Pékin porte un coup au commerce mondial des déchets

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La Chine veut interdire l'entrée sur son territoire à certains déchets plastiques, papiers et textiles
La Chine veut interdire l'entrée sur son territoire à certains déchets plastiques, papiers et textiles (Crédits : REUTERS/Charles Platiau)
Comme elle en a informé l’OMC, la Chine veut interdire les importations de certaines catégories de déchets. Cette décision du premier importateur mondial pourrait entraîner l’engorgement des sites de traitement occidentaux et une baisse des cours mondiaux des matières premières recyclées.

L'annonce a fait l'effet d'un coup de tonnerre sur la planète recyclage. Le 18 juillet dernier, la Chine a informé l'Organisation mondiale du commerce (OMC) de son intention d'interdire l'entrée sur son territoire à 24 catégories de déchets solides, dont certains plastiques, papiers et textiles. Une mesure qu'elle entend mettre en œuvre dès septembre prochain ou au plus tard d'ici la fin de l'année.

Confrontée à une situation critique concernant la pollution de son air et de ses sols, la Chine invoque l'argument environnemental. "Nous avons constaté que de grandes quantités de déchets de mauvaise qualité, et même de déchets dangereux, sont mélangés avec des déchets solides. (...) Cela pollue sérieusement l'environnement de la Chine" précise ainsi le ministère de l'Environnement dans sa notification à l'OMC.

Dans le même temps, la Chine tente probablement de favoriser sa propre industrie de recyclage. Elle a en effet lancé en 2017 un plan visant une augmentation de 67% du chiffre d'affaires de l'industrie du recyclage en 2020, par rapport à 2015.

Pékin a d'ailleurs annoncé son intention de fermer les nombreuses usines de recyclage les plus polluantes du pays a déjà commencé depuis plusieurs mois à renforcer le contrôle de la qualité des déchets importés.

Un quart des exportations de déchets absorbées aujourd'hui par la Chine

Mais cette décision pourrait avoir de lourdes conséquences pour l'industrie mondiale des déchets dans son ensemble.

En effet, la Chine est aujourd'hui le premier importateur de déchets. En 2015, elle a absorbé 49,6 millions de tonnes de déchets solides sur les 180 millions de tonnes exportées dans le monde cette année-là pour une valeur de 86 milliards de dollars. Les ferrailles constituent l'essentiel des exportations (87 millions de tonnes en 2015), devant le papier (57,5 millions de tonnes), les métaux non ferreux (16,3 millions de tonnes) et les plastiques (11,8 millions de tonnes).

Ces volumes, qui ont doublé depuis le début des années 2000, ne représentent qu'une petite partie de la production mondiale de déchets, estimée à plus d'un milliard de tonnes pour les seuls déchets ménagers. Et bien que le commerce mondial des déchets soit très réglementé, notamment par la Convention de Bâle entrée en vigueur dans les années 90, on estime que 20% des volumes produits font l'objet d'un commerce illégal. Celui-ci affecte principalement les déchets d'équipements électriques et électroniques « recyclés » dans les pays en développement au mépris de toute norme environnementale et sanitaire.

En 2015, la Chine a importé 7,3 millions de tonnes de déchets plastiques, essentiellement d'Europe, du Japon et des Etats-Unis, ainsi que 27 millions de tonnes de déchets papiers.

Les Etats-Unis et l'Europe, premières victimes de la décision chinoise

Les Etats-Unis et l'Europe risquent d'être particulièrement affectés par la décision de Pékin. Les premiers ont exporté 42,8 millions de tonnes de déchets en 2015, pour une valeur totale de 23,7 milliards de dollars, dont 5,6 milliards de dollars pour les métaux, papiers et plastiques.

C'est à la Chine que l'Europe vend plus de 50% de ses exportations de déchets, notamment films plastiques ou de papiers et cartons. Or les capacités des usines de recyclage européennes ne permettront pas d'absorber ces volumes si la Chine les refuse désormais.

Bien sûr, la décision chinoise favorisera les acteurs capables d'exporter des déchets de qualité, c'est-à-dire notamment déjà correctement triés. Mais le marché de certaines matières, comme les plastiques recyclés souffre déjà de surcapacité, la filière manquant de débouchés chez les industriels.

Au-delà des risques d'engorgement dans les sites de traitement européens, c'est la pression à la baisse sur les cours mondiaux des matières recyclées qui menace le commerce mondial des déchets.

En 2013 déjà, les mesures prises par la Chine pour renforcer les contrôles sur les déchets arrivant sur son territoire avaient ainsi entraîné une baisse des prix des matières premières recyclées sur les marchés mondiaux.

