Amazon rachète des supermarchés bio et chahute la grande distribution en Bourse

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Créée en 1980 sur le credo du commerce équitable et du manger sain, Whole Foods est présent dans trois pays (Etats-Unis, Canada, Royaume-Uni) et subit depuis deux ans une désaffection des consommateurs.
Créée en 1980 sur le credo du commerce équitable et du manger sain, Whole Foods est présent dans trois pays (Etats-Unis, Canada, Royaume-Uni) et subit depuis deux ans une désaffection des consommateurs. (Crédits : Rick Wilking)
En mettant 13,7 milliards de dollars pour racheter Whole Foods, Amazon réalise sa plus grosse opération jamais effectuée. Cette offensive puissante dans la distribution physique fait paniquer les marchés, tant en Europe qu'aux États-Unis.

Après s'être imposé comme le numéro un mondial du commerce en ligne, Amazon étend son empire dans les boutiques physiques. Le géant de la distribution en ligne va racheter les supermarchés bio Whole Foods pour 13,7 milliards de dollars (12,3 milliards d'euros) en numéraire, passif inclus, ont annoncé les deux groupes vendredi dans un communiqué commun.

C'est la plus grosse opération jamais effectuée par le géant de la distribution par Internet et son offensive la plus puissante dans la distribution physique. Le prix de 42 dollars par action représente une prime de 27% sur le cours de clôture de Whole Foods Market de jeudi. Après la transaction qui doit être finalisée pendant la deuxième moitié de l'année, Whole Foods conservera son nom et son patron et co-fondateur, John Mackey.

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De moins en moins de consommateurs depuis deux ans

Créée en 1980 sur le credo du commerce équitable et du manger sain, Whole Foods est présent dans trois pays (Etats-Unis, Canada, Royaume-Uni) et connaît depuis deux ans une désaffection des consommateurs. L'enseigne Whole Foods, qui subissait depuis un moment les pressions du fonds spéculatif Jana Partners, pourrait tirer un avantage concurrentiel non négligeable de cette transaction, en raison de la capacité d'Amazon d'acheter et de vendre à des coûts réduits.

"Je pense que cela enlève toute pression sur Whole Foods et lui donne l'occasion de se redresser et bien sûr d'endiguer le flot des critiques de tous ces investisseurs activistes", commente Neil Saunders (GlobalData Retail).

Le rachat "offre l'opportunité de maximiser notre valeur pour les actionnaires de Whole Foods Market tout en approfondissant notre mission", a commenté John Mackey, cité dans le communiqué.

Panique dans la distribution

Le secteur de la distribution a nettement reculé en Bourse à cette information, tant en Europe qu'aux Etats-Unis. A 15h15 GMT, l'indice Stoxx du compartiment perdait 1,39%, accusant le plus fort repli sectoriel en Europe. Le belge Ahold Delhaize, très présent sur le marché américain, décrochait de 9,07%. Les britanniques Tesco et Sainsbury's lâchaient respectivement 4,5% et 4,2%. A Paris, Carrefour abandonnait 3,7% et Casino 3,25%. Le groupe de commerce en ligne Ocado, un temps considéré comme une cible potentielle d'Amazon en Europe, abandonnait 2,3%.

La réaction des valeurs américaines de la distribution a été identique après l'ouverture de Wall Street, l'indice S&P 500 du compartiment reculant de 1,4%. Lanterne rouge du Dow Jones, WalMart Stores lâche 4,9%. Kroger décroche de 11,7%, Target de 7,8% et Costco Wholesale de 5,7%. De son côté, le titre Amazon grimpe de 3% tandis que l'action Whole Food Market s'envole de près de 27%.

Cette opération témoigne de la détermination d'Amazon à se développer dans la distribution alimentaire, en plus de son offre en ligne Amazon Prime, souligne Jauke de Jong, analyste chez AFS Group. "L'arrivée d'Amazon sur ce marché signifie une concurrence accrue de la part d'un acteur de taille", indique-t-il.

Antoine Parison, analyste chez Bryan, Garnier & Co., indique pour sa part que "le marché réagit dans un mouvement de panique, parce qu'il se souvient notamment de ce qui s'est passé dans le prêt-à-porter". Et de rappeler que quand Amazon s'est lancé dans le prêt-à-porter aux Etats-Unis, il a ravagé le marché et mis en grande difficulté plusieurs chaînes de grands magasins.

(avec AFP et Reuters)

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Commentaires
a écrit le 17/06/2017 à 8:02 :
Rien ne vaut la vision directe des produits périssables, mais je crains fort que, comme pour le reste, l'avenir ne donne guère le choix si ce n'est d'acheter en indirect. Je pressens déjà les économies d'échelle et les pressions sur les producteurs pour gagner plus d'argent au niveau des Amazon et consorts. Qu'ils gagnent de l'argent, c'est normal. Ce qui l'est moins, c'est qu'on réduise les choix des consommateurs et qu'on leur impose des produits qu'ils n'achèteraient pas si le marché était plus libre, parce qu'on achète uniquement ce qu'il y a sur l'étagère :-)
a écrit le 16/06/2017 à 18:17 :
Amazon est très bien pour un achat isolé de marchandises non perissables, et au coût unitaire élevé (ou pour des petit items non perissable mais difficile à trouver dans le commerce (connecteurs par ex).

Je ne suis pas sûr qu'il soient si bons que ça pour concurrencer des supermarchés alimentaires et généralistes, où on remplit son caddie, avec des achats de routine ou impulsifs, et qui aussi parfois sont considéré comme une sortie dominicale.

D'ailleurs ces supermarchés proposent déjà l'e shopping avec livraison; ca n'a pas tari le flux de visiteurs dans leurs magasins.

Donc le mouvement de panique boursière me semble exagéré.J'espère avoir raison !

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