Hinkley Point : les difficultés d'EDF pèsent sur la politique énergétique outre-Manche

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Le soleil se couche derrière les transformateurs de la centrale nucléaire Hinkley Point B d'EDF Energy à Bridgwater.
Le soleil se couche derrière les transformateurs de la centrale nucléaire Hinkley Point B d'EDF Energy à Bridgwater. (Crédits : REUTERS/Suzanne Plunkett)
Les Britanniques, qui redoutent de nouveaux retards sur un projet qui doit produire 7% de l’électricité consommée dans le pays, imaginent des plans B. L’un d’eux voit les Chinois récupérer le projet dans son intégralité.

La démission de Thomas Piquemal, directeur financier de EDF, rendue publique dimanche 6 mars sur fond de désaccord concernant le financement du projet britannique Hinkley Point C, fait couler au moins autant d'encre outre-Manche qu'en France. Là-bas, au-delà de la situation financière de l'entreprise publique, c'est la politique énergétique nationale tout entière qui se retrouve sous le feu des analyses plus ou moins critiques. D'autant que cette démission intervient un mois seulement après celle du directeur américain du projet Chris Bakken.

Depuis le début de la semaine, aussi bien EDF que les gouvernements français et britannique ont fermement ré-affirmé que le projet restait d'actualité dans le calendrier prévu, tout comme la participation de EDF, à hauteur des deux-tiers d'une facture évaluée à 18 milliards de livres (23,3 milliards d'euros). A l'origine (en 2013), Areva devait de son côté prendre 10% du projet, mais depuis la défection de l'industriel, la part de l'opérateur est grimpée à 66,5%.

Le gouvernement britannique s'était alors engagé sur un prix garanti de 92,5 £/MWh (119,5€/MWh) déjà plus de deux fois supérieur au prix de marché de l'époque, qui a entretemps baissé de 75%...

Risque de blackout à partir de 2025

Mais les observateurs semblent modérément rassurés par ces propos ; en révélant la difficulté persistante de l'entreprise publique à s'engager sur cet investissement, le départ du directeur financier réveille la crainte d'un retard supplémentaire, dans un projet dont le calendrier a déjà glissé de deux ans et qui doit fournir 7% de l'électricité du pays.

Or, à compter de 2025, date à laquelle toutes les centrales au charbon devront avoir fermé conformément à la décision annoncée en 2015, tout retard risque de mettre en péril la sécurité d'approvisionnement.

Dès lors, les journalistes britanniques imaginent divers plans B. Sont ainsi évoqués la construction de centrales au gaz (rapides à construire et connues pour leur flexibilité mais qui menacerait le respect des engagements climatiques pris par le Royaume-Uni, d'abaisser ses émissions de CO2 d'au moins 80% en 2050 par rapport à 1990), le développement massif de l'éolien offshore ou encore d'autres projets nucléaires, notamment ceux de NuGen, la coentreprise regroupant Toshiba-Westinghouse et Engie, et de Hitachi.

Les Chinois à la rescousse ?

Ces derniers, qui à eux deux représenteraient une puissance installée de 6,3 gigawatt (GW), contre 3,3 GW pour Hinkley Point C, pourraient s'avérer moins onéreux. En outre, à l'inverse de l'EPR, il existe déjà des ABWR (Advanced Boiling Water Reactor), le modèle de Hitachi, en exploitation. En revanche, aucun de ces projets, contrairement à celui d'Hinkley Point, n'a reçu toutes les autorisations nécessaires.

Surtout, cet incident dans le déroulement du projet ouvre de nouvelles perspectives pour CGN (China general nuclear power group), l'entreprise publique chinoise partenaire. Cette dernière, ainsi que CNNC (China national nuclear corporation), doit construire un tout premier réacteur nucléaire chinois sur le sol européen à Bradwell, dans l'Essex. Dans cette perspective, l'accord de coopération signé entre M. Cameron et le président Xi Jinping prévoit que leurs modèles fassent l'objet d'un agrément, probablement dès 2016. Il n'en faut pas plus à certains observateurs tel que Richard Black, qui dirige le think tank ECIU (Energy and climate intelligence unit) pour suggérer qu'en cas de défection de l'opérateur français, les Chinois puissent également les installer à Hinkley, dont ils reprendraient alors l'ensemble.

Outre-Manche, les critiques vont bon train face à une politique énergétique très dépendante d'acteurs étrangers. Mais au-delà, c'est la place du nucléaire occidental au sein d'une concurrence devenue mondiale qui est en cause.

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a écrit le 13/03/2016 à 8:07 :
De toute façon, EDF disparaitra si les Français refusent de réduire le cout du travail en augmentant le prix de l'énergie. Ce qui revient à basculer la fiscalité du travail sur la fiscalité énergétique.
a écrit le 11/03/2016 à 8:47 :
Une question à laquelle je n'ai pas réussi à trouver de réponse : Pourquoi n'y a-t-il aucun investisseur britannique dans ce projet ? Ils ne se sentent pas concernés ?
Réponse de le 11/03/2016 à 10:27 :
Effectivement c'est pas très bon !!

On pourrait bien y laisser la chemise culotte et le reste

J'espère que les stratèges de edf ont une bonne vision de l epr car de loin c'est le pire chantier des 2 derniers siècles
Réponse de le 11/03/2016 à 18:47 :
@ Oui

Enfin il faut relativiser :

1) Ce n'est pas avec l'EPR qu'a débuté la tradition des grands chantiers (notamment de BTP) affichant du retard. Il y avait déjà des blagues là dessus dans Astérix et Cléopatre...

2) Il y a eu par le passé des tonnes de grands projets affichant énormément de retard. Simplement, dès qu'un tel projet s'achève et qu'on commence à goûter à ses bénéfices, on a tendance à oublier combien il s'est mal passé.

3) L'EPR de Flamanville n'est même pas si extraordinaire comparé à ce qu'on a pu vivre durant la construction du parc. Les 4 réacteurs du palier N4 ont ainsi nécessité entre 11 et 16 ans pour être achevés. Or vu d'aujourd'hui, le chantier de FLA3 ne devrait durer "que" 11 ans...

Par ailleurs, ces réacteurs du palier N4 illustrent parfaitement mon point 2 : Qui se souvient encore des problèmes de contrôle-commande qui ont tellement compliqué leur construction ?

Autre exemple : Qui se souvient encore (maintenant qu'il s'exporte enfin) de tout le mal qu'on a pu dire du projet Rafale ?

Le problème de l'EPR, c'est surtout qu'on a promis au début un coût et un délais de construction complètement irréaliste. Personnellement, je parie qu'une fois mis en service on oubliera rapidement combien son accouchement s'est fait dans la douleur.

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