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Commentaires
a écrit le 31/07/2017 à 22:41 :
Produire ses métaux pollue 10 fois plus que de les recycler,
quand au métaux plus rares,cuivre, argent, plomb s'ils en trouvent chez-eux ils ont bien de la chance, sinon faut en payer le prix.
Réponse de le 01/08/2017 à 13:44 :
T'as une preuve de ce que tu dis ?
Réponse de le 01/08/2017 à 23:02 :
@
Ben le fer c'est 40% du co² dans les hauts fourneaux, l'alu avec les coulées rouges et l'énorme énergie électrique, le plomb et des terres inutilisables, alors que réutiliser ne coûte rien, si 7 centimes du kilo payé au mec qui apporte au centre de recyclage.
a écrit le 30/07/2017 à 19:26 :
La Chine va perdre des bons clients. L'Afrique et l'Amérique du Sud se frottent déjà les mains. Nous offrons d'ailleurs les plus polluants à l'Afrique. Pourquoi ne pas offrir le reste..?? Vu le peu que ça coûte.
a écrit le 30/07/2017 à 14:04 :
Faire de l'essence avec les plastiques, et des cartons avec les papiers!
Réponse de le 31/07/2017 à 20:15 :
souvent on fait du papier avec le papier et du carton avec le carton, la pulpe est là, déjà fabriquée.
De l'essence, pas aisé, il faut dépolymériser les matériaux, certains ont une température "plafond" au dessus de laquelle ils génèrent le monomère, mais pas tous. Avec du méthacrylate de méthyle, de l'acide téréphtalique, du bisphénol (A, S ou autre), vous aurez du mal à rouler.
On fait des tricots avec certains matériaux (PET me semble), le reste peut aussi faire "masse" (sous chaussée autoroute, autre). Les Suisses trouvent, avec le recul, que recycler tous les plastiques c'est pas terrible, ça coûte et n'est pas "fantastique".
a écrit le 30/07/2017 à 10:57 :
Ils ont déjà compris que cela engendrait de graves problèmes sanitaires et que cela coûtait cher à la collectivité, au final, plus que cela ne rapportait.
Cela s’appelle une prise de conscience. Suivie par un acte réparateur.
Il y a du stoïcisme et de la rationalité là dedans.
a écrit le 30/07/2017 à 10:46 :
Il n'y a p s si longtemps l'industrie du recyclage en France se plaignait de ne pas avoir assez de chose à recycler. Ils vont être servis. Au passage le discours ecolo de l'économie circulaire montre bien ici ces limites. On ne veut pas de production polluantes chez nous alors on à délocaliser en créant du chômage maintenant on se retrouve avec les déchets et pas d'industrie pour les utiliser.
a écrit le 29/07/2017 à 21:15 :
espérons que ce ne soit pas les solutions les plus simplistes (enfouissement,incinération) qui vont être choisies. C'est le moment de créer un vrai service de recyclage avec comme financiers les producteurs de déchets que sont les industriels.
Réponse de le 30/07/2017 à 8:07 :
Pensez vous que la France va enfouir ses déchets ou les incinérer ?
Il y a trop d'écolos dans ce pays pour autoriser de telle pratique ...

Ou iront nos déchets ?
On a le choix et ce n'est pas les clients qui manquent .Pour quelques Milliards , on devrait trouver nos déchets de société dit très civilisée en Afrique .
C'est loin et dans certains états africains personne n'ira voir ce que notre pays produit de moins reluisant .

Réponse de le 31/07/2017 à 10:09 :
Oui, en néolibéralisme c'est bel et bien hélas l'option qui va être choisie. Tant que les actionnaires peuvent se faire 20% de revenu en plus sur la destruction de la planète ils ne vont pas aller investir sur les 5% qui permettraient de la sauver.
Réponse de le 31/07/2017 à 11:28 :
et bien si les ecolos n'avaient pas ouvert les yeux aux citoyens et hommes politiques on ne penserait meme pas que l'enfouissage est un probleme et on ne comprendrait pas pourquoi il faut privilegier le recyclage. 8,3 milliards de tonnes de plastique a ete produite dont 6,3 milliards sont devenus des dechets en seulement 70 ans. 9% a ete recycle et 12% incinere, donc la grande majorite est dans notre environnement et fini sa course en mer avec les consequences qu'on ne voit pas mais qu'on sait desormais. On estime que la production totale de plastique atteindra 34 milliards de tonnes dans les 40 ans qui viennent, ce qui aux taux actuels de recyclages fait craindre le pire (quasiment 4 fois plus de dechets qu'aujourd'hui). Le plastique ayant une duree de vie de 100 a 1000 ans on voit les problemes qui se profilent et qui sont d'ordre mondial (les fleuves et oceans n'ont pas de frontieres, la polution et ses consequences non plus). Le plastique n'est qu'un probleme parmis tant d'autres et faire l'autruche sur les consequences catastrophiques de nos modes de consommation ne nous prepare pas aux defis futurs.
Réponse de le 31/07/2017 à 17:22 :
Vous avez écrit :
Le plastique ayant une duree de vie de 100 a 1000 ans on voit les problemes qui se profilent et qui sont d'ordre mondial

