Le.Taxi : la nouvelle arme offerte aux taxis contre Uber et les VTC

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Cette innovation présentée comme "majeure" pour les ministères des Transports et de l'Intérieur l'est surtout pour la nullité des frais d'approche pour le client.
Cette innovation présentée comme "majeure" pour les ministères des Transports et de l'Intérieur l'est surtout pour la nullité des frais d'approche pour le client. (Crédits : Flickr/Mr Thinktank. CC License by.)
L'Etat met gracieusement à la disposition des taxis qui le souhaitent, une plateforme permettant de développer la "maraude électronique". Une initiative validée par Bruxelles, qui a tout-de-même coûté 250.000 euros aux contribuables, et devrait entraîner chaque année 500.000 euros de dépenses de fonctionnement. Le lancement officiel a eu lieu mardi à Montpellier.

Objectif : 21e siècle. Alors que le Conseil d'Etat vient de déclarer légale la maraude électronique pour les voitures de transport avec chauffeur (VTC), le gouvernement donne un coup de pouce aux taxis, afin qu'ils luttent à "armes égales" avec les VTC, suivant les recommandations du rapport Thévenoud en la matière. C'est du moins l'argument que les services de l'Etat utilisent pour justifier leur aide envers les "artisans taxis principalement", qui représenteraient "80% des 60.000 professionnels recensés en France".

L'Etat a  ainsi inauguré mardi à Montpellier sa plateforme flambant neuve baptisée "Le.Taxi". Développée par la Délégation à la Sécurité et à la Circulation Routières (DSCR) et par le Secrétariat Général pour la Modernisation de l'Action Publique (SGMAP), en lien étroit avec les professionnels du taxi, elle est, comme son nom l'indique, spécifiquement dédiée aux taxis. Avec pour but le développement de la maraude électronique.

Une plateforme accessible via une appli existante

Il ne s'agit pas d'une appli à proprement parler, mais d'une plateforme permettant aux passagers de visualiser les taxis à proximité (et vice versa) et de les e-héler (les héler de manière électronique, via leur smartphone). Une technologie développée par Uber et d'autres VTC depuis plusieurs années et que la loi Thévenoud souhaitait réserver aux seuls taxis.

Concrètement, le piéton devra télécharger sur son smartphone l'une des quatre applications partenaires: Ixxi, MonTaxi, TaxiProxi, ou encore TedyCab, développée par Transdev et dont le nom semble avoir été choisi pour limiter le risque de confusion avec les VTC type LeCab et Allocab... Le client pourra alors visualiser sur une carte standardisée les véhicules alentours. Sachant que les chauffeurs géolocalisés seront uniquement ceux dont le périmètre restreint correspond à leur zone de chalandise. Autrement, ils ne pourront être visibles sur la carte.

Zéro euro de frais d'approche !

Opération transparence : comme il s'agit d'une commande immédiate et non d'une réservation à l'avance, le chauffeur e-hélé affichera au compteur zéro euro de frais d'approche en arrivant - ces frais sont plafonnés à quatre euros depuis le 1er mars par la loi Thévenoud, alors qu'ils pouvaient jusqu'alors (largement) dépasser cette somme. S'ajouteront donc uniquement les frais de prise en charge (un peu plus de deux euros) au prix de la course.

Concrètement, le client pourra choisir son taxi en fonction de la notation sur cinq étoiles du chauffeur (obligatoire pour ceux utilisant cette plateforme), de la proximité de ce dernier, ou encore de la compagnie à laquelle il est affilié. Car les chauffeurs peuvent de leur côté accéder à ladite plateforme uniquement via d'autres appli telles que G7 ou Alpha Taxi.

Un service "complémentaire" de celui des centrales type G7

Certaines de ces applications ont d'abord fait part de leurs craintes concernant la concurrence que pouvait représenter Le.Taxi pour leurs centrales de réservation, concèdent les services de l'Etat. Et pour cause : quel intérêt le chauffeur de taxi aura-t-il à louer 250 euros par mois la base de données clients de G7 si l'Etat met gratuitement à sa disposition la géolocalisation de clients à la recherche d'un taxi, actualisée en temps réel ? Mais elles ont fini par approuver le projet, assure-t-on au gouvernement, arguant :

"C'est une activité complémentaire."

Quoi qu'il en soit, l'usager devra toutefois attendre la confirmation de la part du chauffeur avant d'être sûr que sa commande a bien été prise en compte. Pour cela, le chauffeur de taxi aura accès au numéro de téléphone portable à partir duquel la commande a été passée et le client aura lui aussi accès à celui du taxi.

