Avec le nécessaire feu vert des pilotes, Air France va lancer Boost

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Avec ce projet, la direction veut réduire les coûts de 18% sur le long-courrier et de 15% sur le moyen-courrier.
Avec ce projet, la direction veut réduire les coûts de 18% sur le long-courrier et de 15% sur le moyen-courrier. (Crédits : Stephane Mahe)
Après le plébiscite des pilotes pour le projet de création d'une compagnie à coûts réduits, Air France va rapidement lancer son projet. Cet accord met fin à une longue période de tensions sociales en interne, mais ne résout pas les problèmes de compétitivité d'Air France.

C'est fait. Air France va pouvoir lancer son projet Boost de création d'une nouvelle compagnie à coûts réduits. Consultés par le bureau du SNPL, les adhérents du syndicat national des pilotes de ligne ont voté à hauteur de 78,2% pour le nouveau projet d'accord proposé par la direction qui concerne non seulement les conditions de création de cette nouvelle compagnie mais aussi l'évolution des conditions de travail et de rémunération à Air France. Un score sans appel, avec un taux de participation de près de 83%. Le feu vert des pilotes était indispensable en raison de l'accord de périmètre aujourd'hui en vigueur dans l'entreprise. Selon lui, toute création d'une filiale de plus de 110 sièges doit avoir l'accord des pilotes.

Une claque pour le bureau du SNPL

Ce résultat constitue une sacrée claque pour le bureau du SNPL qui avait soumis aux pilotes un autre texte. Bien qu'hostile à ce projet, le bureau du SNPL n'a pas d'autre choix que de signer ce texte. La signature pourrait se faire ce mardi. Elle interviendra donc après celles, la semaine dernière, de deux des trois syndicats représentatifs de personnels navigants commerciaux, l'UNAC et l'UNSA, dont le poids chez les hôtesses et les stewards, permet de valider l'accord.

Un DG recruté en interne

Les négociations avec les syndicats ayant traîné en longueur, Air France ne tardera pas, une fois l'accord officiellement signé, à lancer le processus de décollage de cette compagnie, censée initialement débuter ses vols fin octobre ou début novembre. La marque commerciale et le nom des premières lignes seront rapidement dévoilés et la demande de certificat de transport aérien (CTA) sera déposée à la direction générale de l'aviation civile. Selon nos informations, Jean-Michel Mathieu aujourd'hui Senior Vice-Président des ventes directes et des services, sera le directeur général de cette nouvelle compagnie. Méconnu, il était Chef de projet Boost sous la houlette de Pierre-Olivier Bandet, en charge du réseau d'Air France. A ce titre, "c'est lui qui a vraiment porté le dossier", explique un proche. Sophie Boardmann, commandant de bord, sera Chief operating officer (COO) et dirigeant responsable.

Les "Millennials", le cœur de cible

Cette compagnie entend s'adresser principalement aux « Millennials », cette génération de technophiles nés entre le début des années 80 et l'an 2000 au moment de l'avènement du numérique, du low-cost ou encore de l'économie du partage. Une clientèle qu'Air France reconnaît avoir du mal à capter. Pour créer un lien avec cette clientèle, Boost proposera un produit spécifique avec une offre de divertissement "différente", "connectée" et "innovante", selon les termes utilisés en interne, qui "ne doit pas paraître moins-disante" par rapport à Air France, tout en donnant "la perception de tarifs plus avantageux". Le wifi devrait être gratuit pour tous (il serait financé par la publicité) avec dans un premier temps une "boucle wifi interne" puis, dans un second temps, une connexion avec le sol.

La direction a l'intention de développer les options payantes en classe économique ("buy on board"). Pour les repas, par exemple, Air France compte monter en gamme et proposer une restauration à la carte et payante en classe économique sur tous les vols moyen-courriers.

Une flotte de 28 appareils

Cette compagnie débutera son activité d'abord sur le réseau moyen-courrier avec 6 A320, positionnés sur des lignes concurrencées par les low-cost, puis sur le long-courrier au printemps 2018 avec trois ou quatre A340 qui permettront d'exploiter trois lignes, deux assurées jusque-là par Air France et une ouverture (réouverture ?) de ligne. En 2020 cette nouvelle compagnie comptera 28 appareils, 18 de la famille A320 pour assurer l'alimentation du hub de Paris-Charles de Gaulle, et 10 gros-porteurs composés d'A340 et d'A350. Au total, Boost devrait permettre d'augmenter l'offre en sièges d'Air France sur le long-courrier de 10% entre 2017 et 2020.

