Air France : ce qui se joue derrière le "oui mais" des pilotes au projet "Boost"

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(Crédits : © Jacky Naegelen / Reuters)
Les pilotes se sont prononcés en faveur de la création d'une filiale à coûts réduits. Le SNPL veut désormais renégocier le projet d'accord soumis à signature par la direction qui porte non seulement sur les conditions de création de cette nouvelle compagnie, mais aussi sur les conditions de travail et de rémunération à Air France.

Soulagement pour la direction d'Air France. Consultés par le bureau du SNPL Air France sur le projet «Boost» de la direction de créer une nouvelle compagnie à coûts réduits par rapport à Air France, les pilotes de la compagnie française ont répondu favorablement. Le «Oui» à la question « Approuvez-vous l'externalisation d'une partie de l'activité et de la flotte long-courrier et moyen-courrier d'Air France dans une nouvelle structure ? » l'a emporté avec 58,1% des voix, pour un taux de participation de 73,8%.

Un score sans appel qui montre la volonté des pilotes de sortir du blocage social dans lequel est embourbée la compagnie depuis près de trois ans. Si le "Non" l'avait emporté, le projet "Boost" et, d'une manière générale, le projet "Trust Together, tombaient à l'eau. Et un plan de croissance moins important que celui prévu dans Boost (qui n'est pas énorme non plus), voire l'attrition, semblait inéluctable. En raison d'accords passés, la direction a besoin d'avoir le feu vert des pilotes pour créer une nouvelle filiale de plus de 110 sièges.

Nouvelle compagnie en octobre avec des pilotes Air France

Avec le "Oui", le projet Boost reprend des couleurs. Pour rappel, il vise à lancer fin octobre une nouvelle compagnie affichant des coûts inférieurs à ceux d'Air France de 15%. Ce gain de compétitivité doit être principalement obtenu sur le poste des hôtesses et stewards (personnels navigants techniques ou PNC). Car si le SNPL a tordu le bras de la direction en imposant que ce soient des pilotes d'Air France qui prennent les commandes des avions de Boost, et si les avions seront entretenus par Air France, les PNC de cette nouvelle compagnie seront quant à eux recrutés sur le marché avec des conditions de travail et de rémunération largement moins généreuses qu'à Air France. A tel point que l'écart de coûts des PNC entre Air France et Boost serait de 35% à 40%.

Pour autant, cette victoire du «Oui» des pilotes n'est pas encore synonyme d'accord. Pour beaucoup d'entre eux, ce «Oui» traduit plutôt un «Oui mais», qui se transformera en «Oui» définitif si l'ensemble du projet d'accord sur non seulement la création du projet Boost, mais aussi sur les conditions de travail et de rémunération à Air France, leur convient. Or, ce n'est pas le cas de l'accord présenté le 9 février par la direction, lequel est soumis à signature jusqu'au 24 février. Franck Terner, le directeur général d'Air France a déjà indiqué qu'il décalerait la date-limite pour signer si besoin.

Conseil du SNPL Air France ce mercredi

Du coup, ce mercredi 22 février, lors du conseil du SNPL Air France, l'instance souveraine du syndicat, le bureau du syndicat (le BAF), l'exécutif du SNPL, devrait être mandaté pour négocier un accord avec une motion définissant de manière bien précise le contenu de la négociation, lequel, s'il aboutissait, serait soumis au vote des adhérents du SNPL.

Ce scénario n'est pas sans poser question. Car le BAF avait appelé à voter contre le projet Boost. Et, aussi paradoxal que cela puisse paraître, il ira donc négocier un accord qu'il a combattu en des termes extrêmement durs. Pour rappel, dans une lettre aux salariés d'Air France en décembre, Philippe Evain, le président du SNPL Air France estimait que le projet de création d'une nouvelle compagnie recelait de "nombreux dangers pour les salariés", qu'il "hypothéquait l'avenir" de l'entreprise et que "laisser remettre en cause son intégrité globale serait une faute grave dont le prix nous sera présenté tôt ou tard".

"Le BAF a pris une sacré claque, et il ne faudrait pas qu'ils aillent planter la négociation sur des points qui n'ont rien à voir avec la vision que l'on doit avoir du groupe dans 5 ans", redoute un pilote.

Voulant donner toutes ses chances à un accord, la direction va probablement accepter de renégocier son accord.