Voilà qui peut surprendre, puisque cette question de la "sécurité" autour des données personnelles du client a jusqu'à présent été mise en avant par les taxis justement. Du moins les grandes centrales de réservation comme G7 font-elles valoir que le chauffeur n'a jamais accès aux coordonnées du passager et que toute mise en relation passe par la plateforme. Un argument censé faire montre de sérieux, de professionnalisme et de sécurité, comparé au prétendu laxisme d'Uber en la matière. Échaudée, la startup américaine n'utilise d'ailleurs plus que des numéros "provisoires" pour mettre en relation chauffeurs et passagers.

Le feu vert de la Commission européenne

La possibilité d'avoir accès aux numéros de téléphones de clients et taxis n'a en tout cas pas alerté Bruxelles. Le projet a été soumis à l'examen de la Commission européenne, qui l'a validé dans son intégralité, assurent les services de l'Etat. Et de justifier par la même occasion un petit retard de deux ou trois mois du lancement qui a lieu ce mardi à Montpellier à 15 heures:

"C'est pour cela que nous sortons la plateforme avec un peu de retard. Car nous avons préféré attendre de notifier ce projet concernant la directive 98 relative aux services de la société de l'information à Bruxelles."

Un détail qui peut prêter à sourire : pourquoi l'Etat n'a-t-il pas pris les mêmes précautions avec la loi Thévenoud ? Pour rappel, toute initiative concernant un service de la société d'information doit en effet être notifiée à la Commission européenne, sous peine de se voir déclarée non conforme au droit communautaire.

C'est pour cela que le Conseil d'Etat a récemment déclaré l'interdiction de maraude électronique pour les VTC de la loi Thévenoud inapplicable. Et c'est aussi pour cela que le tribunal de commerce de Lille, qui vient de condamner Uber pour "pratique commerciale trompeuse" dans le dossier UberPop, a décidé de saisir la Cour de justice de l'Union européenne (CJUE) de l'article L3124-13 du code des transports tel qu'issu de la loi du 1er octobre 2014.

N'ayant pas été notifié à la Commission européenne, l'article en question va-t-il en effet être déclaré contraire au droit communautaire ? Uber France pourrait-elle alors relancer son service éminemment polémique UberPop, suspendu depuis juillet 2015 suite à la décision du Conseil constitutionnel ?

     | Lire L'interdiction d'UberPop va raviver les tensions entre taxis et VTC

En attendant, reste à voir comment taxis et clients accueilleront ce nouveau service déjà opérationnel dans la ville de Montpellier. Le.Taxi sera ensuite accessible à Paris, Lille, Lyon, Marseille et Rennes, ainsi que petit à petit dans la plupart des grandes agglomérations. Pour l'heure, 2.000 chauffeurs sont déjà inscrits sur cette plateforme, qui en compterait 100 nouveaux de plus chaque jour. Avec à terme potentiellement 30.000 chauffeurs susceptibles d'être référencés sur Le.Taxi se réjouissent les ministères du Transport et de l'Intérieur.

Une innovation "majeure"... aux frais du contribuable

En résumé, cette innovation présentée comme "majeure" pour les ministères des Transports et de l'Intérieur l'est essentiellement pour la nullité des frais d'approche pour le client. Mais surtout, elle pose la question de l'implication de l'Etat dans un tel projet, qui a mobilisé une équipe de quatre personnes (un haut fonctionnaire, deux contractuels et un indépendant). D'autant plus que sa mise en œuvre a coûté 250.000 euros au contribuable avec en prime quelque 500.000 euros de frais de fonctionnement par an

"C'est normal que l'Etat intervienne, il s'agit de l'espace public et d'un secteur réglementé qui devait être modernisé", font valoir les ministères concernés. Avant de glisser:

"L'intervention de l'Etat a été bien utile pour faire interdire UberPop aussi."

Oui, mais voilà, UberPop n'a peut-être pas encore dit son dernier mot. Attendons le verdict de Luxembourg.

>> Aller plus loin L'Etat a-t-il fonctionnarisé la profession de taxis ?

Article publié le 22 mars à 13h et actualisé ce 23 mars à 14h.

