La Tribune

Bataille navale pour la reprise des ferries de SeaFrance

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Claire Garnier  |   -  1105  mots
Le Tribunal de commerce doit choisir mardi le/les repreneur(s) des ferries de SeaFrance. Il a reçu trois offres dont celle d'Eurotunnel qui maintient son projet de SCOP, soutenu par les candidats du Front de gauche et du Front national dans la 7e circonscription du Pas-de-Calais. Le britannique P&O se dit prêt à contester à Bruxelles la décision du tribunal si Eurotunnel est choisi.

La cession des navires de SeaFrance, la compagnie maritime de la SNCF liquidée le 9 janvier 2012, va s'opérer dans un climat de grande nervosité. Il est vrai que Calais-Douvres, le plus court chemin entre la France et l'Angleterre, est un enjeu économique important : c'est la grosse ligne de transbordement d'Europe. La cession des actifs de la compagnie  est entre les mains du Tribunal de commerce de Paris et du liquidateur Maitre Stéphane Gorrias qui veille sur les intérêts des créanciers. Le Tribunal pourrait statuer ce mardi 29 mai sur la cession des ferries de SeaFrance, après un premier report puisque le jugement était initialement attendu pour le 21 mai.

Trois offres ont été déposées. Eurotunnel, exploitant du lien fixe transmanche, a fait une offre de 65 millions d'euros pour la reprise de trois navires (Rodin, Berlioz et Nord Pas de Calais). Il confirme sa volonté de confier à une SCOP d'ex-salariés de SeaFrance, l'exploitation d'une ligne maritime entre Calais et Douvres. L'alliance entre le français Louis-Dreyfus Armateurs et le danois DFDS (actionnaire principal Maersk), qui exploite désormais deux ferries sur Calais-Douvres, a offert 30 millions d'euros pour le Berlioz et 25 pour le Rodin ou 50 millions pour les deux. Un troisième navire serait synonyme de rentabilité pour l'alliance franco-danoise. Enfin, le suédois Stena, qui n'a pas d'ambition transmanche, a proposé 30 millions d'euros pour l'achat du seul Rodin. Selon nos informations, c'est sa filiale spécialisée dans l'achat et la revente de navires qui serait intéressée par ce navire - peu gourmand en carburant - pour ensuite le revendre ou le mettre sur le marché de l'affrètement.

Le britannique P&O Ferries (groupe Dubai Ports World), qui exploite six navires entre Calais et Douvres, n'a pour sa part, fait aucune offre. "Nous venons d'investir 360 millions d'euros dans l'achat de deux ferries géants, les plus gros ferries jamais vus sur le Détroit", a indiqué à "latribune.fr" le responsable communication de P&O Ferries, Chris Laming.

Vers un nouvel appel d'offre ?

Mais rien ne dit que le Tribunal rendra son jugement ce mardi 29 mai. On évoque l'hypothèse d'un nouvel appel d'offres, une sorte de "deuxième tour" visant à améliorer l'offre du point de vue du liquidateur, Maitre Stéphane Gorrias. Ce dernier est confronté à une créance de 150 millions d'euros, dont celle de la maison-mère SNCF : un prêt au titre de l'aide au sauvetage (70 millions d'euros). Mais le liquidateur pourra-t-il tirer un prix plus élevé de ces navires ? Difficile de répondre à cette question, d'autant que l'on assiste depuis quelques semaines à une guerre des courtiers maritimes. Il semble que la valorisation à 140-150 millions d'euros pour trois navires, évoquée début 2012 soit excessive. "Cette évaluation n'était pas bonne. Ce sont des navires très spécialisés, qui ne peuvent naviguer qu'ici dans le Détroit du Pas-de-Calais", a expliqué à "latribune.fr" le courtier d'Eurotunnel.

Les motivations profondes d'Eurotunnel continuent d'alimenter les conversations à Calais, où les plus anciens se souviennent de l'arrogance de l'opérateur du tunnel à ses débuts vis-à-vis des compagnies maritimes qu'il espérait voir disparaître. "On se régale de voir Eurotunnel annoncer des projets maritimes après tout qu'il a dit dans le passé sur la ringardise des ferries", s'amusent des anciens de SeaFrance. L'incrédulité est telle que des rumeurs ont aussi fait leur apparition autour de problèmes techniques que rencontrerait Eurotunnel.