Équilibre d'activité avec KLM

Les pilotes veulent aborder l'épineuse question des équilibres de croissance entre Air France et KLM (production balance).

« Les pilotes n'accepteront pas la mise en danger de la compagnie et de nombreuses garanties devront être données par la direction. Elles font actuellement défaut dans le projet de texte présenté par la direction, concernant notamment les garanties d'équilibre d'activité avec KLM, qui seront la clé de voûte du projet Boost à naître si la direction souhaite le voir aboutir », a déclaré le bureau du SNPL Air France.

Ces équilibres d'activité ont en effet dérivé ces dernières années en faveur de KLM. Dans un courrier envoyé ce week-end aux pilotes, la direction explique que « la meilleure façon de ré-équilibrer la production balance est de faire en sorte qu'Air France retrouve un rythme de croissance rentable supérieur à celui de KLM ».

« D'ici à 2020, la flotte long-courrier de KLM doit rester stable, celle d'Air France et Boost augmentera de 8 avions. L'indicateur "Heures de Vol "reviendra ainsi en 2020 dans la partie supérieure de la bande de fluctuation de l'accord de production balance ». Selon ce courrier, Jean-Marc Janaillac, le PDG d'Air France-KLM a déjà proposé qu'une réunion quadripartite soit organisée sur ce sujet avec Air France, KLM, le SNPL et le VNV ».

La direction a-t-elle trop lâché ?

Plusieurs observateurs estiment que la direction est déjà allée trop loin dans ses concessions aux pilotes. A tel point que certains espéraient même la victoire du «Non» pour justifier des mesures plus lourdes destinées, disent-ils, à préparer l'entreprise à surmonter demain des soubresauts de la conjoncture, comme une remontée du prix du baril, afin d'éviter de se retrouver la tête sous l'eau comme ce fut le cas de 2009 à 2014.

Certes, il semble acquis en interne que le projet Boost ne permettra pas à Air France de combler l'écart de compétitivité intrinsèque qui la sépare de ses concurrents (hors coût du travail et taxation spécifique sur le transport aérien français). Le projet Boost ne porte en effet que sur 28 appareils. Soit 10% de la flotte d'Air France. Quant à la baisse des coûts à Air France, elle restera extrêmement limitée. La direction table sur une stabilité des coûts des hôtesses et stewards d'Air France et sur un gain de productivité des pilotes de 1,5% par an d'ici à 2020, lequel proviendrait de la décision de mutualiser la baisse des coûts des pilotes de Boost à l'ensemble des pilotes d'Air France. Néanmoins, ce projet a le mérite, pour ses partisans, de faire avancer la compagnie après trois ans de blocages sociaux.

Renégociation de l'accord collectif des PNC

Reste la question des PNC. La problématique est différente mais tout aussi compliquée. Contrairement aux pilotes, la direction n'a pas besoin de négocier avec les PNC pour créer Boost. D'autre part, les PNC de Boost ne seront pas des PNC d'Air France, comme le seront les pilotes d'Air France, mais des hôtesses et stewards recrutés sur le marché disposant d'un contrat de travail « Boost ». Les négociations entre la direction et les syndicats portent donc sur le renouvellement de l'accord collectif qui régit les conditions de travail et de rémunération des hôtesses et stewards d'Air France, lequel s'achève fin février.

Jusqu'ici, deux des trois syndicats représentatifs des PNC d'Air France menaient deux stratégies différentes. Le SNPNC et l'UNSA combattaient le projet Boost (au point de ne pas participer aux négociations plénières sur la renégociation des accords collectifs) tandis que l'UNAC, tout en n'en pensant pas moins sur le projet Boost, a préféré se focaliser sur la négociation de l'accord collectif, la priorité des PNC Air France. La crainte légitime des syndicats PNC de voir l'activité d'Air France être transférée à terme à Boost a diminué avec l'engagement de la direction de fixer à 28 avions la flotte maximale de Boost. C'est la première fois que les PNC se voient proposer un accord de périmètre. « Ce seront eux, et non les pilotes, qui auront la main quand il faudra négocier l'extension de la flotte de Boost », fait valoir un syndicaliste sol. On n'en est pas encore là.