Je pense que vous vous trompez ...
Le plastique est un polymorphe , c'est à dire que sa molécule ne peut être détruite , les atomes le composant comme le carbone et autres sont piégés.
Leur durée de vie est donc bien plus longue que 1000 ans car nous avons créé de l'indestructible !

Le plastique se désagrège en fines particules ( nanomètre ) mais ne peut disparaître .
Réponse de le 01/08/2017 à 10:22 :
"Le plastique se désagrège en fines particules ( nanomètre ) mais ne peut disparaître ."

En effet même si on espère qu'en même qu'en millionième de nanomètre il est moins nocif quand même, mais vous avez entièrement raison à la base le plastique était fait pour durer éternellement.

C'est le secteur marchand qui a fait en sorte qu'il soit dégradable et cassable et de moins bonne qualité en y ajoutant des composants tiers afin de pouvoir en vendre plus et plus longtemps.
a écrit le 29/07/2017 à 20:20 :
Excellente décision des Chinois. On les accuse de tous les mots sur leurs émissions de CO2 alors que leurs usines travaillent pour les consommateurs occidentaux, en plus on leur filait nos déchets. Ben voyons :)
a écrit le 29/07/2017 à 20:16 :
Ils ont déjà compris que cela engendrait de graves problèmes sanitaires et que cela coûtait cher à la collectivité. Au final, plus que cela ne rapportait.
Cela s’appelle une prise de conscience.
Suivie par un acte réparateur.
Il y a du stoïcisme et de la rationalité là dedans.
a écrit le 29/07/2017 à 20:01 :
Quelle abération, d'exporter des déchêts de l'Europe vers la Chine!!!
Que chaque pays s'occupe de ces propres déchêts, cela les incitera peut-être aussi d'en produire moins.
Bravo la Chine de réveiller les Européens et les autres!!
Réponse de le 30/07/2017 à 10:43 :
Le pb c'est qu'il faut bien que les déchets repartent vers les lieux de production si on veut que l'économie circulaire fonctionnne! Nous achetons beaucoup de choses à la Chine, il est normal qu'on lui exporte nos déchets. La solution: produire Et retraiter en France
Réponse de le 31/07/2017 à 12:31 :
@wiki d'accord avec vous pour produire et retraiter en France. Bon apres dire qu'il est normal que parce qu'ils produisent pour nous ils se chargent de nos dechets, c'est oublier que c'est nous qui creont la demande et donc les dechets. Il faut poursuivre et amplifier la politique de reduction des sacs plastiques, mettre un frein a l'explosion du packaging, pousser des alternatives a base de bio-plastique avec des subventions europeennes, et faire en sorte que toutes les bouteilles plastiques soient recyclees. Ameliorer la reparabilite et augmenter la duree de garantie sur l'electronique et l'electromenager. Enfin il faut aussi imposer l'ecoconception pour chaque produit (faciliter de reparation, penser le produit en fin de vie et a son recyclage...). Apres il ne faut pas se leurrer, le recyclage ne peut se faire a 100%.Le verre (qui est le mieux recycle aujourd'hui) est recycle a 75% mais a l'avantage de pouvoir etre recycle indefiniment et proche de son lieu de mise en dechet, ce n'est malheureusement pas le cas du papier, du plastique ou de certains metaux. Aujourd'hui on a des machines a laver, des climatisation... qui sont jetes au bout de 3 ans alors que c'est uniquement une piece qui coute quasiment aussi chere qui est a changer (souvent electronique pour l'electromenager et compresseur pour les clims).
a écrit le 29/07/2017 à 17:40 :
Ça va permettre aux USA de créer des emplois en quantité ! Magnifique (comme dit Mr Trump :-) ). Trop facile de se débarrasser comme ça. Les sols sont assez pollués en Chine qu'ils doivent acheter des terres sur la planète afin de se nourrir sainement.
USA poubelle great again. Enfin, recyclage, valorisation, etc. Ils feront des tricots en plastique de flacons recyclés, Made in USA !

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