KLM, une forteresse imprenable pour Air France ?

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Air France-KLM se sont mariés en mai 2004
Air France-KLM se sont mariés en mai 2004 (Crédits : reuters.com)
Le conseil de surveillance de KLM a débarqué mercredi le président du directoire Camiel Eurlings. Une affaire interne à KLM qui met la compagnie sœur d'Air France sous les feux des projecteurs.

En décidant ce mercredi de débarquer le président du conseil de surveillance, Camiel Eurlings, moins de deux ans après sa nomination, le conseil de surveillance de KLM a mis sans le vouloir un coup de projecteur sur cette compagnie rachetée par Air France en 2004.
Deuxième grosse filiale opérationnelle avec Air France du groupe Air France-KLM, la compagnie batave combine les contrastes. Elle est à la fois très connue dans l'Hexagone pour avoir sa marque systématiquement accolée à celle de sa compagnie sœur française, mais sa place dans le groupe Air France-KLM, sa façon de fonctionner, son influence, sont largement ignorées en France. Pourtant, tant pour ses performances que pour son rôle dans le groupe, la compagnie hollandaise à un rôle majeur qui va bien au-delà de son poids dans le groupe d'environ un tiers des 27 milliards d'euros de chiffre d'affaires.

KLM, une pieuvre?

En interne, chez Air France, certains vont même jusqu'à dire que les gens de KLM «détiennent le pouvoir».

« Ils ne sont pas Air France-KLM minded. Pour beaucoup d'entre eux, une bonne solution pour Air France-KLM est une bonne solution pour KLM. Quand un membre d'Air France est à la tête d'un département, il n'a que très peu d'accès à KLM. Au final, ils font ce qu'ils veulent », lâche une source très haut placée.

Un sentiment largement partagé au sein d'Air France. « Les instances du personnel de KLM (work council, ndlr) se sont toujours assurées qu'un Hollandais ne soit jamais placé sous l'autorité hiérarchique d'un Français », explique un fin connaisseur de l'entreprise, alors que l'inverse est possible. Pour autant, on ne peut pas parler d'une pieuvre KLM. "C'est plutôt la conséquence d'une addition de comportements individuels qui vont dans le même sens », estime la même source.

Les Hollandais sont pragmatiques

Pour une autre source interne, « le manque de coopération sur le terrain des équipes de KLM proviendrait d'un souhait de ne pas être trop imbriqué à Air France pour pouvoir faire un jour machine arrière afin de sortir du bourbier Air France ». Un argument que nuance une autre source : « C'est vrai qu'il y a eu des freins côté hollandais mais ces derniers sont pragmatiques. Ils ont vu qu'ils bénéficiaient de la fusion. L'encadrement est aujourd'hui favorable à la coopération ».

Une autonomie qui remonte aux origines d'Air France-KLM

Quoi qu'il en soit, l'autonomie dont bénéficie KLM au sein du groupe semble avérée. Elle remonte aux origines de la fusion avec Air France-KLM. Depuis le début du rapprochement en 2004, Air France a en effet toujours caressé KLM dans le sens du poil. Rachetée pour 800 millions d'euros par Air France, le groupe devient en mai 2004 une filiale hollandaise du nouveau holding de droit français Air France-KLM. Le groupe Air France en est la deuxième filiale. Alors qu'elle ne pèse qu'un tiers du chiffre d'affaires, KLM obtient dans les organes de management, en particulier le strategic management commitee (SMC), la parité, même si le directeur général d'Air France-KLM qui est obligatoirement celui d'Air France selon l'accord de fusion (jusqu'en 2011) dispose d'une voix prépondérante. A l'époque, il s'agissait de Jean-Cyril Spinetta.

«Ce cadeau a été fait pour créer un climat de confiance avec les Hollandais, pour leur assurer qu'il n'y aurait pas d'amoindrissement de KLM dans Air France-KLM et qu'il n'y aurait pas de pillage du marché hollandais par les équipes d'Air France», explique un très bon connaisseur de l'entreprise.

Une parité de façade qui ne se déclinait pas au sein du conseil d'administration d'Air France-KLM, dominé par les Français.