Combinée aux remplacements des départs naturels de pilotes, cette augmentation d'offre va déboucher sur le recrutement de 750 pilotes d'ici à 2020. Cette croissance va permettre à Air France de revenir sur des équilibres de production avec KLM plus favorables comme le souhaitait le SNPL. L'idée est de faire remonter l'activité d'Air France et de la nouvelle compagnie à 61% de celle d'Air France-KLM (en heures de vol) d'ici à 2025/2026 et à 61,8% en sièges kilomètres offerts), contre 58,6% et 58,7% respectivement en 2017/2018.

35% des lignes long-courriers dans le rouge

La création de cette compagnie traduit l'incapacité d'Air France de se réformer en interne, puisque l'essentiel des gains de productivité sera réalisé par une compagnie « B ». Elle vise à avant tout à baisser les coûts par rapport à Air France dans le but d'exploiter de manière rentable des lignes sur lesquelles Air France perd de l'argent et d'en rouvrir d'autres qui ont été récemment abandonnées faute de rentabilité : 35% des lignes long-courriers d'Air France étaient encore dans le rouge il y a quelques semaines. Sur le moyen-courrier, le taux de lignes déficitaires atteint même 80%. Le principal objectif de la direction est de reprendre des couleurs face aux compagnies du Golfe, sur des lignes « mi business/mi loisirs ».

La baisse des coûts principalement réalisée sur les PNC

Avec ce projet, la direction veut réduire les coûts de 18% sur le long-courrier et de 15% sur le moyen-courrier. Les sources d'économies reposent en grande partie sur le poste des hôtesses et stewards (PNC, pour personnels navigants commerciaux). Recrutés sur le marché avec des conditions de travail et de rémunération spécifiques, et non à Air France, leur coût sera 45% moins élevé que dans la maison-mère, a expliqué ce lundi Gilles Gateau, le directeur général d'Air France en charge des ressources humaines.

Les pilotes seront en revanche ceux d'Air France, lesquels voleront indifféremment d'une compagnie à l'autre. La baisse de coûts de 15% sur le poste des pilotes Boost, sera obtenue par des efforts mutualisés sur l'ensemble des pilotes d'Air France. Soit 1,5% sur l'ensemble des pilotes. Les mesures définies dans l'accord permettront de dégager 40 millions de d'euros d'efficacité économique, dont une partie provient du solde du plan Transform, c'est-à-dire les mesures que n'avaient pas faites les pilotes au cours du plan précédent 2012-2014.

Fin d'une longue période de crispation

Ces accords vont faire du bien à l'entreprise. Ils vont clore une longue période d'agitation et de crispation qui avait pris forme en 2014 sous la présidence d'Alexandre de Juniac à Air France-KLM et de Frédéric Gagey à Air France. Après le plan Transform, clos fin 2014, ces derniers voulaient mettre en place un nouveau plan ambitieux d'amélioration de la performance pour rattraper les concurrents du groupe français. Mais les efforts demandés ont suscité le rejet des syndicats et des salariés, parfois de manière brutale comme ce fut le cas en octobre 2015 avec les violences sur des membres de la direction.
Les accords arrachés aujourd'hui permettent de calmer le jeu et de montrer qu'Air France peut bouger. Mais ils ne règlent pas les sujets de compétitivité intrinsèque d'Air France. Avec beaucoup d'attributs partagés avec Air France, Boost ne semble pas être la réponse du groupe au développement des low-cost long-courriers. En novembre dernier, la direction ne cachait pas qu'elle n'y croyait pas trop et qu'elle devait se focaliser sur la réponse à donner aux compagnies du Golfe.

