Retard des énergies renouvelables en France : des réglages s'imposent

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Les énergies renouvelables ont produit 22% de l'électricité française au 2eme trimestre 2017
Les énergies renouvelables ont produit 22% de l'électricité française au 2eme trimestre 2017 (Crédits : fotolia.com © ptyszku)
Globalement, la France n’atteindra pas ses objectifs européens d’énergies renouvelables en 2020. A l'aube des discussions concernant la programmation pluriannuelle de l'énergie pour la période débutant en 2023, les professionnels réclament des mesures pour rectifier le tir.

Cocorico. Selon le Panorama trimestriel de l'électricité renouvelable, publié jeudi par les gestionnaires de réseaux RTE et Enedis, le Syndicat des énergies renouvelables (SER) et l'Association des distributeurs d'électricité en France (Adeef), les énergies vertes (éolien, solaire, hydroélectricité, biomasse) ont couvert 22,1% de la consommation électrique française au deuxième trimestre 2017. Ce bon résultat repose essentiellement sur le solaire et l'éolien.

En effet, si plus de la moitié des 46.853 mégawatts (MW) du parc renouvelable électrique français au 30 juin 2017 est couvert par les barrages hydrauliques (54%), l'éolien et le solaire représentent 94% des nouvelles capacités installées au deuxième trimestre.

Pourtant, il y a quelques semaines seulement, sur la base des chiffres enregistrés pour l'année 2016, le Commissariat général au développement durable (CGDD) alertait une nouvelle fois sur le retard français par rapport aux objectifs européens fixant l'objectif à 23% du mix énergétique.

Pourquoi ces sons de cloche divergents ? Les chiffres trimestriels ne concernent que l'électricité, alors que les chiffres annuels de 2016 portent sur toutes les énergies renouvelables, transports et chaleur renouvelable inclus.

19% de renouvelables dans le mix énergétique en 2020 au lieu des 23% prévus

Toutes énergies confondues, la France compte 15,7% de renouvelables.

« Le taux de progression de +0,9% observé pour l'année 2016 conduit à 19% en 2020 au lieu des 23% prévus », rappelle Jean-Louis Bal, président du Syndicat des énergies renouvelables (SER).

Le transport doit comporter 10% de renouvelables en 2020, dont 7,5% de biocarburant incorporés dans l'essence et le diesel. On est déjà à 7%, auxquels s'ajoute 1% d'hydroélectricité, qui alimente directement la SNCF. « Je ne vois pas comment on pourrait faire beaucoup mieux, observe Jean-Louis Bal. On a fait le plein avec les biocarburants de première génération et ceux de deuxième génération ne sont pas encore là. »

Pour l'électricité seule, nous sommes en bonne voie pour rattraper en partie le retard. « En partie seulement, nuance Jean-Louis Bal, car il manquera dans tous les cas les 6000 mégawatts d'éolien offshore prévus. » Seuls 3000 MW ont en effet été attribués lors des rounds 1 et 2, et encore ces parcs n'entreront pas en production avant 2021 dans le meilleur des cas. Il se murmure même qu'ils pourraient ne jamais sortir de l'eau, les coûts auxquels ils ont été attribués étant deux fois plus élevés que ceux des derniers appels d'offres en date attribués en Mer du Nord.

En dehors de ce (gros) retard, les filières électriques se portent correctement. Leurs performances du deuxième trimestre 2017 sont contrastées : les raccordements éoliens ont été dynamiques, proches de la fourchette basse prévue par la programmation pluriannuelle de l'énergie pour 2018. Dans l'éolien, le parc atteignait au 30 juin 12.341 MW, soit 82,3% de ses objectifs fixés à 15.000 MW pour 2018. En revanche, la production a été faible en raison d'une météo peu venteuse. La situation est exactement inverse en ce qui concerne le solaire : l'ensoleillement a été propice à la production, mais les raccordements de nouvelles installations ont été à la traîne. Le parc installé est de 7.064 MW, soit 69,3% de l'objectif de 2018, fixé à 10.200 MW.

Le solaire bridé par rapport à l'éolien ?