«Ce n'était pas une fusion entre égaux mais Air France-KLM a préservé beaucoup d'autonomie à KLM non seulement pour instaurer un climat de confiance mais aussi pour profiter de leur expérience», reconnaît un proche du dossier.

Une performance financière supérieure

Cette autonomie s'est très vite trouvée justifiée par une performance économique supérieure à celle d'Air France. Lors de l'exercice 2005-2006, le résultat d'exploitation de KLM s'est élevé à 504 millions d'euros, contre 432 millions pour Air France. Une différence qui s'est creusée avec la crise puisque KLM est toujours restée dans le vert à partir de 2009 quand Air France a cumulé près de 2,5 milliards d'euros de pertes d'exploitation.

Trois facteurs expliquent les performances de KLM. D'une part, comme dans toutes les fusions, la plus petite des deux entreprises profite davantage d'un tel regroupement. Le fait d'être vendu par le réseau commercial d'Air France, beaucoup plus large que le sien, a énormément profité à KLM. En outre, l'environnement concurrentiel est moins fort aux Pays-bas qu'en France en raison de la faiblesse du marché. Enfin, et peut être surtout, KLM a largement profité des effets de son plan de restructuration lancé en 2003. Ils se sont faits sentir jusqu'à l'an dernier. Aujourd'hui, KLM a mangé son pain blanc. Les résultats sont en déclin même s'ils sont toujours bénéficiaires. Au premier semestre 2014, l'ebidta de KLM a progressé de 31%, un rythme deux fois moins rapide que celui d'Air France, (+61%).

Pour certains en interne à Air France, cette grande autonomie acquise par KLM a constitué un frein dans l'élargissement du groupe. Les Hollandais se seraient montrés toujours très réticents à toute opération capitalistique pour éviter de perdre cette quasi-parité au sein du groupe.

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Commentaires
a écrit le 20/10/2014 à 9:50 :
Il est dommage que les commentaires ne soient pas modérés. Autant de bétises écrites par des gens qui visiblement ne connaissent pas le sujet est simplement affligeant !!
a écrit le 20/10/2014 à 1:57 :
J'ai travaille avec des Hollandais. La description est exacte: leur seul souci est leur bien etre et ce quand bien meme il irait a l'encontre du bien du groupe. A plusieurs reprises j'ai ete temoin de franche mauvaise uniquement dans le but de sauvegarder leurs propres avantages. Une des facons de faire est de trouver des moyens de detourner les resultats vers leurs filiales. D'ailleurs, le gouvernement hollandais ne fait-il pas de meme en proposant des paquets fiscaux attractifs pour remonter les profits vers ce pays. Facile ensuite de passer pour un faucon a l'economie flamboyante. Ce sont des manoeuvres de predateurs. La premiere erreur d'Air France a ete d'accepter la parite, une autre preuve du manque de solidarite du groupe hollandais qui ne jure que par lui-meme. Cependant, j'avais trouve la parade, les hollandais detestent les Allemands et j'ai compris plus tard pourquoi: les Allemands ne font pas de details et imposent leurs choix sans tergiverser. Les Hollandais se retrouvent du coup completmenent bloques. Ils utilisent les faiblesses de la culture francaise (liberte, egalite, fraternite) a leur avantage. Il suffit de ne pas se laisser faire. A bon entendeur...
a écrit le 19/10/2014 à 12:13 :
Déjà dans le titre l'article est fallacieux. Comment peut-elle Air France, une société au borde de la faillite, 6 ans dans le "rouge le plus noir", aux PDGs qui se succèdent dans leur incompétences, songer à "conquérir" KLM, une compagnie aux finances saines et dirigée notamment dans un esprit d'ordre et de responsabilité totalement aux antipodes de la mentalité française, cette mentalité toujours perdante dans les grandes gestions ?

