VTC : quel modèle pour la plateforme collaborative qui veut contrer Uber ?

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L'AMT, qui regroupe plus de 1.500 chauffeurs VTC mise sur des achats groupés, des recettes publicitaires et un abonnement payant pour les chauffeurs, explique à La Tribune son président Joseph François.
L'AMT, qui regroupe plus de 1.500 chauffeurs VTC mise sur des achats groupés, des recettes publicitaires et un abonnement payant pour les chauffeurs, explique à La Tribune son président Joseph François. (Crédits : CC0 Public Domain)
La plateforme que compte lancer l'Association Mobilité Transport (AMT) sera inédite dans la mesure où elle ne prélèvera aucune commission sur le chiffre d'affaires des chauffeurs. Le modèle économique reposera sur trois piliers.

Petite révolution en vue dans le secteur des voitures de transport avec chauffeur (VTC) ? La question semble légitime alors que l'association Mobilité Transport (AMT), qui regroupe près de 200 entreprises et plus de 1.500 chauffeurs, a annoncé ce week-end qu'elle lancerait au mois de février une application "100% collaborative", destinée à mettre en relation des chauffeurs VTC et des clients, sans passer par les plateformes. Par "100% collaborative", l'AMT entend "zero commission". Ainsi "la totalité du chiffre d'affaires du chauffeur lui sera reversée", a indiqué à La Tribune Joseph François, président de l'AMT.

Cette annonce tombe au moment où des chauffeurs manifestent à nouveau, notamment contre Uber, afin de peser sur les discussions en cours avec le nouveau médiateur Jacques Rapoport. Les chauffeurs VTC reprochent entre autres aux plateformes - qui mettent en relation des chauffeurs et des clients, fixent les tarifs et prennent un pourcentage sur le prix de chaque course - des commissions trop élevées (de 15% pour Marcel à 25% pour UberX) et des tarifs trop bas. C'est notamment la plateforme Uber qui est visée par leurs protestations, et un premier mouvement, avant Noël, avait conduit le gouvernement à engager une médiation, toujours en cours, et à laquelle participe l'AMT.

"Cette économie de l'ubérisation est arrivée à bout de souffle", commente Joseph François. C'est pourquoi, en ce début d'année, l'AMT a décidé de préparer "l'après-Uber", explique-t-il. Et d'agir avec la création de cette plateforme collaborative, qui, selon lui  "permettra à la fois d'améliorer les revenus du chauffeur VTC et ses conditions de travail".

Mise en commun des fichiers clients

Dans un premier temps, l'organisation compte sur la motivation d'un millier de chauffeurs. Concernant le volume de clients qu'elle espère toucher, l'AMT espère un "acte militant" de la part des consommateurs. Joseph François explique également que le but est de mettre en commun les fichiers clients des différentes entreprises.

Par ailleurs, l'AMT annonce qu'elle "constituera un groupement d'intérêt économique (GIE) qui sera composé de chauffeurs indépendants comme d'entreprises dans le but de répondre aux appels d'offres de transport publics et privés. Cette deuxième mesure aura pour effet d'apporter aux acteurs du secteur une source de revenus complémentaires".

Trois sources de revenus

Dans le détail, le business modèle de la nouvelle appli reposera sur trois sources de revenus, précise Joseph François à La Tribune. Tout d'abord,  l'AMT compte monétiser ce service par la publicité, et assure que quelques annonceurs seraient d'ores et déjà intéressés.
Ensuite, si l'absence de commission caractérisera l'aspect collaboratif, selon lui, de la plateforme, son accès sera payant. Les chauffeurs intéressés devront donc s'acquitter d'un abonnement mensuel d'environ 30 euros par mois. Un coût certes, mais qui restera bien plus avantageux pour les chauffeurs que les actuelles commissions prélevées par les plateformes de réservation, assure Joseph François.
D'autres gains seront également réalisés grâce à la mise en oeuvre d'achats groupés, aussi bien pour le carburant que pour les véhicules ou encore les fameuses bouteilles d'eau.

Un "Grenelle du VTC"

Reste à savoir si la mayonnaise prendra et si la plateforme réussira à concurrencer Uber, là où d'autres ont déjà essayé. Alors pour mettre toutes les chances de leur côté et sensibiliser un maximum d'acteurs, l'AMT ouvre dès vendredi un "Grenelle du VTC". Il s'agit de tables rondes, de discussions dans l'optique d'une co-construction de l'économie du VTC de demain, explique le président de la fédération.

Et surtout, reste à voir quel impact cela pourrait avoir sur le géant Uber. Et pour cause, l'AMT est pour l'heure l'un de ses plus gros partenaires. Cependant, l'application de l'américain Travis Kalanick semble accueillir ce potentiel nouveau concurrent d'un bon œil.
"Uber encourage toute concurrence permettant aux chauffeurs professionnels de développer leur activité", explique ainsi un porte-parole de la plateforme. Avant d'en profiter pour rappeler "les lourds investissements" que nécessite une plateforme comme Uber, justifiant ainsi au passage les "frais de service" décriés en ce moment par certains chauffeurs, mais indispensables pour "l'excellence opérationnelle et technologique de [leurs] services", précise-t-il.

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Commentaires
a écrit le 18/01/2017 à 17:33 :
Ça sent la mascarade l AMT
a écrit le 16/01/2017 à 17:53 :
"On" se bouge enfin dans le bon sens, en revanche, cela ne règlera pas les points suivants :
- secteur hyper concurrentiel
- travail à faible valeur ajoutée
- si le cout kilométrique de la course augmente, cela ne servira à rien (voir point 1)
- la France, ce n'est pas les US, donc ceux qui rêvent de vivre convenablement en faisant chauffeur se plantent (travail facile sans "diplôme" + voir point 2)

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