De quoi alimenter les revendications de Daniel Bour, qui préside le syndicat solaire Enerplan. « Il est incompréhensible que la filière la plus compétitive - le solaire, avec un prix qui peut descendre en France à 55 euros le mégawattheure - soit nettement plus bridé en volume que l'éolien. On a besoin d'espace et de volumes pour développer la filière », s'emporte-t-il. Pour le photovoltaïque, les appels d'offres, des processus complexes et coûteux pour les porteurs de projets, sont en effet obligatoires à partir de 100 kilowatt (kW). Dans l'éolien, c'est à partir de 18 mégawatts (MW) seulement. Ce qui permet aux porteurs de projets situés sous ces plafonds de connaître les tarifs auxquels ils vont pouvoir vendre leur production. Alors que les discussions concernant la prochaine programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE) portant sur la période 2023-2028 sont sur le point de débuter, il plaide donc pour « remettre le curseur au milieu entre l'éolien et le solaire ». Concrètement, Enerplan réclame une révision à la hausse du seuil des appels d'offres à 1 MW, soit dix fois plus élevé qu'aujourd'hui.

A en croire Jean-Louis Bal, l'éolien ne serait pas tout à fait à la fête non plus. Certes, 2016 a été un crû d'exception après des années moroses, mais « les projets font face à de plus en plus de problèmes d'acceptabilitéce que les professionnels doivent mieux appréhender ».

Sanctionner les projets fantaisistes

Les deux syndicats s'accordent sur deux points : la France n'atteindra pas ses objectifs européens pour 2020 ni ceux fixés par la PPE pour 2018 et doit se remettre en selle pour 2030. Parmi les mesures à prendre pour ce faire, outre la simplification des procédures permettant de réduire les délais nécessaires pour faire sortir les projets de terre et plus encore de mer (notoirement supérieurs à ceux des autres pays européens) et la limitation des recours, il faudrait prévoir des pénalités pour les projets lauréats d'appels d'offres mais qui ne verront jamais le jour. Une façon d'éviter des projets fantaisistes, qui contribuent de surcroît à en éliminer de plus réalistes présentant des coûts plus élevés.

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a écrit le 03/10/2017 à 18:11 :
Que les écolos de tout poil cessent de parler de MW en matière d'énergie: c'est une unité de puissance, et l'énergie est exprimée en MWh, ce qui prend en compte le temps de fonctionnement.
Mais là évidemment, le bilan est moins flatteur.
a écrit le 25/09/2017 à 14:28 :
Le nucléaire est déjà (tous frais non inclus) 2 à 4 fois plus cher que l'éolien et le solaire et ce n'est pas fini. Mardi 19 septembre, à l'occasion d'un séminaire, les membres du comité exécutif d'EDF ont présenté les enjeux stratégiques du groupe pour les années à venir. La direction d'EDF a infléchi son discours sur deux points liés au nucléaire. Tout d'abord, l'entreprise ne met plus en avant la compétitivité économique de ses futurs réacteurs face aux renouvelables. Ensuite, elle révise sensiblement la place du nucléaire dans le mix énergétique : dorénavant, les réacteurs doivent pouvoir assurer une production variable, notamment pour réduire la production nucléaire lorsque l'électricité renouvelable afflue sur le réseau.
a écrit le 25/09/2017 à 14:04 :
Vous écrivez:
" (...)les énergies vertes (éolien, solaire, hydroélectricité, biomasse) ont couvert 22,1% de la consommation électrique française au deuxième trimestre 2017. Ce bon résultat repose essentiellement sur le solaire et l'éolien."
Autant la 1ère partie est exacte, autant la 2è phrase est fausse: en effet c'est l'hydraulique qui représente au moins la moitié du renouvelable.
Voir le dossier d'origine, sur 12 mois: hydro 50,7 TWh; éolien 20,1 TWh; solaire 9,3 TWh.
Réponse de le 25/09/2017 à 14:21 :
Lisez mieux : "si plus de la moitié des 46.853 mégawatts (MW) du parc renouvelable électrique français au 30 juin 2017 est couvert par les barrages hydrauliques (54%), l'éolien et le solaire représentent 94% des nouvelles capacités installées au deuxième trimestre." C'est la progression du solaire est de l'éolien qui est à souligner dans ces résultats.
Réponse de le 25/09/2017 à 16:07 :
Bien sur, mais avec une réduction comme celle-là, on peut aussi affirmer que l'extension du parc automobile mondial vient essentiellement des voitures volantes.
Réponse de le 25/09/2017 à 23:41 :
@ Factchek : non car là il s'agit de 94% d'apport supplémentaire en 1 trimestre d'une part qui correspond déjà à 46% d'énergies renouvelables hors hydro, ce n'est pas rien.
a écrit le 24/09/2017 à 22:02 :
L'éolien rapporte plus qu'il ne coûte à la France : https://www.actu-environnement.com/ae/news/benefices-environnementaux-economiques-emploi-eolienne-ademe-29677.php4?xtor=AL-33
a écrit le 24/09/2017 à 18:12 :
L'éolien c'est vraiment génial .... quand il fait froid y' pas de vent, test à faire : relier les TGV aux éoliennes (qui pompent l’énergie d'une centrale nucléaire) qu'on rigole un peu ! Mettre nos centrales à produire de l'hydrogène la nuit, c'est pas l'eau de mer qui manque !
Réponse de le 24/09/2017 à 21:40 :
Il ne manque jamais de vent sur le réseau Entoso-e et Météo France pourra vous confirmer également qu'il y a toujours du vent quelque part en France donc votre point de vue est "intuitif" mais erroné face aux réalités techniques. Enfin l'électricité qu'elle soit éolienne ou autre est la même en puissance pour les TGV.
Réponse de le 25/09/2017 à 6:40 :
Météo France pourra vous confirmer également qu'il y a toujours du vent quelque part en France donc votre point de vue est "intuitif" mais erroné face aux réalités techniques.

