Les cadres, prolétaires 2.0  ?

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« Les prolétaires de l'ère industrielle n'avaient que leurs bras pour survivre, les diplômés de l'enseignement supérieur n'ont que leur cerveau. (...) Ce malaise des diplômés du supérieur porte un nom : le déclassement social », explique Jean-Laurent Cassely.
« Les prolétaires de l'ère industrielle n'avaient que leurs bras pour survivre, les diplômés de l'enseignement supérieur n'ont que leur cerveau. (...) Ce malaise des diplômés du supérieur porte un nom : le déclassement social », explique Jean-Laurent Cassely. (Crédits : Unsplash/ Alexandre Chambon)
[ DOSSIER 4/4 ] La pyramide sociale des professions est-elle en train de s’inverser ? En transgressant les habituels parcours, les diplômés du supérieur offriraient une revalorisation de certaines professions. En parallèle, les fonctions quittées (support, open space, télémarketing etc.) seraient victimes d’une image dégradée.

En fuyant un open space pour créer sa startup, se lancer dans un commerce de proximité ou encore proposer ses services d'aide à la personne, les anciens cadres reconvertis quittent tout un univers pour en rejoindre un autre. Souvent surdiplômés pour leurs nouvelles missions, ils ne se contenteraient pas tout bonnement de les mener ; ils les font monter en gamme.

| Lire aussi : Lassés de leur « bullshit job », les cadres désertent les open space

Dans son ouvrage, Jean-Laurent Cassely fait l'hypothèse suivante :

« Et si, en changeant de métier, de cadre de travail et d'aspirations, ce groupe était, au contraire, en train de reclasser, voire de surclasser, des secteurs dévalorisés ? »

Le bagage acquis lors de précédentes expériences est sans nul doute utilisé. Philippe Caumont, ingénieur, ancien commercial, est aujourd'hui à la tête d'une startup qui met en lien les agriculteurs et les consommateurs, en témoigne : « L'expérience passée est primordiale, elle m'a appris énormément de choses, et si, aujourd'hui, mon quotidien est différent, il y a toujours des facettes que je retrouve : le pilotage d'activité, l'animation d'équipe, le travail sur Excel... » Ce qu'explique Jean-Laurent Cassely, dans son ouvrage :

 « C'est justement en transposant les expertises et les manières de penser propres à cet environnement qu'ils fuient, qu'ils créent de la valeur et de la différenciation lorsqu'ils prennent en main leurs nouveaux métiers. Qu'ils enfilent leur tablier ou se mettent derrière les fourneaux, la capacité de recul critique, de conceptualisation et de réflexion stratégique qui distingue les manipulateurs d'abstractions ne les quitte jamais tout à fait. »

Ces reconvertis particuliers, avec une expérience et un recul, proposent, de fait, une offre premium de leurs produits ou de leurs services.

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Le déclassement social des diplômés du supérieur

Parallèlement, avec cette revalorisation des fonctions considérées par l'opinion publique comme plus « populaires », les métiers ayant tendance à être associés à la catégorie socio-professionnelle CSP+ connaissent, eux, une chute de popularité. « Nous avons connu une période où, les métiers manuels étaient dévalorisés. Les gens s'orientaient vers des études supérieures sans pour autant comprendre le sens de leur choix », commente Paul Candiard, ex-chargé de communication devenu facteur. « Mais il faut se souvenir que ce n'est pas parce que l'on peut, que l'on doit. »

Dans son ouvrage, Jean-Laurent Cassely pousse la réflexion plus loin encore :

« En parallèle de la dégradation des tâches, le statut social, sur lequel une formation d'élite est censée déboucher, a eu tendance à perdre progressivement de son aura. » Et d'ajouter : « Les prolétaires de l'ère industrielle n'avaient que leurs bras pour survivre, les diplômés de l'enseignement supérieur n'ont que leur cerveau. (...) Ce malaise des diplômés du supérieur porte un nom : le déclassement social. »

Le sociologue Rémy Oudghiri confirme l'augmentation du sentiment de ce déclassement social ces dernières années en France. « Cette peur touche l'ensemble des milieux sociaux. Les plus jeunes sont plus pragmatiques : ils ont intégré l'idée que la carrière au sens traditionnel n'existe plus. (...) La révolte des premiers de la classe est favorisée par cette idée que, de toute façon, il n'y a plus rien à attendre d'une vie dictée par la carrière : rien n'est jamais sûr. Donc, pourquoi ne pas tenter autre chose. » C'est dit.

| Lire aussi : Fuite des open space : les cadres, spécimens interchangeables pour les RH

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Commentaires
a écrit le 14/11/2017 à 16:04 :
"Mais il faut se souvenir que ce n'est pas parce que l'on peut, que l'on doit"

Certes, mais il ne faudrait pas non plus oublier qu'il est plus facile de passer de cadre à facteur que de facteur à cadre.

Mieux vaut faire des etudes, et avoir la possibilité de changer de d'orientation que de ne pas en faire et rester coincer là où l'on ne se plait pas forcément.
a écrit le 14/11/2017 à 15:12 :
"Les plus jeunes sont plus pragmatiques : ils ont intégré l'idée que la carrière au sens traditionnel n'existe plus. (...) "

On leur a intégré depuis quelques années que l'idée d'une carrière au sens traditionnel n'existait plus. (...) ,nuance.
a écrit le 14/11/2017 à 15:04 :
" conceptualisation et réflexion stratégique " comme tous les reconvertis ne se retrouveront pas à la tête de start up je leur conseillerai plutôt de faire preuve de pragmatisme dans leurs activités de tous les jours, qu'ils soient boulangers, restaurateur, vendeurs de cuisines etc.... face à un client potentiel il faut savoir vendre et assurer la suite , respects des délais, qualité ....
a écrit le 14/11/2017 à 14:08 :
L'illusion utopique de fausse "croissance" des "trente-glorieuses", qui ne consistaient qu'à abuser de statisme en dépensant des énergies sales à la folie..., cela est en train de s'effondrer en grand, face à ses conséquences climatiques et environnementales...!§!

