Le nouveau fleuron des Smart Cities suédoises cherche son modèle de distribution

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Le projet du Stockholm Royal Seaport a été lancé officiellement en 2009. Le quartier ambitionne de réduire ses émissions de carbone à zéro d'ici 2030.
Le projet du Stockholm Royal Seaport a été lancé officiellement en 2009. Le quartier ambitionne de réduire ses émissions de carbone à zéro d'ici 2030.
Les “poubelles intelligentes” du Stockholm Royal Seaport, l’ambitieux projet de quartier “zéro carbone” dans la capitale suédoise, règlent en aval la gestion des déchets ménagers. Mais en amont, aucune solution concrète n’a encore permis d’améliorer le réseau de distribution en biens de consommation.

Des grues qui s'activent un peu partout au-dessus des toits, des chantiers à chaque coin de rue... Stockholm ressemble à un grand chantier. La capitale suédoise se targue même d'être la ville d'Europe qui croît le plus vite. Parmi ses nombreux défis: loger et nourrir une population sur le point de franchir le million d'habitants tout en préservant son image de capitale "verte".

L'un des chantiers en question, à l'est de la ville, tente de concrétiser cette ambition. Le Stockhom Royal Seaport affiche sa démesure: plus de 60 milliards de couronnes suédoises d'investissements (9 milliards d'euros), 12.000 logements (près d'un dixième de ceux prévus pour l'ensemble de la ville), 35.000 m2 de locaux commerciaux, et l'ambition de devenir le premier quartier "zéro émission de carbone" d'ici à 2030... Objectif assumé: rester "compétitif par rapport aux autres villes du monde", comme l'indique cette brochure de la municipalité.

Mais qu'en est-il concrètement ? Sur place, le projet lancé n'en est qu'à ses balbutiements, même si certains points semblent très prometteurs, comme notamment la gestion des biens de consommation.

Une vieille usine à gaz

D'abord les premiers logements livrés ne sont pas vraiment représentatifs de ce que devrait devenir cette ancienne friche industrielle. En effet, la partie du nouveau quartier de "Norra Djurgardsstaden", habitée depuis 2012, avait été conçue avant 2009, donc avant le lancement du nouveau grand projet. Toutes les nouvelles normes environnementales décidées dans le cadre de ce partenariat public-privé n'y sont donc pas en vigueur. Ce, contrairement aux futurs immeubles qui côtoieront l'ancienne usine à gaz, un lieu symbolique qui abritera musée des transports, salle de concert, restaurants et magasins.

Stockholm royal seaport 3

Mais certaines innovations sont déjà visibles. Outre les toits végétalisés, la récupération des eaux usées pour irriguer les espaces publics et autres "smart grids" souvent cités comme "modèles", figure un système révolutionnaire de collecte des déchets.

>> A Stockholm, un smartgrid à l'échelle de tout un quartier

Sous terre, tout un réseau de récupération des détritus voisine avec les canalisations d'eau et les câbles électriques.

De l'évier à la cuve de biogaz

Les habitants y accèdent par deux points de collecte. Le premier se trouve dans leur évier. Il s'agit d'un broyeur pour les déchets organiques uniquement. L'autre se situe en bas des immeubles. Plusieurs portes, que les habitants peuvent ouvrir avec une clé électronique, débouchent sur des tuyaux collectant les papiers journaux d'une part, les plastiques d'une autre et enfin le reste des déchets ménagers. Ils sont ensuite aspirés et envoyés à 70 km/h vers une cuve de biogaz pour les déchets organiques, un centre de recyclage ou un incinérateur.

Stockholm Royal Seaport 1

Schéma du fonctionnement du collecteur de déchets automatique opéré par la compagnie Enva.

La clé électronique est également censée permettre de récupérer des données sur la fréquence ou le poids des déchets déposés par les habitants. Mais, pour l'heure, "une seule famille a accepté de divulguer ces informations", indique-t-on du côté de la municipalité.

