Air Caraïbes défie Air France en créant une low-cost long-courrier

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(Crédits : DR)
Après l'échec de la reprise de Corsair en mars dernier, le groupe Dubreuil, maison-mère d'Air Caraïbes, a décidé d'accélérer et de muscler le développement long-courrier d'Air Caraïbes mais aussi de créer une compagnie à bas coûts long-courrier. Ce plan stratégique a été dévoilé ce mardi en assemblée générale. Marc Rochet, le président du directoire d'Air Caraïbes a détaillé le projet en exclusivité à deux médias dont La Tribune.

L'échec en mars dernier de la reprise de Corsair n'a pas calmé la soif de croissance dans le ciel français du groupe Dubreuil, principal actionnaire d'Air Caraïbes, et de Marc Rochet, le président du directoire de la compagnie antillaise. Bien au contraire. La fin est la même, seuls les moyens divergent.

Doublement de taille de l'activité long-courrier

Car si le groupe continuera de regarder toutes les opportunités d'acquisition, sa priorité aujourd'hui est de se concentrer sur la croissance interne, non seulement en musclant le plan de développement long-courrier d'Air Caraïbes qui était déjà très ambitieux, mais aussi en créant une nouvelle compagnie long-courrier, spécialisée sur les destinations loisirs avec une structure de coûts encore plus légère que celle d'Air Caraïbes, déjà reconnue pour sa forte productivité et sa rigueur de gestion. Autrement dit, le groupe Dubreuil va lancer une low-cost long-courrier au départ de Paris, un concept qui commence seulement à émerger à l'échelle mondiale, essentiellement en Asie. Présenté en assemblée générale d'Air Caraïbes ce mardi, ce plan stratégique vise à quasiment doubler la taille de l'activité long-courrier du groupe Dubreuil d'ici à 2020.

Arrivée de 4 A350 entre fin 2016 et mi-2018

Air Caraïbes, qui a commandé fin 2013 six Airbus A350 (3 A350-900 et 3 A350-1000) pour remplacer et augmenter sa flotte aujourd'hui composée de 5 A330, a décidé d'acquérir un septième A350 (la version 900) dès 2017. Objectif : recevoir 4 A350-900 en rafale, en 18 mois, entre décembre 2016 et juin 2018. Avec ce coup d'accélérateur, la croissance en sièges d'Air Caraïbes Atlantique (l'entité long-courrier du groupe Dubreuil) d'ici à 5 ans ne sera plus de 40% comme cela était prévu mais de 55%.

"Compte tenu des performances de l'A350 et compte tenu du fait que nous ne voyons pas nos concurrents (Air France, Corsair, XL Airways, ndlr) se moderniser, nous avons décidé d'accélérer", explique Marc Rochet à La Tribune et au Monde.

Ce n'est pas tout. Le groupe Dubreuil veut aller encore plus loin.

L'audacieux projet Sunline

"Nous allons tenter une nouvelle expérience", indique Marc Rochet. Le groupe vendéen va créer une nouvelle compagnie aérienne privée de droit français disposant de sa propre flotte pour attaquer les marchés long-courriers loisirs. Cette compagnie, qui répond au nom de code "Sunline", sera une low-cost long-courrier. La direction souhaite qu'elle décolle d'Orly comme Air Caraïbes, ce qui posera évidemment à terme la problématique des créneaux horaires de décollage, lesquels sont distribués au compte-gouttes en raison du plafonnement de l'aéroport du sud parisien.

"Nous allons essayer d'en faire une low-cost long-courrier, mais je veux être clair, n'écrivez pas qu'on a trouvé le Graal, car une vraie low-cost long-courrier, personne ne sait exactement ce que c'est. En tout cas on va essayer d'avoir des prix plus bas pour vendre des billets moins chers", prévient Marc Rochet.

Alors qu'il se développe en Asie avec des compagnies comme Air Asia X ou Scoot, filiale de Singapore Airlines, le concept de low-cost long-courrier commence à voir le jour en Europe. Après Norwegian, Lufthansa va lancer fin octobre sa filiale low-cost Eurowings sur les vols long-courriers.

Avions biclasses "full video, full Internet"

Cette nouvelle filiale du groupe Dubreuil va débuter avec un avion. Un A330-300 neuf en version 242 tonnes (c'est-à-dire capable de décoller avec une masse maximale de 242 tonnes) a été commandé à Airbus pour une livraison en juin 2016. Il sera équipé de 380 sièges (contre 355 dans les A330 actuels) répartis en deux classes, une classe économique et une Premium Economy (une classe économique améliorée). Une innovation par rapport aux rares low-cost long-courrier sur le marché qui, pour la plupart, ont opté pour une classe affaires et une classe économique.

