pour un jeune qui est dans un studio, plus de 50 euros par an", a expliqué Patrick Pouyanné sur RTL. Le pétrolier compte donc séduire par des prix compétitifs, la qualité de son offre à l'image de ses stations-services où un million de français s'arrête chaque jour, et, enfin, par la simplicité de son offre.

Total assume son rôle d'outsider

En entrant sous sa marque sur le marché français des particuliers, Total poursuit sa stratégie d'intégration dans l'aval de la chaîne gaz et électricité en Europe. Le pétrolier ne débarque pas à l'improviste chez les particuliers. "On a déjà ce lien" avec eux et "on veut l'approfondir", a estimé Patrick Pouyanné. Sur ce marché, Total compte déjà plus de 400.000 clients en France et 700.000 en Belgique sous la marque belge Lampiris, qui a été rachetée il y a un an. Après la France, Total regardera les Pays-Bas et l'Allemagne. Le pétrolier est également un acteur majeur sur le marché des professionnels avec plus de 500.000 sites alimentés dans six pays européens (Royaume-Uni, France, Belgique, Pays-Bas, Allemagne et Espagne).

Pour autant, le marché de la fourniture de gaz et d'électricité aux ménages français, qui est ouvert à la concurrence depuis 2007, reste dominé par EDF et Engie. Dans l'électricité, EDF continue de distribuer du courant aux tarifs réglementés à près de 84% des ménages. Les 5,2 millions de foyers ayant opté pour une offre à prix libre sont quasiment tous passés chez un de ses concurrents. Dans le gaz, le marché est un peu plus ouvert, avec plus de la moitié des 10,6 millions de ménages abonnés au gaz qui ont quitté les tarifs réglementés proposés par Engie. Parmi eux, l'ex-GDF Suez a réussi à conserver 2,8 millions de clients via ses propres offres de marché. Il conserve une part de marché de 75%.

Signe de la puissance des deux opérateurs historiques, dans l'électricité, le principal concurrent d'EDF est devenu ... Engie, qui fournit du courant à 3,3 millions de clients, soit un peu plus de 10% de parts de marché. Et dans le gaz, EDF, avec 1,3 million de clients, est désormais le numéro 2 du secteur derrière Engie avec aussi environ 10% de parts de marché. Ce sont les objectifs de Total, qui devra fournir 10 gigawatt (5 à partir d'énergies renouvelables et 5 à partir de gaz naturel, un marché sur lequel il est parmi les trois premiers mondiaux) pour servir les trois millions de clients visés.

Pas de quartier sur les opérateurs alternatifs

Si Patrick Pouyanné reconnaît ne pas être en mesure de concurrencer les anciens monopoles sur leurs terrains - EDF dans l'électricité et Engie dans le gaz -, Total veut "être le plus gros opérateurs alternatifs", selon le PDG de Total, et concurrencer Direct Énergie et l'italien Eni, principaux concurrents des opérateurs historiques en France. "Après dix ans d'existence du marché", la faible part des distributeurs alternatifs "est incroyable", a déploré Tom Van de Cruys, directeur général de Lampiris, qui continuera par ailleurs à gérer ses activités sous son nom en Belgique. "C'est un pouvoir d'achat immense qui est gâché".

Ce n'est pas faute d'offre car une trentaine de fournisseurs s'affrontent dans chacune des énergies. Fin septembre, Butagaz, spécialiste des bouteilles de gaz propane et butane, a annoncé une offre de distribution dans le gaz comme l'électricité. Seule une poignée parmi les nouveaux acteurs a pu tirer leur épingle du jeu. Dans l'électricité, seul Direct Energie, présent en France depuis 14 ans, détient 1,4 million d'abonnés. Soit un peu plus de 4% de part de marché de particuliers. Il est sur la troisième marche du podium. Le groupe, qui s'est aussi diversifié dans la production ces dernières années, est également le quatrième fournisseur de gaz pour les particuliers avec 497.000 clients. Il suit l'italien Eni, dont la filiale française dessert plus de 630.000 ménages. Le groupe a attaqué en 2017 le marché de l'électricité et vise 140.000 clients dès la fin de l'année.