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Commentaires
a écrit le 18/07/2017 à 13:20 :
Il y a un gouffre en terme de rapport qualité prix entre AF KLM et les compagnies du Golfe .
Si AF disparaît cela libèrera des créneaux de vol au profit de compagnies de meilleur qualité ce qui sera tout bénéfice pour les clients .
N'oublions pas en outre que AF en terme de sécurité ne fait pas partie et loin s'en faut des meilleurs transporteurs.
Je ne doute pas que les syndicats des pilotes et des PNC feront preuve d'imagination et d'énergie pour planter Boost.
personnellement je ne mets plus à titre privé les pieds dans un avion AF .
Je viens d'acheter un billet Marseille Jakarta AR en classe affaires avecTurkish Airlines (pour la quatrième fois)2514€ à comparer à 2880€ sur AF KLM avec la partie Marseille Amsterdam en classe éco "chercher l'erreur .
Longue vie au SNPL et adieu AF
Réponse de le 18/07/2017 à 21:59 :
Effectivement.. tout le personnel ai france attend la faillite.. avec l'arrivée des compagnies étrangères..
on pourra enfin rester chez nous et être payé par l ANPE
Donc par vous mon cher Jason 13
Vous avez un raisonnement anti patriotes .. très mondialiste .. à la mode en ce moment...
Ah les compagnies du golfe..
Toujours le même exemple..
Votre comparatif est pathétique...
Dans ce cas tout est moins cher dans ces pays..Inde..Turquie.. Chine.. etc
Pour la sécurité je peux vous assuré que le personnel AF est de loin une voir la meilleure compagnie.
a écrit le 18/07/2017 à 10:50 :
A voir. Déjà espérons que AF vendra les billets Boost directement sur son site. Ne pas oublier que pendant des années les billets de sa filiale Transavia ne pouvait être achetés que sur le site de la filiale. Aucune intégration donc au niveau du groupe...
Iberia et British Airways par exemple vendent sur leur site indistinctement des vols Iberia, BA ou Vueling (leur low cost)... Pour le passager c'est donc une offre complète, avec de multiples correspondances via plusieurs Hub (Londres, Madrid, Barcelone...) ou des vols directs.
a écrit le 18/07/2017 à 8:37 :
Pour sauver AF il faut appliquer la note n°6 du CAE. Et c'est valable pour toute notre industrie encore en activité. C'est urgent de le comprendre!
a écrit le 18/07/2017 à 7:44 :
Et on ne va pas faire un peu de ménage au SNPL ? Le bureau actuel était vent debout contre Boost et a tout fait pour faire capoter le projet ! Un peu de dignité et de cohérence : dehors !!
a écrit le 18/07/2017 à 0:30 :
Cette compagnie Boost va faireéconomiser de l'argent à AF sur le poste PNC.
Pour les éventuels clients rien ne changera par rapport à ce que propose AF aujourd,hui
prix des billets identiques , fiabilité certainement pas améliorée avec des pilotes AF et qualité de service est probablement identique à celle d'AF .
En résumé il n'y aura aucun intérêt à voyager avec Boost qui ne pourra pas rivaliser avec les compagnies du Golfe .
AF est une compagnie en sursis elle finira par disparaître comme Pan AmTWA Swissair Sabena et tant d'autres .
L'agitation puérile de ses dirigeants est pathétique.
Réponse de le 18/07/2017 à 10:49 :
Les pilotes AF ont, au final, accepté un effort de ... 1.5% !! et encore : à prendre sur les efforts de Transform non menés à terme !!
Les PNC, eux, vont supporter une baisse de coûts de 45% !!!
Comment une répartition d'efforts aussi bancale pourra être durable ??
Les prix des billets devraient par contre être impactés à la baisse, avec services en moins...
a écrit le 17/07/2017 à 23:49 :
en tout cas ce n'est pas moi qui prendrai un avion Air France ou Boost : les pilotes sont constamment en grève !
a écrit le 17/07/2017 à 20:07 :
Il manque à ce groupe une VRAIE filiale LowCost, les pilotes AirFrance ruinant systématiquement tout effort des autres catégories du personnel !
La seule solution réelle qui pourrait sortir de l'ornière le groupe franco-néerlandais serait d'intégrer une structure externe pour en faire son pilier lowcost ... !
Ce pourrait être une compagnie LowCost type WizzAir, qui avalerait Transavia France afin d'extraire cette dernière des griffes du SNPL AirFrance !
Ce pourrait également être Alitalia, à condition que cette dernière soit débarrassée de ses contrats de travail, pour repartir sur des bases saines alignées sur les LowCosts, et devenir le pilier LowCost du groupe !!
Réponse de le 18/07/2017 à 10:07 :
Lyonnais vous nous avez habitué à des commentaires plus pertinents. Connaissez vous la part des pilotes dans la structure de coûts dans une compagnie t'elle qu'AF? Dire que ceux ci ruinent les efforts des autres est proprement outrancier. C'est la seule catégorie de personnel à AF à avoir vu son salaire baisser de près de 20% pendant la crise!
Visiblement vous ne connaissez pas non plus la teneur des contrats Alitalia qui ont été massacrés au fil des plans de restructuration. Comme quoi il ne suffit pas seulement de tailler dans les coûts pilotes.
Réponse de le 19/07/2017 à 11:12 :
Bon pour en finir avec ces âneries répétées de façon récurrente par une certaine frange de travailleurs de l'aérien , dont Lyonnais semble faire partie, il serait bon de mettre certaines choses au clair.

Selon une étude assez récente réalisée par et pour la direction d'Air France , les pilotes sont la catégorie de personnels dont l'écart de coût avec la concurrence est le plus faible.

Qui parmi les personnels français de l'aérien a un salaire plus faible que son homologue chinois?

Les pilotes et Uniquement les pilotes.

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