Même dans ce royaume des "big datas" où de nombreux capteurs sont dissimulés un peu partout, ces données restent sensibles, notamment parce que certains habitants craignent qu'elles servent à imposer des taxes supplémentaires sur le type de déchets rejetés.

"Avant ce projet, il y a eu Hammarby Sjöstad [un autre quartier de Stockholm pionnier en matière de récupération de déchets, Ndlr] où de nombreuses technologies ont été testées, mais tout n'était pas simple d'utilisation pour les habitants. Donc, ici, nous essayons de faire les choses en douceur", explique Camilla Edvinsson, responsable au sein du bureau d'exploitation du projet. Celle-ci précise:

"L'idée consiste à créer des appartements intelligents et autonomes de façon à ce que les gens n'aient pas besoin de penser en permanence à leurs actions: quand vous quittez la pièce, les lumières s'éteignent seules, les machines à laver se mettent en route, etc."

Déjà un fast-food, bientôt des supermarchés aux rayons bio étendus

Pour leurs poubelles, la question est - presque - réglée. Mais si l'on remonte le flux des biens de consommation courante, de nombreux problèmes restent en suspens.

D'abord concernant le choix des enseignes qui ne répond à aucune réglementation particulière. Des magasins de seconde main ainsi qu'un centre de collecte et de réparation d'objets sont certes au programme. Mais parmi les premiers commerces installés dans l'éco-quartier figurent même... un fast-food et un restaurant de sushis!

Un peu plus loin, une enseigne de grande distribution, Hemköp, a ouvert à la place d'un ancien supermarché low cost PrisXrtra (toutes deux étant des filiales du groupe Axfood). Seule particularité: les rayons "bio" y sont un peu plus étendus qu'ailleurs. Même chose pour le futur "Coop", l'une des premières enseignes de distribution du pays, qui devrait ouvrir ses portes prochainement dans un quartier où les loyers plus élevés que dans le reste de l'agglomération attirent une population plus aisée.

Une demi-place de parking

Promoteurs et collectivités locales souhaitent attirer d'autres magasins de proximité, afin notamment que les consommateurs n'aient pas à effectuer de trop longues distances pour se ravitailler. Les transports en commun desservent de toute façon le centre-ville en quelques minutes. Surtout les places de stationnement sont strictement réglementées à une pour deux appartements afin de dissuader les habitants d'avoir une voiture individuelle.

En attendant, dans ces rues où les véhicules roulant aux énergies fossiles seront interdits avant 2030, les commerces s'approvisionnent encore individuellement. Ce n'est pas le cas des entreprises chargées des différents chantiers. Eux mettent en commun leurs trajets et passent tous par un même centre logistique.

Mange-t-on trop de viande en Suède?

Ce qui n'empêche pas que, dans ce test grandeur nature, des scénarios de toutes sortes ont été envisagés, notamment la création d'un système d'approvisionnement collaboratif comme il en existe ailleurs dans le pays. De même, parmi les études prospectives lancées dans le sillage de ce projet, figure des modèles de circuit courts, ou bien la création de fermes urbaines.

Mais, là non plus, rien de concret.  Pourtant, signe de l'implication des Suédois en matière environnementale, ce qui agite le débat, en ce début de mois de février, ce sont les propos du ministre de l'Agriculture social-démocrate, Sven-Erik Brucht. Ce dernier a provoqué un tollé début février en affirmant à la radio que, dans le pays, la consommation de viande, aliment à l'impact carbone très élevé, n'était "pas excessive". Une controverse à des années-lumière de l'actuelle crise agricole française. Mais même le nouveau fleuron des "Smart Cities" à la suédoise est donc encore bien loin d'avoir trouvé la solution miracle.

Stockholm royal seaport 2

Loin des clichés du "paradis" écologique, Stockholm n'échappe pas au fléau des déchets sur la voie publique, même dans son nouveau quartier "modèle" de l'innovation environnementale. Le trottoir peint, quant à lui, fait partie des oeuvres d'art financées dans le cadre du projet de réhabilitation de l'ancienne usine à gaz.

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