Dieselgate : les fraudeurs méritent la prison, selon Erik Solheim (ONU)

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Selon Erik Solheim, « il faut sévir face aux entreprises, au niveau économique », mais il doit également y avoir des conséquences « personnelles ». « Nous devons défendre les entreprises qui font ce qu'il faut, et dénoncer publiquement les autres. Dans les cas les plus graves, il faudrait également punir et condamner »
Selon Erik Solheim, « il faut sévir face aux entreprises, au niveau économique », mais il doit également y avoir des conséquences « personnelles ». « Nous devons défendre les entreprises qui font ce qu'il faut, et dénoncer publiquement les autres. Dans les cas les plus graves, il faudrait également punir et condamner » (Crédits : OECD/Christian Moutarde via Flickr)
Surnommé "Capitaine Planète" par Libération, le nouveau directeur du programme onusien de l'environnement et ex-ministre de l'Environnement norvégien, ne mâche pas ses mots. Selon lui, les fraudeurs impliqués dans des affaires comme le Dieselgate devraient encourir des peines de prison pour avoir violé les règles sur la pollution de l'air.

« Les fraudes doivent être punies », a assuré Erik Solheim, directeur exécutif du programme des Nations unies pour l'Environnement (PNUE).

« Il faut sévir face aux entreprises, au niveau économique », mais il doit également y avoir des conséquences « personnelles », a-t-il ajouté. « Nous devons défendre les entreprises qui font ce qu'il faut, et dénoncer publiquement les autres. Dans les cas les plus graves, il faudrait également punir et condamner », a-t-il estimé suite à une question sur la possibilité de peines de prison.

En septembre 2015, il a été révélé que Volkswagen, et sans doute d'autres constructeurs automobiles, avait truqué les tests d'émission de ses véhicules à moteur diesel, au détriment de l'environnement et de la santé humaine.

Si VW a promis des milliards de dollars de compensation aux conducteurs américains, la société a refusé de couvrir également les 8,5 millions de véhicules concernés en Europe.

     >Lire : Affaire Volkswagen: le logiciel tricheur légal en Europe? Vraiment?

« J'apprécie le pouvoir des entreprises, mais nous devons sévir face à celles qui se comportent mal », a poursuivi Erik Solheim.

Responsabilité de certains pays européens et de la Commission

Cet ancien ministre de l'Environnement et du Développement international norvégien, qui a pris la tête du programme pour l'environnement en mai dernier, était interrogé au lendemain de révélations sur le fait que certains pays européens, comme la France, l'Italie et l'Espagne, avaient retardé l'adoption de tests plus stricts pour les moteurs de voitures. Les tests actuels ont permis aux émissions de dépasser les limites légales, selon le projet de conclusions de l'enquête du Parlement européen sur le Dieselgate. Les eurodéputés estiment néanmoins que ces retards concernant l'adoption d'une réglementation plus stricte sont également dus à la Commission européenne. L'exécutif européen tentait de protéger le puissant lobby des constructeurs automobiles après la crise de 2008, ont estimé les députés.

    >Lire : Bruxelles envisage de créer une agence pour éviter un nouveau Dieselgate

Poursuites judiciaires et régulation du marché par les gouvernements

« Le Dieselgate ne se serait pas produit si nos gouvernements nationaux et la Commission européenne avaient agi », souligne Gerben-Jan Gerbrandy, libéral néerlandais. Au début du mois, la Commission a lancé des poursuites judiciaires contre sept pays qui ne réglementent par correctement les émissions.

     >Lire : Bruxelles poursuit sept États membres sur le scandale VW (9 déc. 2016)

Erik Solheim, qui rencontrait des représentants européens à Bruxelles pour parler des objectifs de développement durable, a martelé :

« Si vous permettez aux gens de tricher impunément, de plus en plus de gens tricheront. (...) La leçon à tirer de VW est que le secteur privé doit être le moteur du changement et que les gouvernements doivent réguler les marchés. »

Le Norvégien a souligné que les grands constructeurs automobiles investissaient dans les voitures électriques, lesquelles limiteront les émissions de gaz à effet de serre.

Trump ne brisera pas la lutte contre le changement climatique

Erik Solheim a également été interrogé sur l'élection à la présidence américaine de Donald Trump, climato-sceptique notoire. Certains craignent en effet que Donald Trump ne retire les États-Unis de l'accord de Paris, conclu lors de la COP 21 et censé limiter le réchauffement climatique au niveau mondial. « Si "le pire" se réalise, je resterai confiant », a-t-il répondu, car, selon lui, les énergies renouvelables non polluantes continueront à attirer de l'investissement:

« Les États-Unis poursuivront dans la bonne direction, parce que le changement est mené par l'investissement et le secteur privé. »

    >Lire : Le système d'échange de CO2 menacé par la victoire de Trump

Le danger de la vision anti-scientifique et démobilisatrice de Trump

Erik Solheim a cependant espéré que toute future réticence américaine ne serait pas utilisée comme excuse par d'autres États membres pour revoir leurs ambitions à la baisse :

« Ce qui est particulièrement inquiétant, c'est la tendance [des climatosceptiques] à 'choisir' leur propre science. La science est ce qui nous a amenés où nous sommes. Sans la science, nous n'aurions pas eu la révolution industrielle. L'idée que l'on puisse choisir une version scientifique est complètement ridicule et dangereuse. Si vous acceptez que la science puisse nous emmener dans l'espace, vers la Lune, ou Mars, il faut fonder sa société sur la science. »

    >Lire : Trump président, quel impact sur l'énergie et le climat?

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CONTEXTE

Les autorités américaines ont découvert que Volkswagen a conçu des logiciels destinés à truquer les données d'émissions polluantes lors des tests en laboratoire et les a installés dans les systèmes de bord de près de 500 000 voitures à moteurs diesel aux Etats-Unis. Les experts considèrent qu'il est plus difficile de truquer les tests de consommation de carburant et d'émissions polluantes en conditions réelles, c'est-à-dire sur route.

Les présidents des commissions parlementaires européennes de l'Environnement, du Transport et du marché interne et de l'Industrie ont décidé d'enquêter sur la manière dont les voitures Volkswagen ont pu déjouer les systèmes de tests sans que la fraude ne soit détectée par la Commission.

    >Lire : Le scandale Volkswagen interroge sur le futur encadrement des émissions des transports

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Par James Crisp, EurActiv.com, (traduit par Manon Flausch)

(Article publié le mercredi 21 décembre 2016 à 9:24)

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Commentaires
a écrit le 21/12/2016 à 17:05 :
Ah c'est sûr que question humilité, des donneurs de leçon de ce calibre méritent bien des surnoms d'exception. Du reste ils en vivent de l'exception. C'est leur statut.
a écrit le 21/12/2016 à 16:04 :
oui et identiquement pour ceux qui ont des pratiques similairement condamnables à l'ONU je suppose. Non?
Ahhh... vous vous en occupez vous mêmes... entre vous... pour ne pas nuire à l'image de l'institution et de tout ce qu'elle représente sans doute...
Impayables ces donneurs de leçons qui ne doivent rendre de comptes à personne.

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