Recyclage : quand les petits déchets en aluminium retrouvent une deuxième vie

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Demandant un investissement moyen de 150.000 euros, cette amélioration n'est amortissable que par les centres triant un flux d'emballages et de papiers issus de la collecte sélective d'au moins 20.000 tonnes par an.
Demandant un investissement moyen de 150.000 euros, cette amélioration n'est amortissable que par les centres triant un flux d'emballages et de papiers issus de la collecte sélective d'au moins 20.000 tonnes par an. (Crédits : DR)
Une expérimentation menée sur 12 centres de tri a permis au taux de recyclage des emballages en aluminium de passer de 32% en 2012 à 41% en 2015, notamment en rendant possible la récupération des dosettes de café, des sachets de compote et des capsules de bouteilles. Une nouvelle filière de recyclage a ainsi vu le jour.

A l'origine, il y a eu la pression des consommateurs, et l'inquiétude de certaines marques pour leur réputation. A l'issue, la création d'une nouvelle filière de recyclage, dédiée aux emballages légers en aluminium issus de la collective sélective. Jusqu'à présent négligés par les centres de tri en raison de leur faible impact sur le poids total de l'emballage mis sur le marché chaque année en France (quelque 60.000 tonnes contre 4,8 millions, selon une récente étude financée par Ecoemballage), les dosettes de café et thé, les sachets de compote, les capsules de bouteilles et divers opercules et couvercles jetés par 5 millions de Français sont désormais recyclés. Et, surtout, la possibilité technique et économique et de les récupérer a été démontrée, avec un bénéfice environnemental évident: recycler l'aluminium -ce qui est possible à l'infini- permet d'économiser 95% de l'énergie nécessaire à la fabrication de ce métal de première fusion.

     >Lire: Recycler pollue-t-il?

Ce résultat a été atteint grâce au travail mené depuis 2009 par le Club de l'emballage léger en aluminium et en acier (CELAA), association d'acteurs privés et publics lancé sous l'impulsion de Nespresso et le pilotage de l'agence Com'Publics. "On était au lendemain du Grenelle de l'environnement, qui fixait des objectifs ambitieux en matière de recyclage. Pourtant, dans les centres de tri, où les déchets en aluminium étaient encore souvent sélectionnées à la main, tous ceux étant plus petits qu'un pot de yaourt finissaient par être rejetés", explique Angeline Carbonnier,  directrice adjointe de Com'Publics et directrice du Celaa.

Un traitement assuré en Allemagne

Rejoint rapidement par le groupe Bel, intéressé notamment par l'amélioration du recyclage des emballages des portions individuelles de ses fromages (La vache qui rit, Kiri, Boursin), le club commence par investir dans l'équipement en séparateurs à courant de Foucault de quatre centres de tri, dans les Alpes-Maritimes, le Var, le Lot et les Hauts-de-Seine. Il travaille également sur l'amélioration du processus interne afin d'assurer une utilisation efficace de ces machines. "Des le départ, nous avons constaté une amélioration du tonnage d'aluminium récupéré", souligne Angeline Carbonnier.

Initialement envoyé à une fonderie française avec l'ensemble des déchets en aluminium collectés, ces emballages légers, souvent recouverts d'un vernis ou d'une couche de plastique, se révèlent toutefois rapidement peu adaptés à ce processus de revalorisation. Le Celaa finit ainsi par opter pour une usine allemande, située à proximité de la frontière française, spécialisée dans le traitement des déchets légers en aluminium par pyrolyse, technique qui utilise des températures inférieures par rapport à la fusion. "Outre-Rhin, où les emballages des boissons en aluminium sont consignés, la filière dédiée au traitement des plus petits déchets, qui constituent l'essentiel de l'aluminium sortant des centres de tri, est déjà développée", explique Angeline Charbonnier.

Douze centres de tri équipés

Grâce à la pyrolyse, "les déchets organiques au sens large (marc de café, résidus de compote mais aussi plastique) qui sont souvent mêlés aux petits emballages en aluminium sont en même temps valorisés énergétiquement", ajoute la directrice du Celaa. Une partie du matériel qui en ressort est d'ailleurs renvoyée en France dans des fours de fusion classique, précise-t-elle, en observant: "La filière française et allemande sont absolument complémentaires".

Fort de ces premiers résultats, le Celaa a demandé en 2013 le soutien d'Écoemballages, notamment pour identifier les centres de tri ou l'expérimentation menée pouvait être dupliquée. Depuis, huit centres de tri supplémentaires ont pu être associés à la démarche, qui implique désormais 100 collectivités locales. Ces centres ont augmenté de 50% en moyenne les tonnages d'aluminium récupéré, en permettant au taux de recyclage des emballages en aluminium de passer de 32% en 2012 à 41% en 2015. L'aluminium léger représente en effet désormais 60% du gisement total d'emballages en ce matériau, selon les estimations.

Un investissement moyen de 150.000 euros

Aujourd'hui soutenu par d'autres entreprises de l'agroalimentaire (Materne, Coca-Cola European Partners), des fabricants d'emballages métalliques et des opérateurs spécialisés dans le recyclage, le Celaa accompagne notamment les centres de tri qui souhaitent investir dans les machines de Foucault à établir leur business model. "Nous démarchons directement les plus grands", souligne Angeline Charbonnier.