Et pour vous que signifie : quelque part ?
Si notre parc éolien est basé sur ce " quelque part " je comprend mieux alors pourquoi certaines éoliennes ne fonctionnent pas ...

Drôle de réalités techniques considérant que si il n'y a pas de vent ici , forcément il y en a ailleurs ...

J'adore cette notion de " quelque part " qui solutionne le problème !
Réponse de le 25/09/2017 à 9:40 :
@ MPT : on voit que vous n'êtes pas du secteur. j'ai précisé que l'on travaille sur le réseau Entso-e. Lisez leur rapports. Météo France dispose de données précises depuis plus de 100 ans. L'éolien existe depuis plus de 30 ans dans certains pays et la météo depuis plus de 100 ans donc votre affirmation est "intuitive" et non conforme à la réalité du secteur. Si çà posait un problème majeur on ne ferait pas de l'éolien depuis plus de 30 ans et à présent dans plus de 195 pays au monde. L'intermittence se gère bien et les réseau allemand et danois qui ont plus d'éolien que nous sont encore plus fiables. Voyez tous les rapports des opérateurs sur le sujet. L'argument de l'intermittence et de la vision de l'énergie qui s'arrête aux frontières est absurde car il y a toujours eu des échanges et un mix énergétique cà s'équilibre en fonction de toutes ces données. Informez vous mieux, on a pensé à l'intermittence bien avant vous, ce sera plus intéressant pour tous, merci.
a écrit le 24/09/2017 à 14:00 :
Il faut une société 50/50 avec les Allemands en Produc-Distrib-Recherche. EDF ENGIE TOTAL BLOQUENT TOUT : entente des trois, et infjigent aux particuliers des Outre Mers, des systèmes DISSUASIFS SCANDALEUX.
a écrit le 24/09/2017 à 11:50 :
Pourriez-vous arrêter de parler énergie installée? Cela fausse les raissonements et les décisions. Seules compte l'énergie prodcuite par filière.
a écrit le 23/09/2017 à 19:42 :
Entre les grandes déclarations d'intentions, toujours bonnes de nos politiciens et la réalité il y a toujours un fossé.
a écrit le 23/09/2017 à 16:25 :
"Globalement", les barrières à l'entrée pour les nouveaux entrants sont énormes et le marché est hyper-verrouillé. Ceci explique cela.
Le choix massif d'énergie renouvelables intermittentes n'est pas non plus de bon augure.
a écrit le 23/09/2017 à 15:27 :
Le retard pris pour le développement du photovoltaïque est connu depuis longtemps, ainsi que les raisons et surtout les incidences pour les professionnels de la filière.

