La low-cost long-courrier French Blue fait des vagues chez Air Caraïbes

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(Crédits : DR)
La nouvelle mouture du projet de création d'une compagnie à bas coûts long-courrier par le groupe Dubreuil qui sera dévoilé jeudi à la presse irrite les syndicats d'Air Caraïbes, également détenue par le groupe Dubreuil. Ils craignent un transfert d'activité vers cette nouvelle entité. Contrairement au projet d'origine, une partie des A350 prévus initialement pour Air Caraïbes intègreront French Blue. La Tribune dévoile les grandes lignes du projet.

Le lancement d'une compagnie aérienne low-cost long-courrier ne sera pas une partie de plaisir pour le groupe Dubreuil. Les syndicats d'Air Caraïbes Atlantique, compagnie spécialisée sur le long-courrier détenue également par le groupe Dubreuil (lequel possède aussi Air Caraïbes Régional) sont hostiles au projet présenté ce mercredi par Jean-Paul Dubreuil, le président du conseil de surveillance d'Air Caraïbes, lors d'un comité d'entreprise extraordinaire.

Modification du projet

Pas tant contre le projet de créer une compagnie (baptisée French Blue) où les coûts seront inférieurs à ceux d'Air Caraïbes (laquelle est déjà le transporteur français le plus compétitif), mais contre son évolution par rapport au projet initial qui, selon eux, menace l'activité long-courrier d'Air Caraïbes et son développement.

 Le projet doit être dévoilé ce jeudi lors d'une conférence de presse.

 «Nous craignons un transfert d'activité d'Air Caraïbes à French Blue», explique à La Tribune un syndicaliste.

Cette menace réside dans l'évolution du projet de flotte de French Blue. Le projet initial, dévoilé en juin 2015, prévoyait pour cette compagnie à bas coûts une flotte d'Airbus A330. Un A330-300 neuf doit être livré en juin et devait être suivi par d'autres en provenance d'Air Caraïbes au fur et à mesure de l'entrée dans la flotte d'Air Caraïbes des 7 A350 commandés par le groupe Dubreuil. Quatre A350-900 neufs loués auprès de sociétés de leasing, doivent en effet entrer en rafale entre fin 2016 et mi-2018 (les 3 A350-1000 arriveront après 2022)

Or, aujourd'hui le groupe Dubreuil a modifié ses plans. Si les deux premiers A350-900 seront bel et bien destinés à Air Caraïbes, les 3ème et 4ème exemplaires sont désormais prévus pour French Blue, laquelle compterait en 2018 quatre avions : deux A330 et deux A350 en version densifiée (dont le premier arriverait en 2017). Soit quasiment un nombre équivalent à la flotte d'Air Caraïbes (5 avions aujourd'hui) qui en compterait six.

Les syndicats d'Air Caraïbes veulent les A350 pour Air Caraïbes

Ce changement de plan fait bondir les syndicats, qui demandent le maintien du plan de renouvellement de la flotte d'Air Caraïbes par des A350. Autrement dit que les A350 soient dédiés à Air Caraïbes.

«Mettre deux A350 dans chacune des deux compagnies, n'a pas de sens», expliquent plusieurs observateurs.

Les syndicats demandent par ailleurs, un développement équitable de French Blue et d'Air Caraïbes «à un pour un» afin que soit maintenu l'écart de taille entre les deux compagnies. C'est à dire qu'à l'ajout d'un avion dans l'entité low-cost soit ajouté également un avion dans la flotte d'Air Caraïbes.

Enfin, la dernière revendication porte sur le partage sur la desserte des DOM. Les syndicats d'Air Caraïbes veulent qu'elle soit réservée à Air Caraïbes. Cela inclut bien entendu la desserte de la Guadeloupe et de la Martinique, le cœur de métier d'Air Caraïbes, mais aussi de la Réunion que le groupe Dubreuil étudie pour French Blue.

Gros bénéfices en vue pour Air Caraïbes

D'une manière générale, les syndicats ne veulent pas que French Blue étende ses ailes sur les terres d'Air Caraïbes et enraye son développement, alors que la compagnie se situe au sommet de sa forme avec des bénéfices 2015 qui s'annoncent exceptionnels. En 2014, Air Caraïbes avait déjà dégagé un bénéfice net de 17 millions d'euros.

 Ils craignent ainsi que French Blue absorbe tout le développement du groupe (le groupe Dubreuil va regrouper toutes ses filiales aériennes dans une entité baptisé groupe aéro Dubreuil) au détriment d'Air Caraïbes.

«Les interférences générées par le lancement d'une nouvelle structure low-cost long-courrier perturbent la vision à court terme de notre compagnie Air Caraïbes. Si nous comprenons l'intérêt de ce nouveau concept (pas encore éprouvé) nous ne pourrions accepter que le développement de notre compagnie soit pénalisé, freiné, voire étouffé par le lancement de ce nouveau projet», avait déclaré l'intersyndicale dans un courrier adressé à Jean-Paul Dubreuil le 1er mars 2016.