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Commentaires
a écrit le 24/03/2016 à 19:11 :
UBER vient de passer un accord avec MERCEDES pour commander 100.000 oui cent mille limousines SANS CHAUFFEUR, les premieres Mercedes Robot sans chauffeur comme les Googles Cars, le métier de taxi ET de chauffeur Uber EST MORT sous 10 ans
a écrit le 23/03/2016 à 8:19 :
Là c'est fort ! Pourquoi les taxis ne pourraient pas se payer l'exploitation de leur plateforme type "Uber" ? 50 000 taxis en france, à raison de 100 euros de cotisation par an = 5 millions. De qui se moque ton à la fin ? Il est vrai que, en suivant l'exemple de monsieur Gataz qui a empoché 1 million de CICE sans créer 1 seul emploi, tout est permis dans ce pays !!!
Réponse de le 24/03/2016 à 12:40 :
Le CICE n'est quand même pas la création de Mr Gattaz, mais une usine à gaz créée par les Politiques.. On aurait joué plus simplement sur le taux d'imposition sur les bénéfices, cela aurait profité à tout le monde et aurait été beaucoup plus lisible pour tout le monde....
a écrit le 23/03/2016 à 6:21 :
Qui fait quoi au juste ?
a écrit le 22/03/2016 à 20:36 :
Le caractère gratuit de cette application financé par les contribuables français est tout simplement scandaleux. Les contribuable vont devoir financer plus d'un demi millions d'euro par an les taxis alors qu'un simple abonnement d'une vingtaine d'euros par taxi aurait permis de financer et rentabiliser cette application.
Le role de l'état n'est pas de favoriser tel ou tel acteur d'un marché mais de permettre une libre concurrence dans les meilleurs conditions possible.
a écrit le 22/03/2016 à 20:14 :
500.000 euros par an ?
Savez-vous que les fonctionnaires (salaire+ retraites) couitent 1 million d'euros par minute, 365 jours par an, 24h/24..?
Réponse de le 24/03/2016 à 15:33 :
Le rapport avec la choucroute ?
Réponse de le 29/06/2016 à 18:13 :
Mdr.
Ben écoutez occupez vous des prisonniers des patients des hôpitaux psy de l ordre publique et puis de l armement. Apparemment les fonctionnaires n ont pas lieux d exister.
a écrit le 22/03/2016 à 16:08 :
Ils ne pourraient pas prendre 5% de commission (20% pour Uber) histoire de rentrer dans leur frais / faire des benefices

Marre de toujours voir des innovations de l'etat qui coutent et jamais ne rapportent
Réponse de le 30/03/2016 à 14:22 :
Le Service Public ne rapporte que rarement, c'est pas son objectif. En revanche, cette plateforme doit permettre à tous de pouvoir prendre le taxi qu'il souhaite, facilement. Le travail de chauffeur de taxi est fortement réglementé, tout comme ses tarifs, à la différence de Uber.
Si nous ne soutenons pas tous le taxi, Uber ou un autre VTC prendra possession de 100% du marché et augmentera forcément fortement ses prix. Et nous n'aurons plus le choix...
Vive le Service Public. défendons-le !
a écrit le 22/03/2016 à 16:00 :
Soyons sérieux. Ca couterait moins cher à l'Etat de lâcher plus de licences de taxis et d'arrêter cette spéculation qui plombe la profession...
Réponse de le 22/03/2016 à 23:28 :
La spéculation que vous désignez a vu la valeur des licences divisées par deux.
Réagir c'est bien, se renseigner c'est pas mal non plus.
Réponse de le 23/03/2016 à 15:13 :
La valeur d'une licence délivrée par les services de l'Etat c'est zéro. Après, c'est de la spéculation et du marchandage de tapis entre taxis...
a écrit le 22/03/2016 à 14:28 :
Une nouvelle arme "offerte aux taxis" contre Uber et les VTC... Non seulement elle est "offerte" à une profession réglementée de nature privée sur des fonds publics, mais les dépenses sur notre argent public continueront à perdurer jusqu'à la St Glinglin. Y a t'il quelque part en France une autorité légale qui veille sur l'utilisation de l'argent public et sanctionne de tels abus ? Pourrais t'on caractériser légalement cela un détournement de fonds publics ? Même si l'objectif politique est clair, les plates formes de taxis ne peuvent elles pas supporter cette dépense ?
Réponse de le 22/03/2016 à 17:56 :
Le chômage et le RSA versé aux chauffeurs esclaves des capacitaires loti 70% des uber et compagnie est aussi de l'argent du contribuable .
Réponse de le 23/03/2016 à 10:53 :
Tout a fait d'accord.
Et pour aller plus loin :
- si cette machinerie est un échec (pas d'utilisateurs / clients) : qui décidera d'arrêter de payer (500 000€ /an) pour la faire fonctionner ?
- les 500 000 € estimés /an : que seront-ils demain ? qui dirigera cette structure ? un privé gestionnaire soucieux d'être efficace / rentable / protecteur des salariés et clients ? ou une instance "publique" dépensant les fonds qui lui sont alloués ?
Réponse de le 30/03/2016 à 14:28 :
Les taxis sont sous la responsabilité du ministère de l'Intérieur. Pourquoi ? Renseignez-vous, c'est de l'Histoire.
Mais c'est aussi tout ce qui rend complexe leur capacité à se structurer. Et les chauffeurs, qui sont des commerçants, ne peuvent que subir.
Je ne les plains pas sur tout mais face à une société privée qui investit à coup de milliards, franchement, c'est David contre Goliath.
Je considère pour ma part que ce service est un service d'intérêt public à un coût très modéré. franchement, mettez en perspective 500k€ avec le budget de l'Etat. Soyez réalistes.

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