"Nous ne voulons pas faire quelque chose de cheap. Le pitch (espace entre deux rangées de sièges) sera le même que celui d'aujourd'hui sur Air Caraïbes, autour de 31, 32 pouces, et tous les sièges seront équipés d'un système vidéo et d'un accès à Internet", précise Marc Rochet.

Les destinations restent encore secrètes.

"On attend de voir ce que feront ou pas les concurrents", fait valoir le président du directoire d'Air Caraïbes. Pour l'instant nous visons essentiellement des destinations que l'on ne dessert pas correctement aujourd'hui. Le produit type, c'est la République dominicaine. Cette compagnie permettra aussi d'éponger les super pointes de trafic sur les Antilles en hiver. Mais il faudra aller plus loin que l'arc caraïbéen, c'est clair", explique Marc Rochet.

Air Caraïbes sortira donc de sa zone pour explorer de nouveaux territoires. Un peu comme l'imaginait le groupe Dubreuil lorsqu'il planchait sur la reprise de Corsair. Selon un observateur, les Etats-Unis ou le Canada ont le potentiel pour être desservies par ce type d'opérateurs.

Très vite, au fur et à mesure que les A350 entreront dans la flotte d'Air Caraïbes pour remplacer les A330, un certain nombre de ces derniers devrait rejoindre la nouvelle compagnie dont le nom n'a pas encore été arrêté. Cette compagnie a vocation à produire des heures de vol à des coûts rarement observés sur le marché long-courrier français.

Création d'une nouvelle structure

Pour y arriver, outre une distribution de billets fortement focalisée sur Internet, cette compagnie sera logée dans une structure nouvelle, filiale du groupe Dubreuil. Le groupe vendéen veut en effet partir d'une feuille blanche pour définir les conditions de travail et de rémunération des employés de cette nouvelle compagnie afin d'atteindre un niveau de productivité des navigants plus élevé que celui d'Air Caraïbes. Là aussi la démarche ressemble à celle prévue lors du rachat de Corsair.

"Les pilotes d'Air Caraïbes volent 750 heures par an. L'objectif est que les pilotes de cette nouvelle compagnie volent 800 heures», explique Marc Rochet, précisant que cela représentait deux aller-retours de plus sur les Antilles par an.

La question des "FTL"

Marc Rochet compte imposer dans cette nouvelle compagnie des règles d'engagement des navigants conforme à la nouvelle règlementation européenne sur les Flight times limitations (FTL), laquelle doit entrer en vigueur en France en février 2016. Mais, comme un grand nombre de dirigeants français, il exige que ces FTL ne s'ajoutent pas au Code de l'aviation civile (CAC) mais qu'elles remplacent ce dernier afin d'éviter des confusions préjudiciables entre les deux règlementations. Sur ce point, Marc Rochet veut également négocier avec les syndicats d'Air Caraïbes pour imposer les FTL dans cette compagnie.

Une centaine d'embauches

Les pilotes A330 d'Air Caraïbes auront donc le choix de rester au sein d'Air Caraïbes en passant sur A350 ou de rester sur A330 mais en allant voler dans la nouvelle compagnie. la création de ce nouveau transporteur va nécessiter l'embauche d'une centaine de personnes.

D'ici à 2020, le pôle aviation du groupe Dubreuil devrait donc compter 10 ou 11 appareils long-courriers et devrait transporter plus de 1,5 millions de passagers contre 860 000 aujourd'hui (auxquels il faut ajouter 368 000 passagers sur le réseau régional, assurés par trois ATR).

17 millions d'euros de résultat net

Le point de départ d'un deuxième pôle aérien français à terme? En tout cas, le groupe Dubreuil veut profiter de l'excellente situation financière d'Air Caraïbes pour investir dans de nouveaux avions et creuser l'écart face à des concurrents en difficulté ou à l'actionnariat incertain. Compagnie française la plus rentable depuis des années, Air Caraïbes a dégagé un bénéfice de 17 millions d'euros en 2014 (avant participations et intéressement aux salariés qui recevront 4,6 millions d'euros) pour un chiffre d'affaires de 358 millions d'euros.

