On trouve de plus en plus de choses dans les distributeurs automatiques

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Installée dans le métro new-yorkais, la machine de L'Oréal Paris peut donner des conseils de maquillage en fonction des couleurs portées par la cliente./ DR
Installée dans le métro new-yorkais, la machine de L'Oréal Paris peut donner des conseils de maquillage en fonction des couleurs portées par la cliente./ DR (Crédits : DR)
L'offre en distributeurs automatiques est pour l'heure focalisée sur les boissons et les repas. Mais, peu à peu, le marché étend son offre à des distributeurs de produits non alimentaires qui parient sur une réponse mieux adaptée aux besoins des clients. Chronique d'un grand succès annoncé.

Les distributeurs automatiques (DA), majoritairement focalisés sur les boissons et les snackings, entament leur révolution avec une offre qui s'annonce plus diversifiée et plus proche des besoins des clients. Le moteur de cette transformation ?

L'utilisation de la télémétrie pour analyser les ventes à distance, la présence d'écrans interactifs et tactiles, voire de logiciels de reconnaissance pour mieux conseiller le client. De quoi révolutionner le marché qui compte en France 125000 machines à café à capsules et 500.000 distributeurs automatiques de sandwiches, fruits, barres chocolatées, boissons, etc.

Parmi les grands constructeurs de ces machines qui ont colonisé notre quotidien, tant dans les bureaux que dans les stations, gares, aéroports et autres lieux publics : N&W Globa l Vending, Rheavendors, Bianchi et Saeco - filiale de Philips.

« 80% du parc sont installés en entreprise et le reste sur des sites publics », précise Nicolas Bodilis-Reguer, délégué général de Navsa (Chambre syndicale nationale de vente et services automatiques).

En 2013, ce secteur a vendu quotidiennement 14 millions de boissons chaudes, 1 million de boissons froides et 1 million de produits alimentaires pour un chiffre d'affaires d'un peu plus de 2 milliards d'euros (-2% par rapport à 2012). S'il a été rattrapé par la crise, le secteur a néanmoins de bonnes raisons de retrouver le sourire.

Les tickets resto acceptés bientôt

D'abord, grâce à l'accord conclu en juillet dernier entre la Navsa et la Commission nationale des titres restaurant (CNTR), bon nombre de machines vont accepter le paiement des sandwiches, pizzas et autres denrées alimentaires avec des chèques déjeuner. Une bonne nouvelle pour les gestionnaires de machines (les plus gros étant Selecta, Autobar et Daltys) et les industriels de l'agroalimentaire. Le vendéen Sodebo (2.000 salariés) devrait d'ailleurs démarrer durant ce premier trimestre des tests avec des fabricants de machines et de lecteurs de titres restaurants, en partenariat avec des gestionnaires de distributeurs automatiques.

« Les produits proposés seront les mêmes que ceux que nous commercialisons déjà aujourd'hui en GMS [grandes et moyennes surfaces, ndlr], stations-service, etc., indique William Brézelle, chef de circuit DA et Restauration chez Sodebo. Les tests visent à évaluer l'impact des titres restaurants sur la fréquentation et les ventes de produits dans les distributeurs automatiques. »

Bar à ongles, pharmacie, maquillage avec conseil

« Une autre évolution, timide, va consister à installer sur les machines existantes des écrans interactifs afin de délivrer aux consommateurs des informations nutritionnelles sur les produits, avant même de les acheter », annonce Patrick Bergamelli, directeur d'Alyxia, un intégrateur de technologies.

Cette évolution intéresse les fournisseurs de produits bio et sans sucre. À l'instar de la Compagnie des boissons bio qui ambitionne de distribuer ses sodas bio dans des appareils automatiques parallèlement à leurs ventes dans les circuits traditionnels.

