La quête de l'autonomie énergétique rapproche villes et campagnes

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(Crédits : LetsgoFrance)
Autonomie, autoconsommation, autarcie... L'aspiration à une consommation de produits durables et locaux se propage à tous les échelons de la société. Individus, villes et territoires visent l'indépendance énergétique. Mais celle-ci ne pourra se développer à grande échelle sans une nouvelle forme de collaboration entre villes et zones rurales.

C'est la dernière annonce qui fait sensation dans le petit monde des villes durables, et ça se passe en Chine. Imaginée par l'architecte italien Stefani Boeri, Liuzhou Forest City accueillera 30.000 habitants, sera entièrement recouverte de végétation et absorbera chaque année 10.000 tonnes de CO2. Mais ce n'est pas tout : elle sera autosuffisante grâce aux énergies renouvelables. Naguère considérée comme un pur fantasme, cette ambition est aujourd'hui de plus en plus fréquemment affichée par les municipalités.

On a d'abord parlé de bâtiments à énergie positive. En France, les « Bepos » seront la norme à compter de 2020, lorsque toute nouvelle construction devra produire plus d'énergie qu'elle n'en consomme. Plusieurs villages se sont également lancés dans cette démarche. Dans le Briançonnais (Hautes-Alpes), la société d'économie mixte Soleil eau vent énergie, créée en 2011, couvre aujourd'hui les besoins des 490 habitants du village de Puy-Saint-André. Autre exemple célèbre, Le Mené, en Bretagne. La commune combine depuis plusieurs années économies d'énergie, production éolienne et biogaz, et vise l'autonomie énergétique à l'horizon 2030.

De nombreux territoires ruraux européens se sont engagés dans des démarches 100% énergies renouvelables. Apparus pour la première fois en France en 2010 à l'initiative du réseau pour la transition énergétique Cler, les territoires à énergie positive ont depuis fait leur chemin. Introduits en 2015 dans la loi de transition énergétique sous l'appellation TEPCV (Territoires à énergie positive pour la croissance verte), ils ont fait l'objet, à partir de septembre 2014, de plusieurs appels à projets.

Tous ont en ligne de mire une autonomie qui consiste à produire autant que ce qu'ils consomment, mais qui ne doit pas être confondue avec l'autoconsommation, et encore moins avec l'autarcie qui permet de s'affranchir du réseau. Plus exigeante, celle-ci est aujourd'hui surtout le fait de territoires très particuliers tels que les îles non connectées aux réseaux électriques. Dans le cadre de la loi pour la transition énergétique, les départements français d'outre-mer visent à l'autonomie énergétique en 2030.

Les métropoles doivent mobiliser des ressources extérieures

Plus récemment, dans la droite ligne de leurs engagements pour un approvisionnement en énergie 100 % verte, des villes ont commencé à revendiquer cet objectif. À Munich (Allemagne), l'entreprise publique Stadtwerke München investit dans des projets d'énergies renouvelables dans le monde entier afin que la production correspondant à ses parts couvre l'équivalent de la consommation des Munichois. Objectif affiché : assurer en électricité verte la consommation entière du territoire munichois d'ici dix ans. Point d'autoconsommation ici non plus.

Il est d'ailleurs pratiquement impossible pour une ville d'atteindre seule cet objectif. Dans un rapport publié à l'automne 2016, le Cler, les réseaux action climat (RAC) et Energy Cities, l'association européenne de villes en transition énergétique, citent de nombreux exemples de villes (Barcelone, Bordeaux, Francfort ou Malmö en Suède) visant 100 % d'énergies renouvelables et l'autonomie à l'horizon

2050. Mais à de très rares exceptions, telle que Malmö, qui bénéficie sur son territoire de ressources suffisantes pour couvrir ses besoins, elles devront nouer de nouvelles relations avec les zones rurales qui les entourent.