Ainsi que la fausse croyance, le dogme soutenu avec force de publicité, qu'il faudrait faire toujours plus d'artificiel, de complexe, de surproductions pour tirer notre épingle de ce jeu mondial qui file droit vers son extinction.

Ces fausses tendances transformées en "certitudes" dans le jeux poussé et abusif de publicités mensongères, font que les populations réalisent être trompées..., jusqu'au bout des terminaisons nerveuses de leur magnétisme aurique naturel...!

Le TAI-CHI pratiqué en villes surpeuplées chinoises n'y change rien à l'affaire (avec leur culte de la famille nombreuse depuis des millénaires...), pas plus que de tenter de se retrouver en dansant sur place avec force alcool excitant, au Bataclan ou autre lieu prétendu "festif" abusif, jusqu'à en perdre la tête comme le pas bougé qui l'assaille, arme en main !

SAVOIR à NOUVEAU RAISON GARDER ne pourra se comprendre qu'en faisant d'abord moins d'enfants, puis moins d'achats, tous nés en campagne BIEN GÉRÉE (pour ne pas finir avec la HARGNE) ! greenjillaroo.wordpress.com
Alors, des emplois raisonnables, réalistes et sains seront recherchés. Plus que ceux creux qui feraient croire "rester les pieds sur Terre", alors que plus dans un véhicule ou un avion, en des bureaux faussement surélevés et trop électrostatiques, nous coupant des énergies saines des bois et des prés.
De quoi perdre l'esprit toujours plus et en demander de trop..., à ceux trop rares qui bougent vraiment en recherche de vies calmes, vraies saines, justes auto...suffisantes !
a écrit le 14/11/2017 à 8:55 :
' les gens s'orientaient ' est a remplacer par ' on a orientes les gens vers'......... qui en terminale sait ce qu'il veut faire plus tard? 5% des jeunes?
on les pousse a la boucherie, au lieu de leur ouvrir les yeux sur leur avenir........ ca vient du cynisme issu de mitterand qui a masque ses chomeurs en les planquant sous le tapis universitaire; actuellement ca sert des classes qui ont besoin de gens a assrvir pour faire tourner la lutte des classes, et ca remplit bien les interets des profs qui peuvent en demander toujours plus pour des resultats toujours plus mauvais et de la casse de plus en plus grande ( ce qui n'est pas leur probleme vu qu'ils disent pour ceux qui echouent qu'ils n'ont qu'a trouver un patron pour les employer.....)
pathetique de cynisme d'egoisme et de manipulation
a écrit le 14/11/2017 à 8:50 :
De la main d'oeuvre jetable corvéable à merci avec des supérieurs qui passent surtout leur temps à les humilier, ils travaillent comme des chiens pour bien souvent des salaires dérisoires en comparaison n'importe quel maçon qui ferait 60 heures par semaine gagnerait au moins 3000 euros par mois.

Oui les propriétaires des outils de production ont totalement dévalué les cadres, pire qu'une impasse c'est un véritable piège.
Réponse de le 14/11/2017 à 10:36 :
macon a 3000 € par mois ? ou vous avez vu ca ? meme en faisant de black a fond (mais la il faut trouver et pas se faire prendre, pas evident sur la duree) c est impossible
Réponse de le 14/11/2017 à 15:58 :
Donc je remplacerais mes 35h/semaines de bureau au chaud par un travail physique dehors sur deux fois le temps ?

je passe, ne vous déplaise.
Réponse de le 14/11/2017 à 18:25 :
Un carrossier automobile salarié m'avouait qu'il gagnait 1.800 € net par mois soit x 12 = 21.600 € net imposable annuel ....mais qu'avec "ses petits à côtés" il atteignait les 30.000 € !!!
Réponse de le 15/11/2017 à 10:12 :
"macon a 3000 € par mois ? ou vous avez vu ca ? "

Partout autour de moi mon ami, si vous arrêtiez de passer votre temps à troller sur les forums pour voir ce qu'il se passe dans la vraie vie vous le sauriez.

@ ldx: il n'y a pas que le black, les heures sup payent encore bien.

"Les riches et les néolibéraux profitent sans vergogne. Il faut les taxer et leur retirer « l'outil de travail » "

Non il faut leur fait payer les impôts qu'ils doivent tout simplement. Bien entendu votre trollage est signalé.
a écrit le 14/11/2017 à 8:41 :
Les innovations prédilectifs marketing et autres et big data ont changé la progression de la génération Y
Il y aura pas de la place pour tous : ça génère de l’angoisse.

Je ne suis pas sûr que ceux qui sont à la tête de ces projets «  savent réellement l’orientation de leur projet »
Un système qui opprime ou les survivants sont ceux qui sont dans la compétition continuelle au détriment du rythme de vie...
Réponse de le 14/11/2017 à 8:57 :
le bigdata, y a pas grand monde qui comprend, les reseaux de neurones encore mois, le deeplearning c'est pire ( et je ne parle ni des stats ni des autres types de modelisation)......... les boites le font car les concurrents le font, les collaborateurs le font car on leur dit de le faire, qu'ils sachent ou pas........ va y avoir de la raclee dans pas longtemps

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