La Tribune

Dix start-up qui font passer la culture à l'ère numérique

(Crédits : DR)
Carine Claude  |   -  2211  mots
Ventes aux enchères en ligne, transmédia, visites virtuelles interactives, médiation culturelle 2.0... Les start-up développent des trésors de créativité numérique pour innover dans le secteur des musées et du marché de l'art, comme dans les nouvelles pratiques de consommation culturelle en ligne. Tour d'horizon de dix entreprises qui accompagnent cette révolution numérique de l'art.

B ET B PRODUCTION - Des hologrammes pour mieux comprendre statuaire antique

Premier musée français à exploiter la technologie holographique pour ses expositions, le musée d'archéologie sous-marine dit de l'Éphèbe, au cap d'Agde, a développé un programme scénographique multimédia inédit. En collaboration avec B et B production, le musée s'est doté en 2011 et 2012 de deux vitrines holographiques qui redonnent vie aux statues de l'Enfant romain - probablement Césarion, le fils de Jules César et de Cléopâtre VII -et de L'Éphèbe, un portrait rare d'Alexandre le Grand.

Cette dernière pièce, exceptionnelle à plus d'un titre - il s'agit également de l'unique bronze hellénistique découvert dans les eaux françaises -, a été conservée pendant vingt ans au Louvre avant de rejoindre le cap d'Agde. À travers deux animations de sept minutes chacune, sa vitrine permet de revenir en détail sur l'histoire de la statue, sa technique de fabrication, la compare à d'autres représentations antiques du souverain, ou encore montre l'évolution de l'image d'Alexandre à travers les siècles.

« La création en 3D est encore chère, une vitrine holographique coûte environ 10 000 euros », explique Michael Bochet, directeur de B et B Production, une société montpelliéraine créée en 2009, et qui se diversifie dans d'autres procédés. « Après deux années explosives, nous connaissons une petite stagnation du chiffre d'affaires. Mais nous développons aussi des projets de mapping, pour projeter en volume sur des cathédrales, par exemple. »

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SISSO - Visites intéractives au musée à 360°

De plus en plus de musées, mais aussi de galeries et de foires d'art, misent sur l'interactivité offerte par les visites virtuelles en complément de leurs parcours in situ.

« Les dispositifs de médiation culturelle numérique offrent des possibilités quasi illimitées, pour les visiteurs comme pour les exposants », explique Benjamin Lanot, cofondateur de l'agence Sisso, qui produit sur mesure des visites interactives à 360° pour le Louvre d'Abu Dhabi, le château de Versailles, l'Unesco ou encore la Fiac et Art Paris Art Fair.

Le principe ? Un photographe effectue une multitude de prises de vue qui sont par la suite assemblées pour reconstituer l'espace de visite et enrichies d'informations cliquables ou de fonctions, allant de l'audioguide à la vidéo. « Pour l'événementiel, dans le cas des foires, par exemple, notre atout est notre réactivité. On peut faire la mise en ligne en 24 heures, dès le lendemain du vernissage, ce qui est un avantage pour les exposants, car ces visites génèrent beaucoup de trafic, parfois plus que les visites physiques », précise Benjamin Lanot. Ainsi, plus de 80.000 visiteurs se sont promenés virtuellement dans les allées de la Fiac sous les verrières du Grand Palais.

Un marché qui semble donc en expansion, bien que les coûts de mise en oeuvre restent élevés. « Nous avons de bonnes perspectives de développement, le chiffre d'affaires double chaque année depuis la création de la société. Mais nous allons diversifier nos produits et étendre nos services pour rester compétitifs », annonce-t-il.

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EXPOSARE - La rencontre en ligne des projets d'expos et des lieux de diffusion

Partant du constat simple qu'il n'existait pas de place de marché pour faire voyager les expositions, la commissaire indépendante Anne Clergue a lancé en 2013 Exposare, un nouveau concept en ligne qui permet aux artistes et concepteurs de diffuser internationalement leurs projets clés en main. D'un côté, des photographes, architectes, artistes, designers, curateurs, conservateurs ou encore galeristes qui ont des expositions prêtes à voyager. De l'autre, un réseau international de professionnels de l'art à la recherche d'un futur événement pour leur lieu de diffusion. Une manière simple de répondre à la fois à l'offre et à la demande. La mise en relation se fait directement, la plate-forme Exposare étant mise à jour en temps réel et fonctionnant sur un principe d'abonnement. Le site propose ainsi un large choix d'expositions consacrées à des artistes émergents aussi bien qu'à des personnalités reconnues et des explorations plus thématiques.