Barcelone, qui couvre déjà 50% de ses besoins par les énergies renouvelables, va étendre sa collaboration à son aire métropolitaine. Bordeaux prévoit d'élargir son cadastre solaire à toute la métropole et étudie des contrats de long terme avec les territoires ruraux. Francfort, qui veut diviser sa consommation actuelle par deux, prévoit à terme de s'approvisionner pour moitié grâce à des énergies installées dans la ville et pour moitié dans la région métropolitaine, dont les ressources couvrent 184% des besoins.

Paris, pour sa part, vise la neutralité carbone pour 2050. Selon l'étude publiée par le groupement Elioth (cabinets Egis Conseil, Quattrolibri et Mana), la capitale française devra pour y parvenir couvrir 20% de ses toits de panneaux solaires et recourir à des solutions de stockage et à des réseaux intelligents. Mais elle devra également contribuer au financement et à l'exploitation d'au moins 20 GW de photovoltaïque et 15 GW d'éolien en dehors de ses murs.

Pas moins de 50.000 km2 de forêts seraient aujourd'hui nécessaires pour compenser les 25,6 millions de tonnes d'équivalent CO2 que la ville produit. Quand bien même elle parviendrait à réduire ces émissions de 80%, il en faudrait encore 10.000 km2, soit la superficie de l'Île-de-France...

Une collaboration mutuelle bénéfique avec les territoires

Les villes doivent donc apprendre à cocréer avec les acteurs territoriaux de nouveaux modèles économiques qui leur permettent de bénéficier des retombées de ces activités. Ce qu'elles n'avaient jamais eu à faire à l'ère des énergies fossiles... Les habitants des territoires ruraux eux-mêmes doivent être impliqués pour adhérer aux projets, alors même qu'ils ont parfois déjà subi la proximité des villes (implantation d'incinérateur ou de décharge, épandage de boues d'épuration...). L'énergie produite dans les zones rurales devra d'abord les alimenter eux.

De leur côté, les villes peuvent apporter aux zones rurales des ressources financières, de l'aide technique, de l'ingénierie mutualisée, etc.

Les outils aussi devront s'adapter à cette nouvelle collaboration entre villes et territoires ruraux. Aujourd'hui, leurs plans climat énergie territoriaux (PECT) ne tiennent compte que des ressources situées sur leur territoire ou entrant dans leurs domaines de compétences. Il faut au contraire procéder à une évaluation des besoins à un horizon donné et identifier le périmètre nécessaire pour les couvrir en fonction des ressources disponibles dans la ville et ses territoires avoisinants. D'autres questions se dessinent : où comptabiliser l'électricité produite sur un territoire rural mais financée par la ville voisine ?

Pour les auteurs de l'étude, les régions représentent le bon niveau de coordination, une échelle qui permet de mutualiser les ressources et les besoins des zones urbaines et des territoires qui les entourent. De quoi donner des raisons d'espérer à la nouvelle région Occitanie (fusion de Languedoc-Roussillon et de Midi-Pyrénées), qui a détaillé dans une feuille de route les moyens qu'elle dédie, en termes de gouvernance, d'animation des territoires ou d'outils financiers, à son objectif d'autonomie énergétique pour 2050.

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a écrit le 14/09/2017 à 23:52 :
Chouette étant reconnus utiles on ne payera plus les taxes de parking.
Rien que le bois les déchèts végétaux divers permettraient une grosse économie, + les éoliennes à axe vertical avec rotor et stator en ville
a écrit le 14/09/2017 à 10:35 :
Un problème intéressant à traiter.
Au centre des grandes villes la solution ne viendra pas du photovoltaïque et encore moins de l’éolien. Par contre les périphéries d’agglomérations disposent de grandes surfaces de toitures et de parkings et vu la quantité de surfaces commerciales on pourrait exiger des grandes enseignes qu’elles les couvrent de modules solaires (beaucoup travaillent déjà avec le solaire depuis des années Auchan, Ikea, etc…) et les groupes internationaux se sont lancés dans l’indépendance énergétique. Soit directement, soit à travers des Corporate Renewable PPAs (https://data.bloomberglp.com/bnef/sites/14/2016/12/Corporate_Renewable_Energy_Procurement_Monthly_December_BNEF.pdf).
Mais comme leur cœur de métier n’est pas dans la production d’énergie pour des tiers, le problème reste entier.