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Commentaires
a écrit le 25/02/2017 à 9:30 :
ils disent perdre 30pour cent
sur les long courier
mais entre temps la direction s'augmente ses salaite de pres de 18pour cent
quand.les autres salaires sont bloque depuis 5ans
ils se foutent de tous
et cette direction place par la hollandie.
qui se disais moi president
a écrit le 22/02/2017 à 3:53 :
Boycott AF. Ce syndicat est incapable de s'adapter au monde d'aujourd'hui. Conclusion : Faisons supporter le poids sur les personnels navigants. Gestion a la francaise. Continuez.
a écrit le 21/02/2017 à 14:28 :
Les pilotes : de simples chauffeurs ( de bus ou camions ) qui se prennent pour des dirigeants d'entreprise parce qu'ils en ont le salaire .
Réponse de le 21/02/2017 à 14:38 :
Comme des simples chauffeurs du metro en Paris. Voir leurs conditions de travail et leur remunerations.
Réponse de le 21/02/2017 à 20:25 :
De simples chauffeurs ? Mmmm... avez-vous seulement le quart des facultés requises pour exercer ce métier exigeant ?
Réponse de le 22/02/2017 à 8:52 :
"Simples chauffeurs de bus" avec des gros salaires ?
Pourquoi n'avez-vous pas essayé de faire la même chose si c'est aussi simple que vous le dites ?
Le vrai problème est que les dirigeants du SNPL ont perdu toute légitimité. Ils sont en train de tuer cette société alors que les pilotes de base ont bien compris le danger.
a écrit le 21/02/2017 à 14:22 :
Si les pilotes d'AF sont aussi lents à agir sur les commandes d'un avion qu'à décider sur l'avenir de la compagnie, on peut avoir des craintes lorsque l'on monte dans un des avions d'AF !!
a écrit le 21/02/2017 à 13:25 :
RYANAIR ET EASYJET C'EST LE TOP RAPPORT Q/P ... comme les cars Macron !
a écrit le 21/02/2017 à 13:24 :
RYANAIR ET EASYJET C'EST LE TOP RAPPORT Q/P ... comme les cars Macron !
a écrit le 21/02/2017 à 12:57 :
AF fait 1Md € de déficit: le PDG de l'époque demande 20% de gains de productivité au PNC, qui y parvient ( plans Transform et Perform)
AF fait 1Md € de profit: la direction demande, par le biais d'une création d'une nouvelle structure, 40% de gains supplémentaires.
Sachant que les lignes de Boost ne seront que des transferts d'activité et non pas des créations, il y a fort à parier que le PNC actuel d'AF deviendra mécaniquement moins performant ( ratio Avion/ PNC va se dégrader).
De plus, comme les nouvelles embauches se feront pour Boost, la pyramide des âges des PNC AF va continuer à se détériorer, ce qui va renchérir le coût de ces personnels ( le coût moyen va grimper du fait de l'ancienneté).
J'ajouterai que si l'on embauche les nouveaux PNC à moins 40%, cela nous emmène bien au dessous du SMIC.
Je crains fort que l'on se dirige vers un conflit majeur. Espérons malgré tout que le bon sens prévaudra et que les négociations en cours auront une issue positive.
a écrit le 21/02/2017 à 11:05 :
On retiendra de cette article le commentaire du pilote :

"Le BAF a pris une sacré claque"
a écrit le 21/02/2017 à 9:44 :
Les intérêts des pilotes ne sont pas forcément superposables à ceux de la compagnie.
Il est,donc, difficile d'admettre que les pilotes dirigent Air France.Si cela devait être le cas ,
pourquoi, dans le but de rétablir l'équilibre des tâches, les cadres dirigeants n'auraient-ils pas le droit de piloter les avions de la compagnie.
A question innocente, réponse difficile.
Réponse de le 24/02/2017 à 15:34 :
Mal dit; il eut fallu dire : "les intérêts des dirigeants ne sont pas forcement les mêmes que ceux des pilotes"...En effet, les dirigeants passent , les pilotes restent ; et ces derniers ont donc plus intérêt a ce que la Cie prospère ...cqfd
a écrit le 21/02/2017 à 8:22 :
Vous pouvez écrire car vous le savez depuis longtemps que la rémunération des pilotes est plus avantageuse chez KLM que chez AF .Il n 'y pas que les pilotes qui pèsent sur AF , il y a beaucoup d 'autres aspects de la gestion dont vous ne parlez jamais .
Sur ce sujet comme sur celui de la crise française où le PIB industriel français n 'est quasiment jamais évoqué ( le plus bas d'Europe : 12,5% ) , il y a une "omerta" .

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