Quand les banquiers légitiment les "fintech"

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Nos relations avec le secteur bancaire ne résument pas à une concurrence frontale, mais relèveront sans doute également de collaborations étroites, estime Philippe Gelis, PDG de Kantox.
"Nos relations avec le secteur bancaire ne résument pas à une concurrence frontale, mais relèveront sans doute également de collaborations étroites", estime Philippe Gelis, PDG de Kantox. (Crédits : DR)
Le Crédit Mutuel Arkéa vient d'investir dans Yomoni, à la faveur d'un tour de table de 3,5 millions d'euros. La semaine précédente, Philippe de Nonneville, ancien de Goldman Sachs, en faisait autant chez Kantox.

Les investissements dans les "fintech" européennes pourraient bien connaître un nouveau record, cette année, après leur bond de 215% en 2014, à 1,48 milliard de dollars. Pas une semaine (ou presque) ne s'écoule sans que l'une de ces startups spécialisées dans les technologies financières n'annonce une levée de fonds. Dernier tour de table en date, celui de 3,5 millions d'euros dévoilé mardi 9 juin par Yomoni. Mais, plus que le montant, c'est la nature des investisseurs qui est intéressante. Cette jeune pousse française - qui a pour ambition de "démocratiser la gestion de fortune", en proposant aux particuliers une solution de gestion de leur épargne 100% en ligne - compte désormais pour actionnaires le Crédit Mutuel Arkéa et Iena Venture, l'incubateur de la société de gestion d'actifs Financière de l'Echiquier.

Autrement dit, deux acteurs de cette finance traditionnelle que les fintech entendent bien bousculer. "Dans un monde bancaire qui connaît de profondes transformations, cette opération s'inscrit, pour le Crédit Mutuel Arkéa, en pleine cohérence avec sa stratégie d'ouverture et de co-construction avec les acteurs de la fintech", explique Ronan Le Moal, directeur général du Crédit Mutuel Arkéa. Une stratégie d'open innovation qui inclut l'investissement dans le capital de startups, pour des tickets de 200.000 à 1 million d'euros environ, la banque n'hésitant pas à investir un total de 10 à 15 millions dans une seule et même société, au gré des tours de table successifs. Le Crédit Mutuel Arkéa est ainsi également actionnaire à 34% de la plateforme de prêts entre particuliers Prêt d'Union.

Des banquiers qui crédibilisent le secteur de la fintech

Une semaine plus tôt, c'est la fintech londonienne Kantox qui avait annoncé l'entrée dans son capital, ainsi qu'à son conseil d'administration, de Patrick de Nonneville, un ancien banquier de Goldman Sachs. Une opération effectuée à la faveur d'un tour de table de 10 millions d'euros, principalement souscrit par les investisseurs historiques de la jeune pousse, à savoir les sociétés de capital-risque Partech Ventures, Idinvest Partners et Cabiedes Partners. Associé et co-responsable de la gestion de taux en Europe pour la mythique banque d'affaires américaine jusqu'en janvier dernier, Patrick de Nonneville avait commencé son incursion dans la fintech en devenant membre du directoire de la plateforme de prêts aux PME Lendix, en début d'année. "Je vais pouvoir apporter mon expérience internationale et mon savoir-faire dans la gestion des risques et de taux acquis au sein de grands établissements bancaires", expliquait alors l'ancien banquier.

"Des personnes comme Patrick de Nonneville contribuent à crédibiliser le secteur de la fintech", se réjouit Philippe Collombel, "managing partner" chez Partech Ventures. "Le fait que Patrick de Nonneville, ancien partner de Goldman Sachs, investisse dans Kantox est d'autant plus intéressant pour nous que nos relations avec le secteur bancaire ne résument pas à une concurrence frontale, mais relèveront sans doute également de collaborations étroites", renchérit Philippe Gelis, PDG et co-fondateur de Kantox, une plateforme Internet sur laquelle PME et ETI exportatrices peuvent échanger entre elles des devises, sans passer par l'intermédiaire d'établissements bancaires.

Des activités sous-traitées par les banques aux fintech?

"Une banque propose un taux qui est en réalité à prendre ou à laisser, et qui inclut une commission importante. Nous, nous distinguons le taux de la commission, celle-ci étant comprise entre 0,09% et 0,29%, contre 1% à 3% pour les banques", argumente Philippe Gelis. Le jeune patron, qui vise l'équilibre financier d'ici à 12 mois, se targue ainsi d'avoir fait économiser un total de 20 millions d'euros à ses 1.500 clients depuis le lancement de Kantox, en 2011. Conséquence, la startup, qui affichait 1 milliard d'euros de transactions en janvier dernier, espère bien doubler ce montant d'ici au mois de septembre ou d'octobre.

Autant de volumes d'échanges qui échappent aux banques... Ce qui laisse penser que ces dernières, tout au moins les établissements de petite et de moyenne taille, pourraient finir par sous-traiter une partie de leur activité de change à des acteurs comme Kantox. Ou plus exactement à Kantox seul car, même aux Etats-Unis, "il n'existe pas d'autre acteur sur ce segment, les Américains étant centrés sur le dollar", explique Philippe Collombel.

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