Une part notable du catalogue est dédiée à la photographie. Sans doute peut-on y déceler l'influence de la fondatrice, ancienne directrice de la Fondation Van Gogh et fille du célèbre photographe Lucien Clergue.

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AUCTIONATA - Les ventes en ligne battent aussi des records

Avec une formule qui reste classique, mais qui a toujours le vent en poupe, Auctionata transpose en ligne et en temps réel tous les services offerts par les maisons de ventes aux enchères traditionnelles. Ouverte en février 2012, la maison de vente berlinoise connaît depuis une croissance explosive - en avril 2014, elle avait annoncé une levée de 30 millions de dollars de fonds supplémentaires auprès de ses investisseurs, renforçant son capital à 52 millions de dollars.

Aux bons résultats de vente enregistrés s'ajoutent des records. L'un des plus marquants est celui de Reclining Woman d'Egon Schiele, vendu 2,4 millions de dollars en juin 2013, battant le précédent record de vente en ligne détenu par une peinture d'Andy Warhol, cédée 1,3 million de dollars en 2011 sur Artnet.

À cette occasion, Alexander Zacke, le PDG d'Auctionata expliquait : « Non seulement notre type de vente aux enchères sur Internet représente l'avant-garde technologique, mais il remplit également la différence énorme que les principaux acteurs ont jusqu'à présent été incapables de combler : transférer le système d'enchères classiques sur Internet, d'une manière qui permet à chacun de découvrir les objets et le commissaire-priseur ainsi que le comportement d'enchérisseur des autres participants. Le tout en temps réel. »

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S[ÉDITION] - Et mon smartphone devient (aussi) une oeuvre d'art

Avec son slogan Turn screens into art (« Tranformez vos écrans en oeuvre d'art »), s[édition] annonce la couleur : les tablettes, smartphones et autres ordinateurs portables deviennent des oeuvres d'art numériques. La plate-forme, créée en 2011 par Robert Norton, l'ancien PDG de Saatchi Online et Harry Blain, fondateur de Blain|Southern, propose des créations digitales d'artistes renommés en édition limitée et numérotée, qui peuvent être collectionnées et montrées sur les objets connectés.

Plusieurs stars de l'art contemporain apparaissent au catalogue, entre autres Damien Hirst, Shepard Fairey, Tracey Emin, Jenny Holzer, Yoko Ono... La dématérialisation de ces oeuvres permet en outre leur accessibilité, de 6 à 600 euros.

Ainsi, L'Origine du monde de Miguel Chevalier - oeuvre d'art générative projetée sur la façade du Grand Palais lors de la dernière édition d'Art Paris Art Fair, en mars 2014 - est vendue 30 euros. Ou comment retrouver dans sa poche une oeuvre monumentale à moindre frais.

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CURIATOR - La plate-forme pour découvrir, apprécier, partager, collectionner

Curiator est une plate-forme en ligne qui permet aux professionnels comme aux passionnés de découvrir, collectionner et partager l'art. Créée en 2012 à New York par Tobias Boonstoppel, ancien ingénieur chez Google et Moenen Erbuer, designer interactif, son principe repose sur la construction d'une collection collaborative où les utilisateurs peuvent garder et partager leurs oeuvres préférées, tout en ayant la possibilité d'explorer l'inventaire constitué par les autres contributeurs.

« Nous croyons que l'art est bien plus que quelque chose à acheter (...). Dès le départ, Curiator a été conçu comme un endroit pour apprécier et découvrir l'art. Nous pensons que le meilleur moyen d'y parvenir est de laisser les gens partager entre eux ce qu'ils aiment », explique Moenen Erbuer.

La petite équipe a déjà lancé son appli mobile sur iPhone en mai 2014, et le projet a été repéré par le Webby Award 2014 qui récompense les meilleurs projets sur Internet.

« Actuellement, nous cherchons à développer Curiator en tant que marque. Nous investissons notre temps et notre attention dans son développement et son efficacité [...] avant d'envisager sa monétisation », ajoute le cofondateur. « La prochaine étape sera de connecter toutes nos données au "monde réel", ce qui signifie travailler avec les musées et les galeries pour construire un pont entre l'espace digital et l'espace physique. »

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VASTARI - Simplifier les échanges entre les musées et les collectionneurs

Pour les conservateurs de musées, réunir des oeuvres issues de collections privées pour monter une exposition relève souvent du jeu de piste, voire du casse-tête.