République dominicaine...

Selon nos informations, les premiers vols de French Blue cet été sont prévus sur Pointe-à-Pitre pour le compte d'Air Caraïbes (cette dernière affrètera donc French Blue). Puis, en septembre, la compagnie se lancera sur Punta Cana en République Dominicaine.

Un flou entoure Cuba. Si certaines sources assurent que ce projet d'ouverture de ligne (sous réserve des droits de trafic) est réservé à Air Caraïbes, le document de demande de licence de French Blue envoyé à la direction générale de l'aviation civile (DGAC) indiquerait qu'il s'agit d'un projet pour cette nouvelle compagnie lorsqu'elle recevra son deuxième avion.

Comme dit précédemment, le groupe Dubreuil est également intéressé par la desserte de la Réunion. French Blue sera déployée sur cette destination en 2017. Si elle obtient des droits de trafic, elle desservira également l'Île Maurice.

 Assemblée générale des salariés

Les syndicats ont décidé de convoquer une assemblée générale des salariés d'Air Caraïbes Atlantique pour leur exposer la situation et prendre des "décisions". L'hypothèse d'un préavis de grève est évoqué par l'un d'eux.

 Selon plusieurs sources au sein du secteur du transport aérien, ce changement de cap du groupe Dubreuil aurait par ailleurs entraîné des tensions avec Marc Rochet, le président du directoire d'Air Caraïbes. Ce n'est d'ailleurs pas lui qui dirigera French Blue alors qu'il devait prendre les commandes l'an dernier de la nouvelle entité qui devait naître du rachat de Corsair avant qu'elle n'échoue. Selon nos informations, c'est Muriel Assouline, anciennement chez Aigle Azur, qui pilotera French Blue.

Interrogé, le groupe Dubreuil n'a pas souhaité faire de commentaire.

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Commentaires
a écrit le 16/03/2016 à 22:41 :
Y a quand même quelque chose qui ne tourne pas rond dans ce pays :
Mr Dubreuil crée un groupe. Il le développe.
Il crée des emplois et fait ainsi profiter ses salariés d'une partie de ses bénéfices (ils n'auraient pas accepter de partager ses dettes en cas de dépôt de bilan, non ??).
Maintenant, les salariés, syndicats en tête, veulent dicter au créateur d'entreprise, comment il doit gérer son groupe, comment il doit dépenser son argent, comment il doit investir : Bref, le patron est littéralement mis sous tutelle !!!
Mais si les syndicats voulaient gérer cette compagnie, ils n'avaient qu'à la créer ou la racheter !! Non, décidemment, ça ne tourne pas rond !!!
Réponse de le 18/03/2016 à 6:17 :
Un patron ne peut pas faire ce qu'il veut dans son entreprise qui est une entité morale avec des responsabilités légales, économiques et sociales. L'entreprise n'est pas un dictature en soi. Un patron qui n'a pas le soutien de ces salariés n'ira pas bien loin. Sans le savoir-faire des salariés, une entreprise est vouée à l'échec.

Pour créer de la valeur pour les actionnaires, le patron se doit aussi de créer de la valeur pour ses salariés. L'un ne va pas sans l'autre.

Dans le cas d'Air Caraïbes, il y a beaucoup de bruits de couloir dont on accorde beaucoup trop d'importance en France comme si les courtisans faisaient loi (c'est là le problème !)
a écrit le 16/03/2016 à 20:36 :
Malheureusement Mr dubreuil fait avec air Caraïbes, ce qu' il avait prévu de faire avec corsair:absorption,dissolution et reconstruction.
Qui dit low cost, dit salaires et conditions low cost pour les salariés.
Courage...
Réponse de le 18/03/2016 à 6:28 :
Non. Pas du tout. Air Caraïbes est une marque connue et réputés pour son service et sa fiabilité dans les Antilles. Dubreuil n'a donc aucune raison de la faire disparaitre au profit de French Blue. French Blue s'adresse à une clientèle touristique qui n'est pas nécessairement fidèle à une compagnie pour ses déplacements loisir, mais plutôt sensible aux prix à l'instar de Norwegian ou Scoot en Asie.
Quant aux conditions de travail, le secteur de l'aviation civile change tout comme la sidérurgie dans les années 80. C'est sans aucun doute douloureux pour les anciens...mais que faire quand le passager exige des prix toujours plus bas ? La guerre des prix n'a pas commencé avec les low-cost, les "majors" l'ont pratiqué sans gène à chaque fois qu'un nouveau compétiteur s'incrustait. Parfois cette stratégie fonctionnait, parfois les nouveaux comme Ryanair ou Easyjet ont réussi à s'imposer car les passagers ont plébiscité leurs prestations pas chères.

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