Alors qu'Air Caraïbes ne cesse de grignoter des parts de marché sur les Antilles (31% sur Fort-de-France et 30% sur Point-à-Pitre), l'environnement concurrentiel lui est favorable. Air France est en difficulté, XL Airways cherche un actionnaire, et Corsair est détenu par un groupe touristique, TUI, qui, il y a encore quelques mois, cherchait à s'en séparer.

La décision sur le renouvellement ou pas de la flotte, notamment des B747, sera un bon indicateur de la volonté de TUI de rester dans Corsair et surtout de lui donner les moyens de se développer. Début 2017, au moment où Air Caraïbes exploitera trois avions de plus dont deux A350, les 3 B747 de Corsair doivent subir une très coûteuse check D (une grande révision), que peu d'opérateurs du jumbo assurent aujourd'hui, préférant vendre l'avion.

La fenêtre tir semble idéale pour le groupe Dubreuil.

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a écrit le 25/06/2015 à 10:14 :
avec Rocher on est sûr qu'à bord de ses avions on aura une ceinture de sécurité pour deux et pour les jambes seules les personnes d'un mètre pourront s'installer pour les autres il faudra être acrobate. Pour la nourriture tous les passagers auront attrapé la tourista avant d'arriver à destination. Bon début de vacances,
a écrit le 24/06/2015 à 22:29 :
pour avoir vu les poubelles d'air Vendée et les conditions de travail d'Aéromaritime on peut redouter le pire avec Dubreuil et Rochet à la tête d'une low cost long courrier !
a écrit le 24/06/2015 à 22:15 :
J'ai acheté un Aller-Retour Fort de France-France ( Orly) pour Décembre 2015, en Avril. Comme toujours comparé les tarifs sur le site des quatre compagnies : Air France était de loin la moins chère. L'année d'avant c'était Air Caraibes : aller Parfait en tous points sans problème. Retour au départ de France (orly) tout début janvier 2014. j'embarque surpris dans un avion au fuselage d'aspect hors d'age. Le nom de la compagnie illisible la dessus : un grossier gribouillage de peinture masquant le nom de la compagnie. J'entre dans un avion antique : sièges en sky dépassés en tous points, et l'ensemble de la cabine également , Sièges gravés "Air Asia " ( compagnie Malaisienne). J'apprends que Air Caraibes avait affrèté une compagnie Anglaise sur la liste noire à éviter. Personnel de cabine Portugais, ne connaissant ni le Français, ni meme l'Anglais. Ce personnel Portugais véritablement paniqué aux actes incohérents et déplacés, ignorait tout des préparatifs et procédures précédant le décollage. J'ai fait part à mi-vol de mon mécontentement général : age et bruit de l'appareil, confort inadmissible, personnel non formé, et ce en aparté discrète avec le Commandant de Bord Français : il a prétendu que ce vieux coucou était neuf : n'avait pas 30 ans mais seulement trois ans. Pour le reste à mes remarques différentes calmes et posées, il s'énervait, et voulait m'entrainer dans son énervement : il disait tout pour me faire mettre en colère, échec,certainement pour me pièger et me faire accréditer comme passager dangereux et me menotter, et me faire embarquer par les forces de l'ordre. J'ai simplement tourné les talons et le dos pour regagner le siège, sans répondre à ses provocations : il n'en valait vraiment pas la peine cet individu de commandant de bord d'une bonne cinquantaine d'années, comme moi.
a écrit le 24/06/2015 à 12:23 :
Je ne fais jamais de commentaires, mais quand j'ai vu Air caraïbe en low-cost, je n'ai pas m'en empêcher d'en faire un. Ah bon, ils n'y sont pas déjà. Je suis actuellement en métropole arrivé par un vol air caraïbe la semaine dernière. Quel calvaire ! Quels cauchemars. Six ou sept heures dans des sièges inconfortables, rapprochés les uns des autres au maximum. Rentabilité exige. La nourriture vraiment pas terrible, des lasagnes paraît-il ! Pour le poulet fallait réserver. Au secours ! Que ce vol est long ! Arrivé à quelques kilomètres d'Orly, le calvaire se termine, enfin presque, l'avion commence à faire des cercles, sommes-nous attaqués par les Indiens ? Non, le commandant nous explique qu'il attend simplement l'autorisation de se poser... Des minutes interminables. Ouf, l'avion se pose enfin, s'immobilise, personne n'applaudit... Un signe ? Mais où sommes-nous ? Arrêté au large, dans la nature. Ce sont des cars qui viennent nous chercher. Un temps fou, je suis crevé ! J'en ai marre ! Pour me rassurer un passager me sort "De toute façons c'est comme ça dans toutes les compagnies !" Je ne le suis pas pour autant ! Alors faire une compagnie low-cost en plus ? Est-ce utile ? Cela fait peur...