La société Vastari, créée à Londres en janvier 2013, a eu l'idée de mettre en relation les collectionneurs du monde entier et les musées qui organisent des milliers d'expositions par an. La plate-forme est constituée de deux bases de données : l'une permet aux collectionneurs de consulter les expositions programmées, l'autre donne aux musées - non-commerciaux - l'accès au catalogue de 400.000 oeuvres qui sont proposées sous couvert d'anonymat.

Par un système de messagerie intégré, ils peuvent communiquer directement entre eux pour organiser le prêt, en toute discrétion. Ce qui facilite la vie des conservateurs et valorise les oeuvres privées qui ne sortent pas toujours de leur collection. Au printemps 2014, Vastari a été sélectionnée par le programme de soutien aux start-up Microsoft Ventures.

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CENT MILLIONS DE PIXELS - Le sérious game, un nouveau souffle pour la médiation culturelle

L'attrait pédagogique des dispositifs numériques séduit également les monuments historiques et les sites patrimoniaux. En témoigne la multiplication des serious games - ces jeux transmedia qui combinent une intention éducative avec les ressorts ludiques du jeu vidéo - développés par les musées et les châteaux, parmi lesquels Fontainebleau et Versailles.

En 2013, l'abbaye de Fontevraud a lancé le sien sous forme d'un jeu de piste sur iPad destiné au jeune public pour découvrir l'histoire des personnes qui ont vécu à Fontevraud, en suivant au choix la journée d'une religieuse ou d'un prisonnier. L'enfant doit retrouver neuf lieux correspondant aux moments clés de la journée : le repas, le sommeil, le travail... Sur place, il prend une photo que l'iPad reconnaît et accède à une information historique ainsi qu'à un mini-jeu d'énigme.

Le projet a été développé par Cent Millions de Pixels - société fondée en 2011 par Charlotte Didier et Martial Brard - spécialiste des jeux vidéo, des applications de visites virtuelles muséographiques et des reconstitutions historiques, qui a notamment créé Au Coeur de Lascaux, jeu vidéo d'aventure.

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LOC8 SPRL - Déverrouiller les petites histoires des oeuvres et des sites

La société belge Loc8 sprl a lancé en 2012 les iBeakens, petits modules d'information mobile qui racontent une histoire courte au sujet d'un lieu, d'un objet ou d'une oeuvre d'art, consultable sur smartphone dans plusieurs langues.

Pour que le visiteur se repère dans son parcours, que ce soit dans un musée ou dans un site naturel, les iBeakens prennent la forme d'une étiquette de couleur avec ou sans QR code qui signale que de l'information est disponible à cet endroit précis : des anecdotes, des faits, des chiffres, mais aussi de la vidéo ou du son.

Bien plus précis qu'une information localisée par GPS, l'intérêt de ce système d'engagement et d'activation du visiteur est que l'échange d'informations est communautaire. Chacun peut donc déposer un iBeaken à l'endroit de son choix, pourvu qu'il l'alimente d'informations à son sujet. Le système compte pour l'heure 526 clients, parmi lesquels de nombreux musées, dont le musée Magritte en Belgique et Museu Maritim de Barcelone.

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ARTDB - La plate-forme collaborative des oeuvres et monuments

Après son appli pour smartphone, ArtDB - base de données collaborative sur l'art - a ouvert son site en mai 2014. « Au départ, comme souvent, le projet est parti d'un besoin personnel, d'une envie, pas d'une motivation commerciale », confie son directeur Benjamin Bejbaum, par ailleurs cofondateur et ancien CEO de Dailymotion.

Il précise : « Je me suis servi de mon expérience de visiteur de musées pour imaginer un petit outil, très simple, qui permettrait de prendre une photo de l'oeuvre et d'ajouter quelques lignes de contexte. »

L'originalité de cette plate-forme réside dans son fonctionnement communautaire, fondé sur le crowdsourcing des contenus et de la modération. Le contributeur prend l'oeuvre en photo et ajoute quelques lignes à la manière d'un post sur Facebook. Puis un comité éditorial communautaire choisit les oeuvres qui rentreront dans la base.

« Nous avons travaillé avec des historiens pour structurer les grilles d'analyse, explique Benjamin Bejbaum. Aujourd'hui, nous avons 3.000 oeuvres, mais notre objectif est d'en référencer des centaines de milliers. Et surtout, de répertorier toutes les grandes villes et tous les grands musées du monde. »

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