Pour pouvoir amortir un investissement moyen de 150.000 euros, il faut en effet un flux d'emballages et de papiers issus de la collecte sélective d'au moins 20.000 tonnes, jetés par quelque 400.000 habitants, estime en effet le Celaa. Il sera compensé grâce à la moindre quantité de déchets résiduels devant être enfouis ou incinérés, mais aussi aux soutiens versés pour chaque tonne d'aluminium recyclée par Eco-Emballages (278 euros) et par le Fonds de dotation pour le recyclage des petits aluminiums mis en place par Nespresso (300 euros).

L'adhésion des collectivités locales est essentiel

Quant aux revenus liés à la revente des matériaux, dans un contexte de ralentissement du marché le Celaa préfère raisonner comme si le prix de reprise (variable entre 50 et 200 euros par tonne selon la qualité de l'aluminium) était égal à zéro. Un petit bonus vient en revanche de l'acier inévitablement récupéré avec l'aluminium (dans des quantités deux fois supérieures à ce dernier, soutenu au niveau de 62 euros la tonne par Ecoemballage. "L'équilibre économique est atteint lorsque environ 20 tonnes d'aluminium et 40 tonnes d'acier supplémentaires sont extraites par an", conclut le Celaa.

Le second volet du projet métal, intégré par l'Association des maires de France (AMF), consiste donc dans l'accompagnement des collectivités locales qui, une fois le recyclage de tout l'aluminium rendu possible, doivent modifier leurs consignes de tri. Plus d'aluminium sera récolté, plus l'investissement réalisé sera en effet rentable. "Une hausse significative de 20% des tonnages a été constatée à la suite des campagnes de communication menées par les collectivités", note le Celaa, qui prône l'adoption d'un message le plus simple possible, insistant sur le fait que "tous les emballages métalliques peuvent être triés". L'utilisation d'autres techniques, comme les appels téléphoniques ciblés expérimentés dans la Lotte, a même permis de doubler en une semaine les quantité des tonnages récoltés.

La proposition d'un industriel français à l'étude

Parallèlement, le projet s'étend. Au premier trimestre 2017, les centres de tri capables de séparer l'aluminium léger seront 17, profitant à 8 millions de Français. En 2017, "année de transition" en raison de la présidentielle comme du prolongement de l'agrément actuel des éco-organismes de la filière d'emballages pour une seule année (avant de publier le nouveau cahier des charges du futur agrément 2018-2022), les habitants couverts seront 10 millions, espère le Celaa. Dans deux ans, Paris -qui dispose déjà de deux centres équipés, à Romainville et à Nanterre, auxquels s'ajoutera le prochain centre des Batignolles- devrait pouvoir modifier ses consignes de tri pour l'ensemble de ses habitants dans deux ans. Les perspectives de développement du projet entre 2018 et 2022 sont en train d'être analysées.

Centres de tri aluminium léger

Le Celaa est aussi en train d'étudier la proposition d'une usine française de traiter par pyrolyse ces déchets. Et "grâce à une meilleure connaissance de notre potentiel de tonnage, d'autres industriels pourraient se lancer", note Angeline Charbonnier. Selon Eco-Emballage, atteindre un taux de recyclage de l'aluminium de 60% est un objectif raisonnable.

Un marché en expansion

Ce qui est sûr, c'est néanmoins que le nombre de produits accompagnés d'emballages en aluminium léger est plutôt en croissance, suivant la vague du conditionnement individuel. "Avec l'extension du tri au tout plastique, en cours d'expérimentation en France, les gens jetteront davantage d'emballages tels que des poches de compotes. La bonne nouvelle est que grâce au projet métal nous allons pouvoir les gérer", note encore la directrice du Celaa.

En outre de constituer un exemple positif de travail commun entre acteurs privés et publics, ce projet est d'ailleurs parfaitement compatible avec d'autres solutions mises en place parallèlement par des membres du Celaa, estime-t-elle. C'est le cas de la collecte des capsules proposées par Nespresso dans ses propres magasins, ou du partenariat entre Maternes et l'entreprise Terracycle, qui récupère ses gourdes de compote.  "L'essentiel est de sensibiliser les habitants,leur laisser le choix tout en simplifiant leurs démarches. Les tonnages sont suffisants pour que les diverses solutions cohabitent aujourd'hui", souligne-t-elle, sans exclure d'éventuelles coopérations.

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Commentaires
a écrit le 23/12/2016 à 10:50 :
Encore un exemple qu'on peut encore trouver des sources d'investissement qui servent à quelque chose
Au lieu de cel on inaugure des routes photovoltaïques a 5 millions d'euros
Avec cette route on aurait pu équiper 30 usines de recyclage pour récupérer l'aluminium
a écrit le 23/12/2016 à 10:50 :
Encore un exemple qu'on peut encore trouver des sources d'investissement qui servent à quelque chose
Au lieu de cel on inaugure des routes photovoltaïques a 5 millions d'euros
Avec cette route on aurait pu équiper 30 usines de recyclage pour récupérer l'aluminium

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