« La présence d'un écran interactif présente d'autres avantages pour les consommateurs, estime Éric Froger, le directeur de publication de DA Mag, le magazine du secteur de la DA. Si la machine est équipée d'un lecteur de badge d'identification, elle va aider le salarié à composer son menu en tenant compte des achats précédemment effectués, et lui accorder éventuellement des promotions. »

Des nouveaux venus sur le marché

Si l'alimentaire représente pour l'heure plus de 95 % des ventes, le marché de la distribution automatique promet de s'élargir à d'autres produits. Des exemples fleurissent timidement. À l'instar de ces distributeurs de fleurs, d'articles de bricolage, de natation... sans oublier les produits pharmaceutiques ou de maquillage.

Ces derniers se distinguent par une approche résolument ludique. En témoigne, L'Oréal Paris qui vient de tester dans une station du métro de New York un distributeur de produits de beauté de la marque Color Riche.

Particularité : grâce à un logiciel de reconnaissance, la machine délivre des conseils de maquillage en fonction des couleurs de vêtements portés par sa cliente. Plus qu'une innovation, cet automate montre une voie de développement à un secteur qui gagnerait à être plus à l'écoute des envies des clients.

Jusqu'au bout des ongles

Une approche déjà adoptée en fait par le français Nailmatic, qui lance les premiers distributeurs automatiques de vernis à ongle. Ces produits de beauté fabriqués en France sont proposés en 63 couleurs différentes. De quoi séduire les aficionados de la mode. Les machines, conçues par l'agence 5.5, proposent différents moyens de paiement (carte de crédit, billets, pièces) ainsi que des cartes prépayées.

« Mon modèle économique sort des circuits de la distribution traditionnelle des cosmétiques », estime Boris Gratini, président et fondateur de l'entreprise.

Créée en 2012, la start-up a réalisé un chiffre d'affaires de 100.000 euros avec moins d'une dizaine de distributeurs. L'essentiel de ses revenus provient actuellement de l'exploitation des distributeurs installés chez des commerçants, auxquels Nailmatic reverse une commission. À cela s'ajoute la location événementielle pour des opérations ponctuelles.

« Enfin, nous vendons des coffrets de vernis à des boutiques cadeaux à Paris et en région », précise Boris Gratini qui a déjà déboursé 350.000 euros pour son entreprise, dont 200.000 en fonds propres et 150.000 grâce à des prêts de la région Île-de-France et de Bpifrance (exOseo).

Nailmatic espère lever dans les prochains mois entre 800.000 et 1 million d'euros pour poursuivre l'aventure en proposant un kiosque qui contiendra deux machines et un bar à ongles. L'approche de cette PME s'inscrit dans le sillage de Topsec Équipement. Cette entreprise créée en 2000 installe des distributeurs de bonnets de bains et autres produits de natation dans les piscines publiques où elle verse une commission aux exploitants.

« Au printemps prochain, nous opérerons 1.170 machines automatiques dont 200 à l'étranger », annonce Grégoire Lamarche, responsable marketing de la PME qui compte 48 salariés dont 23 en logistique.

Toutes ses machines sont équipées de systèmes télémétriques qui permettent de suivre les ventes à distance et en direct. Le système est embarqué également à bord d'une nouvelle offre de machines destinées au déstockage des invendus proposés en promotion. De quoi accroître le chiffre d'affaires qui s'est élevé en 2012 à près de 7 millions d'euros et devait ressortir en hausse de 6,5 % en 2013.

« 10 % des revenus de 2013 ont été réalisés grâce à la vente d'une ligne d'articles de natation conçus exclusivement pour les magasins traditionnels », ajoute le responsable marketing de Topsec.

Pour autant, l'entreprise reste bien campée sur le marché de la distribution automatique. Elle planche avec la piscine municipale d'Eindhoven (Pays-Bas) sur une nouvelle génération d'automates qui intégreront l'essayage virtuel de lunettes et de bonnets de bains. Pour Centimeo, les lieux publics constituent une cible privilégiée. La société veut en effet encourager le recyclage des centimes d'euros en proposant des produits vendus à l'unité.

Un acte citoyen si l'on en croit son jeune président, encore étudiant à Sciences Po, Benjamin Dupays :

« Frapper des pièces rouges coûte à l'État français plus cher que leur valeur faciale ».

