Travis Kalanick va-t-il conduire Uber à sa perte ?

 |   |  1228  mots
Suite à sa discussion houleuse avec un chauffeur Uber, le Pdg de la firme, Travis Kalanick, a admis avoir besoin d'aide au niveau managérial.
Suite à sa discussion houleuse avec un chauffeur Uber, le Pdg de la firme, Travis Kalanick, a admis avoir besoin "d'aide au niveau managérial". (Crédits : REUTERS/Shu Zhang)
Uber doit-il tuer le père pour ne pas sombrer ? Question freudienne à laquelle certains observateurs ont déjà répondu sans hésitation.

Article publié le 3 mars à 13h55 et actualisé le 4 mars à 10h

Help ! Le patron d'Uber, Travis Kalanick, a besoin d'aide. Dans un post de blog, le charismatique Pdg du géant du VTC (voitures de transport avec chauffeur) se fait tout petit après le "bad buzz" déclenché par la vidéo dévoilée par Bloomberg ayant fait le tour des réseaux sociaux et dans laquelle on peut voir le quadra parler avec mépris au chauffeur qui le conduit.

"Certaines personnes n'aiment pas endosser la responsabilité de leur propre merde. Ils blâment tout dans leur vie ou quelqu'un d'autre", lance le chef d'entreprise au chauffeur, qui lui reproche d'être endetté à cause de lui:

"Les gens ne vous font plus confiance"... "À cause de vous, j'ai perdu 97 000 dollars et je suis fauché"

Des excuses semblaient donc s'imposer après ce faux pas. Dans son message posté sur le blog de la plateforme, l'entrepreneur a pour la première fois avoué qu'il avait besoin de "grandir", tout en s'excusant pour son comportement irrespectueux à l'égard du chauffeur en question, mais également de tous les autres, des passagers et également de l'équipe Uber.

"Je dois fondamentalement changer en tant que leader et grandir. C'est la première fois que je suis disposé à admettre que j'ai besoin d'aide au niveau managérial et j'ai l'intention de l'obtenir."

De nombreuses bévues

Il faut dire que les nuages ne cessent d'obscurcir le ciel au-dessus de la plateforme qui se dispute avec Didi le marché mondial du transport de personne à la demande. Un objectif qui le pousse à faire fi, quand ça l'arrange, de la réglementation locale en vigueur. Qu'il s'agisse de l'expérimentation de ses voitures autonomes en Californie ou de son service UberPop (transport entre particuliers) désormais suspendu en France par exemple. De telle sorte qu'il s'est non seulement attiré les foudres des acteurs historiques en place, les taxis, là où la plateforme tisse sa gigantesque toile. Mais surtout, cela lui a valu - et lui vaut encore d'ailleurs - de nombreuses actions en justice. Ces dépenses expliqueraient en partie les trois milliards de dollars de pertes de la multinationale en 2016.

Dernière fausse note en date, outre la vidéo, l'aveu d'Uber, vendredi, d'avoir utilisé un logiciel secret baptisé "Greyball" fonctionnant grâce aux données des utilisateurs, confirmant ainsi une information du New York Times. Objectif : éviter la police. De quoi discréditer l'entreprise au sujet de la fiabilité des chauffeurs et de la sécurité des passagers. Surtout lorsque de récents articles ont montré qu'une personne pouvait, même avec de faux documents, rouler via la plateforme, dont les possibilités de contrôle et de vérification semblent donc limitées.

A cela s'ajoutent les accusations de harcèlement sexuel d'une employée, qui a contraint l'entreprise à annoncer l'ouverture d'une enquête diligentée par l'ancien ministre de la Justice de Barack Obama - s'il vous plaît. On ne badine pas avec ce genre d'accusations. Cela n'a cependant pas empêché l'un de ses plus célèbres investisseurs Mitch et Freada Kapor, de mettre publiquement en doute l'indépendance d'une telle enquête et de pointer du doigt la déplorable culture de l'entreprise. Ce, tout juste quelques jours avant qu'un autre employé, Amit Singhal ne se fasse remercier un mois après avoir intégré l'entreprise, pour avoir dissimulé la plainte pour harcèlement sexuel qui l'avait visé chez son précédent employeur, Google.