D’un autre côté, l’évolution technologique est en cours et le rendement des modules PV augmente (pour l’anecdote, un leader Français de l’électronique avait dépassé les 40 % de rendement pour des modules dotés de lentilles de Fresnel, avant d’abandonner l’activité CPV par manque de rentabilité).
Puisqu’il faut aussi déconcentrer les villes le problème est à traiter dans sa globalité, laisser plus d’espaces verts et réduire les voies de circulation. Le plus simple serait de développer les transports en commun, mais…ce n’est pas pour demain, chacun tenant à son véhicule individuel. Heureusement le collaboratif et le véhicule autonome changent la donne.
Le potentiel de développement des énergies renouvelables est important et sans obligatoirement faire n’importe quoi et empiéter sur des surfaces naturelles ou cultivables. Ceci dit on a rarement construit des centrales nucléaires au cœur des métropoles, pour les centrales thermiques c’est moins vrai.
La difficulté est d’avoir une approche transversale et collaborative, en lieu et place des vieux schémas centralisateurs. Ce qui ne correspond absolument pas aux us et coutumes du pays, où les freins et les archaïsmes sont encore nombreux.
Il suffit de voir le retard pris sur les objectifs de production en ENR et en photovoltaïque on se fait dépasser par des pays qui disposent d’un moindre ensoleillement.
Je ne suis pas sur que les objectifs de la région Occitanie à l’échéance 2050 soient si ambitieux, étant donné le potentiel énorme de la région. Malheureusement ce n’est pas qu’une question de potentiel, mais surtout de bonnes volontés et de procédures.

Pour Paris la solution passera probablement par l’exploitation des importantes ressources géothermiques de l’Ile de France.
- http://www.driee.ile-de-france.developpement-durable.gouv.fr/carte-le-potentiel-de-developpement-de-la-a2013.html
- https://ile-de-france.ademe.fr/sites/default/files/files/Mediatheque/Publications/plaquette-geothermie-juin-2015.pdf
L’obtention des JO est l’occasion idéale pour lancer de nouveaux projets afin de respecter les engagements environnementaux (http://www.latribune.fr/economie/france/jo-paris-2024-vers-les-premiers-jeux-verts-697737.html).
Réponse de le 14/09/2017 à 15:15 :
Avec un minimum de bon sens, il est clair que la variabilité de l'éolien et du solaire ne leurs permettra jamais d'assurer à elles seules une quelconque autonomie énergétique, que ce soit au plan local, régional ou national.

Certes, de nouvelles solutions de stockage massif de l'énergie (par exemple sous forme d'hydrogène) pourraient être développées, mais leur coût, ajouté à celui de ces énergies très diffuses, restera ruineux.

Par contre, la géothermie peut permettre de répondre à certains besoins, mais certainement pas à l'échelle requise pour une région telle que l'IDF.
a écrit le 14/09/2017 à 10:11 :
C'est normal, devant un pouvoir central défaillant, aux mains des plus riches de ce monde qui s’appliquent à anéantir l'économie il est indispensable de s'associer avec le plus de bonnes volontés possible afin d'avancer.

L'autonomie, l'autoconsommation et l'autogestion dans son ensemble font peur à l'oligarchie et au pouvoir centrale qui la sert et font donc tout pour freiner ce progressisme économique et social d'ailleurs.

Les villes et régions qui se retrouvent avec des politiciens pantins à leur tête sont foutues à terme.
Réponse de le 14/09/2017 à 15:19 :
Mais la promotion des énergies renouvelables lourdement subventionnées est une part intégrante de la gabegie promue pour le profit d'un petit nombre, au détriment de la majorité des citoyens.

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