Selon P&O, "Eurotunnel ne peut pas être sur l'eau et sous l'eau"

Des arguments objectifs peuvent toutefois expliquer cet intérêt d'Eurotunnel pour le transport par bateau : la possibilité d'offrir les deux modes de transport (navette ferroviaire et ferry) à ses clients transporteurs et la possibilité d'acheminer par la mer les produits dangereux qu'il n'a pas le droit de transporter dans ses navettes. Enfin, Eurotunnel pourrait avoir besoin de navires pour faire passer les poids lourds à la nouvelle norme de 44 tonnes à cinq essieux, qui seront autorisés sur le réseau français à partir de 2013.

Les dirigeants de P&O disent ne rien comprendre au projet d'Eurotunnel. En tout état de cause, ils sont déjà dans les starting blocks pour l'attaquer en justice. "Si Eurotunnel devait hériter des ferries de SeaFrance, nous l'attaquerions à Bruxelles", a indiqué à La Tribune Chris Laming. "Il y aurait un problème de concurrence évident puisqu'ils seraient à la fois sur l'eau et sous l'eau. Ils contrôleraient le marché et les prix". Eurotunnel balaye cette objection en expliquant que son activité d'armateur - via la SCOP employant "à terme" 500 ex-salariés de SeaFrance - serait distincte de son activité d'investisseur.

Dans le chaudron des législatives

Portée par le "Syndicat maritime nord" radié le 22 mars sur décision unanime du bureau national de la CFDT, cette SCOP avait fait beaucoup fait parler d'elle pendant la campagne présidentielle. En pleine campagne pour les législatives, le sujet est relancé dans un département du Pas-de-Calais qui, le 22 avril (1er tour présidentielle) avait placé le FN devant l'UMP, accordant 29 % des suffrages à François Hollande et 25 % à Marine Le Pen. Dans la 7e circonscription du Pas-de-Calais, les candidats du Front de Gauche (le communiste Jacky Hénin, député européen, ex-maire de Calais) et du Front National (Françoise Vernalde, conseillère régionale FN) aimeraient bien que le gouvernement intervienne auprès du Tribunal de commerce pour appuyer l'offre d'Eurotunnel/SCOP. Ils se sont rappelés au bon souvenir du ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, qui avait pris fait et cause pour la SCOP et du ministre délégué à l'Economie sociale et solidaire, Benoît Hamon, qui était devenu sociétaire de la SCOP (avec deux parts sociales) avant sa nomination au gouvernement.

Il n'aura échappé à personne que chaque candidat a pris pour suppléant un ancien syndicaliste CFDT de SeaFrance. Jacky Hénin (Front de Gauche) s'est associé avec Sébastien Coté, co-fondateur de la SCOP, ex-délégué CFDT tandis que Françoise Vernalde (FN) a pris pour suppléant Roger Demassieux, ex-délégué du personnel CFDT de SeaFrance. Comme le monde est parfois très petit, le nouveau ministre délégué aux Transports et à l'Economie maritime n'est autre que Fréderic Cuvillier, le député-maire (PS) de Boulogne-sur-Mer, ville portuaire située à trente kilomètres de Calais. Il a co-signé avec François Hollande "Le défi maritime français". Prendra-t-il le risque d'intervenir politiquement dans une procédure judiciaire ? "C'est peu probable", indiquent des sources proches du dossier. Avant d'ajouter : "en plus, il n'y aurait que des coups à prendre !"

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Commentaires

é1000  a écrit le 29/05/2012 à 5:26 :

avant tout il faut juger les voleurs syndicalistes et leurs reprendre leurs biens mal acquis et les enfermer dans une prison sans contacte avec l'extérieur.

tsétsé  a écrit le 28/05/2012 à 22:32 :

un armateur grec qui paierait des impôts peut-être ! histoire de mettre un peu de sel

Gilles1  a écrit le 28/05/2012 à 14:19 :

Encore des millions qui vont partir en fumée ! Qui osera traverser la Manche sur de pareils rafiots si ce n'est des transporteurs routiers des Pays de l'Est... Les Anglais contrôlent la mer, les pays de l'Est la route et bientôt les Allemands le rail.

@gille  a répondu le 28/05/2012 à 15:19:

et la CGT creatrice de faillitte

simplet  a répondu le 28/05/2012 à 19:50:

nos concurents etranger se regalent merci aux syndicats