Et après KLM, Air France pense à conquérir quelle autre "forteresse" ? British Airways ? United Airlines ? JAL ? Air China ? Lufthansa …. ? décidément le ridicule ne tuera jamais chez nous.
a écrit le 19/10/2014 à 9:13 :
quand air france en quasi faillitte
a rachete u t a qui realise des benefices
pour l'image ou tour de passe
Réponse de le 19/10/2014 à 13:05 :
Vous savez, le millionnaire Harry C. Smith disait à sa petite nièce Katherine : "Tu sais, ma chérie, en arrivant à New York, ton oncle va t'acheter un très beau poney et une immense et belle maison, avec des arbres fruitiers, un étang et une petite prairie où tu pourras monter ton poney…" C'était le soir du 14 avril 1912 et ils étaient à bord du "RMS Titanic". Si Katherine n'avait-elle pas survécu on ne saurait jamais de ce beau projet de feu son oncle Harry.
a écrit le 18/10/2014 à 17:10 :
Quand on voit les performances d'Air France et la mentalité de son personnel, on comprend aisément que les néerlandais essayent de se protéger, cela parait tout à fait logique.
a écrit le 18/10/2014 à 16:49 :
C'est fou cette obsession du French bashing chez certains. On a là un article qui expose quelques faits assez connus à l'intérieur d'AF/KL. Est-il bon que ce soit sur la place publique? Peut-être, peut-être pas. Mais c'est fait.
En 2004, KLM était en réalité à l'agonie, plombée par une dette abyssale. Et personne ne voulait de KLM qui avait (et conserve) une solide réputation de prédateur, préférant tondre ses alliés que prendre des marchés à la concurrence.
Spinetta a-t-il eu raison de choisir KLM? Il n'y avait de toute manière plus beaucoup de mariées disponibles. Il a, avec ceux qui l'ont conseillé, largement sous estimé la difficulté à faire travailler ensemble des français et des néerlandais.
Vu d'Amstelveen, siège de KLM, ce qui est bon pour le groupe mais pas pour KLM doit être combattu. A l'inverse, faire perdre 10 millions à AF pour en gagner 1 chez KL ne gêne personne. Tout le monde est au courant, y compris à haut niveau à Paris. Mais voilà, on reste français et le dogme du zéro vague l'emporte.
Alors certes, comme dit dans l'article, certains transferts, notamment liés à la base client et au programme de fidélisation ont normalement profité à KLM. Mais ensuite, la course aux transferts iniques a eu lieu, et continue. A chaque fois qu'une voix s'élève pour dire "stop", il se trouve un néerlandais qui crie plus fort et un grand patron français qui capitule au nom de l'unité.
Le résultat est un sentiment d'injustice et une perception de la profonde malhonnêteté des hollandais. Même si sur le terrain, le travail au quotidien se fait et si de nombreux dossiers avancent en commun.
Cependant, quand on voit la vitesse à laquelle la fusion entre les alliés américains des deux compagnies s'est faite (Delta et Northwest), on peut regretter que l'on aille si lentement en Europe, même si le contexte est évidememnt différent.
Et puis, à Paris, on voit les transferts massifs vers KLM qui alimentent les bonus distribués là bas quand chez AF, on parle austérité et "départs volontaires".
Pendant ce temps là, le président, en bon X entouré de sa cour polytechnicienne, décide seul et n'entend rien, surtout pas sa base qui grogne, lasse de se sentir, à tort ou à raison, tondue par les néerlandais.
Réponse de le 18/10/2014 à 17:13 :
Que voulez-vous, Roby, en France on fait du World bashing depuis toujours, avez vous remarqué ? eh bien quand on fait du French bashing ce n'est rien d'autre que le retour de l'ascenseur, ben voyons. Bonne pêche !
Réponse de le 18/10/2014 à 20:54 :
en france on a choisi un président qui s'appelle hollande, pas sur que la reine n'appelle un jour son fils francois
a écrit le 18/10/2014 à 10:15 :
Une vérité à (ré)tablir: "...cette compagnie rachetée par Air France en 2004." Air France n'a pas acheté KLM. Le groupe résulte d'une offre offre publique d'échange d'actions, ce qui n'est pas la même chose qu'une "acquisition".
a écrit le 17/10/2014 à 19:31 :
KLM est tout simplement une entreprise différente et ils n'ont pas le poids de l'héritage de la grande époque AF ! Air France est à l'image de la France, un bordel ingérable, tout le mode d'accord sauf pour moi ! Des réformes oui mais pour les autres ... KLM a raison de ne surtout pas s'engager trop avec AF qui ne leur sert pas du tout comme la propagande le prétend !
Réponse de le 18/10/2014 à 15:54 :
Vous avez raison. Les technocrates français, si on leur donnait le Sahara, dans cinq ans il faudrait qu'ils achètent du sable ailleurs. Et pour nous égayer Stockholm nous donne deux prix Nobel d'affilée, c'est presque ridicule mais bon....
a écrit le 17/10/2014 à 16:01 :
Le MEDEF et l'UMP ont alimenté les critiques sur les Français, ils cautionnent le French Bashing afin de pouvoir imposer leurs théories libérales à un peuple manipulé. Aujourd’hui un Q.I à 2 chiffres Hollandais ou Allemand va développer un complexe de supériorité sur un excellent collaborateur français. Cette situation nous est très préjudiciable, notre pays ne se relèvera pas.
Réponse de le 17/10/2014 à 20:17 :
faites sur internet les trois mots : people , money , Pujadas . Vous saurez ce que vaut la presse française et la communication des grands groupes français .
a écrit le 17/10/2014 à 14:56 :
Et ce n'est pas la grève récente qui va redorer le blason d'AF aux yeux de KLM...
a écrit le 17/10/2014 à 14:31 :
s'associe avec des neerlandais, mais quelle drole d'idée!!!
les hollandais entubent toujours les autres, ces chers bataves gagnent toujours,même les britanniques ont eu du mal, ce petit peuple est vorace.
nous les français avec nos grands airs avons toujours perdu!!
Réponse de le 17/10/2014 à 15:19 :
"nous les français avec nos grands airs avons toujours perdu!!"