Des investissements

Pour atteindre ses objectifs, Total prévoit de développer ses capacités de production en France et n'excluait pas de racheter ou de construire des centrales à gaz, ou encore d'être candidat à des concessions hydroélectriques. Mais Patrick Pouyanné est resté très vague sur le plan d'investissements pour développer cette nouvelle activité. Il a simplement rappelé que le groupe est en plein renforcement dans les énergies renouvelables, avec encore deux acquisitions en septembre et 400 millions d'euros d'investissements annuels dont "une partie" va être consacrée à l'électricité. "On ne sera pas un grand électricien", a-t-il néanmoins reconnu. Mais Total, qui se veut humble et discret pour ne pas réveiller EDF et Engie, n'est pas là par hasard. Vraiment pas.

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Commentaires
a écrit le 08/10/2017 à 19:41 :
Tout est relatif, 84% sont restés chez EDF mais il y a des contrats spécifiques type (EJP et Tempo) qui restent plus intéressant que la concurrence, alors pourquoi changer si c'est pour payer plus cher...
a écrit le 07/10/2017 à 4:55 :
Chez certains fournisseurs le prix du gaz est moins cher mais l'abonnement est plus cher. Au final la différence est minime.
a écrit le 06/10/2017 à 17:31 :
Pour être free comme certains le pense .il faudrait 0 frais d abonnement et -50% sur le kw et cela a vie! Donc pour gagner 50€ / an je reste chez EDF
a écrit le 06/10/2017 à 15:31 :
Analyse perso

C’est une bonne nouvelle pour le marché qui n’en sera que plus concurrentiel et pour l’avenir du groupe qui anticipe probablement une future décroissance des énergies fossiles.

L’avantage du groupe Total, c’est aussi de disposer de capacités financières conséquentes, alors que d’autres sont empêtrés dans de couteux projets.
Total c’est tout de même le plus gros CA du CAC40 , aux alentours de 150 Milliards) et environ 8 Milliards de profit en 2016.
Le secteur de l’électricité est gourmand en capitaux pour les opérateurs qui veulent maitriser toute la chaine et notamment investir dans la production.
Pour le gaz, Total dispose certainement d’un important pouvoir de négociation vu ses volumes, ses nombreuses sources d’approvisionnement et accessoirement ses réseaux d’influence.

Dans la fourniture électricité et de gaz le marché des particuliers n'est pas facile, puisqu’il nécessite de couteuses ressources commerciales pour se développer et que les clients ne sont pas tous informés de l’ouverture à la concurrence. Ce n’est heureusement plus le cas des professionnels depuis la fin des tarifs réglementés. D’un autre côté, avec Lampiris Total dispose déjà d’un circuit de distribution et ils pourraient aussi bien profiter de leur réseau de 2200 stations services en France, qui en partie font du multiservices-multimarket, elles pourraient tout aussi bien vendre des abonnements d’électricité et de gaz ou des équipements liés aux smart grids. Sur internet il y a déjà une ébauche de positionnement marketing : https://www.total.fr/actus/energies-total.html. Sans compter leur implantation Européenne (https://www.total.fr/pro/carte-gr/eurotrafic/reseau-de-stations.html).

Dans les énergies renouvelables, même si pour le moment Total est présent dans les technologies photovoltaïques haut de gamme, vu la guerre des prix dans le secteur ne vaut il pas mieux être développeur de projets et exploitant plutôt que fabricant ? Eventuellement adapté pour l’équipement des particuliers qui ne disposent pas de grandes surfaces de toiture ?

Dans l’éolien, ce fut pendant un temps la valse-hésitation, pourtant l’éolien Offshore présente des similitudes avec l’exploitation de plateformes pétrolière et les projets ne manquent pas (http://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/energie-environnement/l-eolien-offshore-decolle-dans-un-marche-des-renouvelables-qui-se-tasse-630637.html).