L'entreprise qu'il a créée en 2011 a déjà installé 80 distributeurs automatiques. Capables de distribuer n'importe quel produit plat à l'unité, ces machines diffusent actuellement des chewing-gums biodégradables et des doses individuelles de produits bactéricides pour les mains. 40% du parc se situent en milieu universitaire, le reste, dans des cafétérias d'entreprises.

Microdons ou coupons et jetons de réduction

« Nous avons signé un accord pour tester nos équipements durant six mois dans 14 stations de métro », explique Benjamin Dupays qui espère atteindre 1.500 distributeurs automatiques d'ici à trois ans.

Pour le moment, il développe une nouvelle génération de machines équipées d'un écran interactif qu'il prévoit d'installer dans les gares SNCF. Lieux de passage et de consommation, les gares génèrent un nombre important de canettes, bouteilles et autres gobelets usagés en plastique. Des déchets que certains opérateurs entreprennent de recycler en les collectant préalablement dans des machines de récupération automatique. Tous les lieux publics sont potentiellement concernés, ainsi que les entreprises.

En France, deux opérateurs se distinguent, à savoir Lemon Tri et Canibal. Point commun, leurs machines affichent sur leur écran interactif des programmes ludiques qui invitent les salariés ou les usagers d'un lieu public à rapporter leurs déchets. En compensation, leur geste se traduira par le versement de microdons à des associations caritatives. À moins qu'ils ne préfèrent recevoir des jetons ou des coupons de réduction.

« Dans ce cas, le coupon peut créer du trafic dans un point de vente », souligne Benoît Paget, le président de Canibal.

L'entreprise (13 salariés) vient de lever 1 million d'euros pour financer le déploiement de machines proposées en location, à raison de 500 euros par mois. En 2014, son objectif porte sur le déploiement de 500 machines et un volume de 300 tonnes de déchets collectés uniquement en France.

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>>> FOCUS
L'ÉPICERIE AUSSI S'AUTOMATISE

Initialement spécialisée dans la conception de solutions automatiques pour les plates-formes de préparation de commandes, le français B+Equipment a transféré son savoir-faire dans la conception d'épiceries automatiques. L'entreprise commercialise ses magasins auprès de distributeurs indépendants.

« Nous commençons à exporter vers les États-Unis après avoir installé en France une quarantaine d'épiceries automatiques », indique Stéphane Guainebé, en charge du développement technique des magasins automatisés chez B+Equipment, qui compte une quarantaine de salariés.

Les épiceries font la taille d'une supérette d'environ 30 m2 et disposent d'une enceinte réfrigérée et robotisée. Le bras de manutention attrape avec la même aisance des produits aussi légers qu'un paquet de feuilles de cigarettes ou aussi lourds qu'un pack d'eau minérale. Point fort, le système robotisé sait aussi scruter la date limite de consommation (DLC) des produits, de manière à les retirer avant leur date de péremption.

Autre atout, la possibilité de créer un panier qui permet de payer plusieurs produits en une fois. Fort de cette expertise, B+Equipment a pour projet de créer une franchise afin d'industrialiser son offre tout en phosphorant sur de nouveaux appareils. Les nouvelles générations autoriseront le paiement à l'aide de tickets restaurant et les commandes prépayées sur smartphone, que le client viendra retirer dans l'épicerie automatique de son choix.

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Commentaires
a écrit le 28/01/2014 à 10:58 :
reportage pas de très bon gout, au lendemain de l'annonce des chiffres du chômage !
Les machines, c'est aussi une cause du chômage.
Réponse de le 28/01/2014 à 17:38 :
Dans les faits, l'augmentation permanente des charges et de la taille du code du travail comme par exemple sur les horaires de travail et le dimanche font que les gouvernements successifs favorisent indirectement l'automatisation dans ce pays. Cela revient de fait à exclure les français sans qualification et leur fournir un revenu social chez à ne rien faire pendant que des machines triment à leur place. certain diront que c'est un choix de société, mais est-ce le bon ?
Réponse de le 28/01/2014 à 23:29 :
C'est un moyen de contourner les contraintes sociales.
Les machines nécessitent de l'entretien sur site.

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