Ce n'est pas la faute aux bataves mais à nous mêmes avec nos grands airs. Les Français ne savent faire que dans la démesure (Renault, Vivendi, BNP-Paribas, Carrefour, Air France…) et ils se font avoir souvent. Cherchez l'erreur.
a écrit le 17/10/2014 à 12:58 :
Comme on s'attendait, les médias français ont finalement trouvé un bouc émissaire pour l'incompétence dans les gestions d'Air France : la KLM !!! comme quoi, les finances de KLM sont toujours dans le plus stricte noir, voire dans le bleu, tandis qu'AF accumule des pertes significatives tout au long des dernières 6 années. Au finances bleues de KLM Air France ajoute leurs finances rouges, avec un certain Blanc ça fait assez cocardier ! lol
Réponse de le 17/10/2014 à 13:08 :
pragmatique veut dire que l 'on place au bon poste la personne qui connait la maison et le fonctionnement de la maison et non pas un débarqué du Ministère des finances qui n'a que sa vanité comme apport en industrie . Une bonne entreprise n'est dirigée ni par le financier ,ni par le technicien mais par les deux ensemble qui s'écoutent et qui se parlent : le contraire de ce qui se pratique à AF depuis des années .Rappelons une fois encore que c est Mr Pinetta qui a bloqué ,il y a dix ans la création d'une filiale low-cost et qui a permis à Mr de Juniac d 'arriver à AF .
Réponse de le 17/10/2014 à 16:44 :
C'est vrai que l'article tombe juste apres la greve a AF. Mais ce qui y est dit est de notoriete publique.
a écrit le 17/10/2014 à 10:25 :
KLM en tant que filiale d'AF se doit de contribuer avec ses éventuels bénéfices à la holding à chaque exercice annuel, c'est sûr que ça passe à coté des énormes pertes d'AF.
a écrit le 17/10/2014 à 9:59 :
Quand on compare les résultats de KLM et de Air Chance , on regrette qu'ils n'aient pas plus de pouvoir encore.................
Réponse de le 17/10/2014 à 10:49 :
Ben voyons ...A force de raconter des conneries vous finissez par les croire ! pourquoi croyez vous qu'ils ont été rachetés par AF, parce qu'ils étaient en pleine forme et performants ?
Réponse de le 18/10/2014 à 15:13 :
Hé si justement, ils n'ont pas été racheté mais ont fait front commun avec A F pour augmenter leur capacité trop petite pour être concurentielle. C'était un bon allie avec un aéroport fort interessant.....
a écrit le 17/10/2014 à 8:30 :
on s'est une nouvelle fois fait rouler dans la farine.

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