Il serait intéressant d’analyser ce qui c’est passé depuis 10 ans puisque on a eu droit à de nombreuses tergiversations et réglementations, pas toujours rationnelles et surtout à des changements de politiques et des virages à contre sens. Ce malgré des objectifs initiaux clairement définis par et avec l’Union Européenne depuis 2009. Le ministère de JL Borloo essaya de rattraper le retard pris par la France pendant des décennies. (http://www.enerzine.com/UserFiles/Image/breve13567c_big.jpg).
Pour s’aligner avec les objectifs du Grenelle de l’Environnement et de la Transition Energétique (dossier de presse du 17 novembre 2008) et c’est ce qui justifia les mesures extrêmement favorables (trop) prises à l’époque. Ce dispositif permit de passer de 5000 emplois dans la filière en 2008, à 30000 en 2010 et de redescendre suite au moratoire à 10000 en 2014. Dossier : Observ-ER-Barometre-Electrique-2016-Chap-03-Photovoltaique.pdf.
Depuis, à analyser les chiffres récents la progression des installations est constante, mais insuffisante pour atteindre les objectifs.

Même si les arguments pour justifier ou restreindre le développement des ENR varient suivant les périodes : l’esthétique, la balance commerciale, les prix trop bas des panneaux, l’impact sur le réseau, l’excès d’aides, le manque d’aides, le manque de normes, l’excès de normes, etc… d’ailleurs pour ceux qui souhaitent analyser un cas d’école et revivre un réel épisode économico-industriel de l’histoire de France, il suffit de se replonger dans les réunions de concertation de 2010 et de ce qui en émergea.
Je me demande s’il ne faudrait pas breveter la méthodologie ?
Mais peu importe, puisque au final seul le résultat comptent : le parc solaire PV Allemand dépasse les 40 GWc, contre 8 GWc pour la France ((https://www.ecologique-solidaire.gouv.fr/solaire) et les USA viennent d’installer 14 GWc... en un an.

Concernant les projets « fantaisistes » en demande de développement, la Grande Bretagne nous rattrape, certainement en raison de son fort taux d’ensoleillement.
Plus sérieusement, pour le photovoltaïque les calculs de production et les TRI sont extrêmement simples à estimer. En plus ce sont majoritairement des sociétés et des investisseurs privés qui montent les projets (parfois la CDC) et qui n’ont aucun intérêt à faire n’importe quoi avec leur argent. Pour preuve quand certaines entreprises sont rentables, elles sont parfois rachetées par nos leaders nationaux.

Si on veut on peut,
à ce propos, il y a un autre sujet d’actualité : l’autoconsommation.
Un autre choc de complexité en perspective ?
a écrit le 23/09/2017 à 12:55 :
il y a une emtreprise qui merite que l on la sauve c est nerpic dans l isere qui fais des turbines hydrolique depuis des generations???
a écrit le 23/09/2017 à 12:33 :
Les "énergies renouvelables" sont essentiellement une trappe à subventions, finançant des projets inutiles aux frais des consommateurs (CSPE). Tant mieux si on est en dessous des plans.
a écrit le 23/09/2017 à 10:29 :
"la France n’atteindra pas ses objectifs européens..." personnellement ça m'est égal. Si c'est pour mettre des éoliennes à tous les coins de rues je me fiche de ces objectifs. D'ailleurs, de quoi se mêle l'EU. Qui gouverne la France maintenant ? Que l'on sorte de ce machin de m...e.
a écrit le 23/09/2017 à 10:08 :
en Ardèche et Drôme, à l'horizon éoliennes et pylônes électriques!!
a écrit le 23/09/2017 à 8:53 :
Personnellement, pour les objectif de 2020, ons sans fou....
La realiter est que nous devons diminuer notre dépendance au hydrocarbures ( pétrole et gaz) , favoriser l'énergie renouvellable ( géothermie peux develloper) et surtout donner de travail au francais .... ( correctement payer et pas trop taxer par l'état) .
Arret le dumping sociale avec l'immigration ( europeen ou extra europenne). Diminuè notre dépendance au importation et favoriser les exportations ....
a écrit le 22/09/2017 à 18:45 :
"7,5% de biocarburant incorporés dans l'essence et le diesel." l'huile de palme rend de grands services à ce sujet. Pas chère. Je crois qu'il y en aussi dans l'essence ?
Réponse de le 23/09/2017 à 8:57 :
Bien sur, mais cela implique la déforestation ( dans les pays pauvres) et une auguemantation des prix alimentaires..... Bien sûr s'est histoire de nous faut payer plus....

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