Le petit éolien semble une entrée en matière car il nécessite des conditions de vent particulières et des espaces dégagés, comme dans quelques états des USA, ou dans des pays en voie de développement. En dehors de cela il faut un minimum de puissance de production, donc des pales de taille importante, donc des mécanismes d’orientation et de régulation… (http://www.unitedwind.com/get-started/)
Alors place aux gros projets ?

Justement, c’est surtout sa récente prise de participation dans le Groupe EREN qui sera profitable, lui permettant d’acquérir une entreprise experte dans le développement de projets ENR à l’international et qui dispose déjà d’un portefeuille de projets. Il vont gagner du temps.
.
a écrit le 06/10/2017 à 10:21 :
C'est toujours EDF et ENGIE qui distribuent et amènent l'énergie à la maison et passent par les compteurs "intelligents". Non merci aux aventuriers!
Réponse de le 08/10/2017 à 13:34 :
Le réseau est public et appartient d'ailleurs aux collectivités locales. (http://www.enedis.fr/concessions-crac). Les deux opérateurs que vous citez sont privés, c'est aussi ce qui leur permet de se développer à "l'export". Le problème étant qu’ils n’ont pas complètement opéré leur mue. Engie semble tout de même avoir pris de l'avance.
Le plus intéressant sera de voir comment le groupe Total gère sa propre transition énergétique et passe des énergies fossiles à l’électricité.
Réponse de le 08/10/2017 à 15:20 :
C'est cela: attendons de voir Total au pied du mur.
a écrit le 06/10/2017 à 9:24 :
c'est du free ....sur le réseau gaz Electricité

bienvenus .... je vais signé le contrat de suite
a écrit le 06/10/2017 à 9:19 :
"construire des centrales à gaz, ou encore d'être candidat à des concessions hydroélectriques"

Bref TOTAL et ses anciennes recettes permanentes qui ne font que faire durer plus longtemps des énergies sales.

Mais bon vu la puissance du lobby nous n'avons pas d'autres choix que de suivre cette voie, tant que les actionnaires milliardaires se feront 20% de revenus par an sur la destruction de la planète ils investiront sur la destruction de la planète.

Misère.
a écrit le 06/10/2017 à 9:14 :
Tout le monde est prêt pour quitter le monopole d EDF mais pour celà les autres opėrateurs doivent être en mesure de recalculer les factures d’EDF ou de créer un site où on pourrez faire une simulation du coût de notre consommation actuelle.
Je n’ai rien vu sur ce sujet, si vous avez une réponse à ma problématique je suis preneur.
Réponse de le 06/10/2017 à 10:07 :
Si vous connaissez le prix du kWh et l'abonnement, vous pouvez savoir combien ça vous coûtera, il suffit d'ajouter 20% de CSPE, et autres surtaxes.
Les taxes diverses sont les mêmes (en % de la consommation) qu'on soit chez Direc** (comme moi) ou EDF, on n'y échappe pas en partant du monopole historique.
Sûr que c'est un vrai embrouillamini une facture, abonnement TVA 5,5%, consommation 20%, des lignes à 5,5 d'autres à 20%.
Par contre selon petit ou gros consommateur, le fournisseur idéal ne sera pas le même. Fort abonnment et kWh faible en prix, ou l'inverse. Pour Enercoop, pur "vert", j'avais cru voir des tarifs double en abonnement et en consommation, faut être motivé !
Réponse de le 06/10/2017 à 17:02 :
"Tout le monde est prêt pour quitter le monopole d EDF"

Pas vraiment, pas contre cela en dérange quelques uns.

"Dix ans après l'ouverture totale du marché, on a encore deux opérateurs historiques qui ont gardé plus de 75% de parts de marché pour Engie et plus de 85% pour EDF!", s'insurge Fabien Choné, directeur général délégué de Direct Energie, troisième acteur français. C'est d'autant plus étonnant, selon lui, que les offres de marché sont généralement moins chères et que le changement de fournisseur se fait gratuitement, sans contrainte technique ni administrative. "On ne quitte pas EDF, c'est un peu comme une maman, c'est le service public", constate Emmanuel Soulias, directeur général d'Enercoop, coopérative spécialisée dans l'électricité verte.

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