Réponse de le 24/06/2015 à 15:00 :
Harry redescend sur terre. c'est du classique ce que tu as vécu. le lowcost ou delta/US Airways... c'est bien pire. Perso, j'ai bien aimé air caraïbes . c'est équivalent à air France ou air transat sans probleme.
Réponse de le 24/06/2015 à 18:06 :
Depuis combien de temps n'etes vous plus monté dans un avion Delta Val? Air France est dans le meilleur des cas (grâce à ses A380) au même niveau et bien en dessous avec ses a330/B777 ...
Réponse de le 24/06/2015 à 23:47 :
j'ai pris delta cet hiver. et en général les compagnies américaines sont les pires. on reçois un sandwich dans un sac plastique . on dirai que le personnel de bord est là par obligation... je ne sais plus si c'est delta ou American Airlines , mais une fois j'ai traversé l'Atlantique sans écran TV dans un avion régional. ;)
Réponse de le 25/06/2015 à 10:09 :
tout dépend où se situe votre niveau de confort sans être devin on a bien compris. Je vous laisse votre place à bord de ces avions poubelles.
a écrit le 24/06/2015 à 11:53 :
Une seule question se pose: est ce FG qui choisit les titres des articles ? Qui sont sérieusement "pondérés" (on va dire) par leur contenu. Rochet (et il en a vu des compagnies croître et/ou disparaître, ce monsieur !), prend un maximum de précautions: on est intéressés par "la" ligne des beaufs, et on achète quelques avions de plus. Comme on ne sait pas quoi faire des machines actuelles, on crée une compagnie pour les exploiter. Mais vu que nous serons en surcapacité sur notre marché, on va tenter d'autres destinations. Avec un max d'innovations: vente sur internet (qui ne le fait pas ?), internet à bord (pour 300 internautes ? imagine la bande passante requise...!), 380 sièges, là ou Air Inter ne dépassait pas 412 sur des vols d'une heure (1 seule), etc... Oui, vraiment, les "historiques" ont du mouron à se faire !!!
a écrit le 24/06/2015 à 10:04 :
Bonne nouvelle pour l'aérien français et le tourisme. Il faudrait juste maintenant que le gouvernement aide les compagnies aériennes françaises a se développer en baissant les taxes et leurs charges au lieu d'offrir des vols supplémentaires aux compagnies du golf.
a écrit le 24/06/2015 à 8:32 :
50 heures de vol supplémentaires représenteraient 2 allers retours vers les Antilles ?
Sachant qu'il faut compter un peu plus de 16 h par A/R, le calcul de M. Rochet me paraît pour le moins approximatif.
Réponse de le 24/06/2015 à 10:17 :
Tous ce qu'il a prévu est approximatif, sauf peut être ses revenus..... Les salariés de CRL l'avaient bien compris.
Réponse de le 24/06/2015 à 12:29 :
Il me semble que dans "les heures de vol" il faille compter les heures de préparation du vol et du diebriffing.
Réponse de le 24/06/2015 à 17:54 :
@Rafale
Non, les heures de vol commencent au "bloc départ" jusqu'au moment où l'avion s'arrête au parking, c'est à dire au "bloc arrivée". Les temps de préparation du vol, briefing, visite prévol, embarquement et débarquement des passagers n'entrent pas dans ce calcul.
Réponse de le 25/06/2015 à 18:00 :
moi j adore air caraibe.c est la seul en 3 ans qui propose des billet souvent en promo.Cela m as permis de partir 2 fois en espace de 6 mois.mon 1 er billet étais a 317€ et le 2eme 398€.c est vrais que corsaire propose des billet aussi pas cher mais si air caraibes n étais pas la je ne pourrais jamais partir assez souvent aux Antilles. question repas je trouve que ça va.il y a pire.coté retard c est assez normale je préfère un avion en retard au lieu qu il assure le vol a l heure avec une panne.quel compagnie aérienne n a jamais de retard .en plus la flotte air caraibe n est pas celui d air france.De plus aujourd huis quand un avion a 3h de retard il sont obliger de vous indemniser pour un vols de plus de 3500km

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