En parlant de Google justement, cet actionnaire historique d'Uber a porté plainte, à travers sa filiale Waymo (ex Google Car) dédiée aux voitures sans chauffeur, contre le géant du VTC, pour vol de secret industriel et violation de brevet. Bref. Uber semble collectionner les impairs depuis plusieurs mois, et, à y regarder de plus près, peut-être même depuis les menaces du vice-président de la startup à l'encontre d'une journaliste, révélées par un media américain en novembre 2014.

Des chauffeurs en colère

Sachant que pendant ce temps-là, les critiques vont aussi bon train de part et d'autre de l'Atlantique de la part des partenaires chauffeurs, mécontents des trop faibles prix imposés par l'application mobile. Financièrement acculés, certains réclament la requalification de leur statut en salarié. Et quelques-uns ont obtenu - en partie - gain de cause. Or la requalification des chauffeurs en salariés conduirait sans doute Uber à sa perte, son modèle et sa rentabilité étant basés sur l'indépendance de ses "partenaires" chauffeurs. Mais il paraît peu probable que l'histoire s'achève ainsi.

Une chose est sûre en revanche. Toute cette mauvaise presse n'est pas sans conséquence, ni sans risque pour la multinationale dont la valorisation capitalistique flirte avec un montant vertigineux de près de 70 milliards d'euros, qui ne reposent en réalité sur rien de concret puisqu'Uber n'est pour l'heure pas cotée en Bourse. Et son fondateur, Travis Kalanick, qui souhaite reculer l'échéance le plus tard possible, le sait bien. Il n'a pas intérêt à ce que la bulle éclate. Lui qui a réussi à lever quelque 15 milliards de dollars en capital et en dette ne doit donc pas prendre le risque de rebuter les investisseurs.

Rectifier le tir

C'est pourquoi il était nécessaire de réagir après la récente vidéo, qui est peut-être, aux yeux de certains, la goutte d'eau qui a fait déborder le vase. Que faire alors ? Comment rectifier le tir? Travis Kalanick le peut-il seulement ? Ses excuses vont-elles suffire ? Car certes Uber n'existerait pas sans Travis Kalanick. Cependant aujourd'hui de nombreuses alternatives existent. A commencer par l'application concurrente Lyft, aux Etats-Unis, qui a d'ailleurs profité de la mauvaise passe d'Uber fin janvier. Si les utilisateurs du service sont satisfaits, pour quelle raison feraient-ils machine arrière ? Alors Uber n'a qu'à bien se tenir et soigner son image. Car le hashtag #DeleteUber n'a pas mis longtemps pour traverser l'Atlantique, faisant au passage les choux gras de la jeune pousse française Chauffeur-Privé, qui ne se prive pas de faire son beurre sur le dos d'Uber. Et cela semble porter ses fruits, à en croire le nombre croissant d'utilisateurs - souvent lassés de la dégradation du service concurrent de l'Américain d'ailleurs - des dernières semaines, alors que son jeune patron Yann Hascoet s'apprête à boucler un tour de table de 50 millions d'euros. Rien qu'aux Etats-Unis, 200.000 personnes ont supprimé leurs comptes en un week-end.

Alors peut-être est il temps, pour celui qui a dès le début clairement affiché sa volonté et son acerbe personnalité en lançant "notre adversaire est un connard qui s'appelle taxi", de passer la main. C'est en tout cas ce qu'estiment certains observateurs, selon lesquels cela serait même la seule issue possible à la crise que traverse l'entreprise dirigée par le quadragénaire. A moins que ses excuses ne débouchent sur des actions concrètes, et que cela ne marque un véritable tournant, le début d'un nouveau chapitre pour l'entreprise. L'objectif étant de regagner en crédibilité. Ce dont la société a besoin pour prospérer. Et pour éviter la chute.

Lire aussi : "Les fabricants de voitures ont-ils payé pour la disparition des chevaux?" (Kalanick à Macron)

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 05/03/2017 à 16:39 :
Eh oui, encore un tyran en sweat shirt démasqué.....
a écrit le 05/03/2017 à 1:46 :
Le modèle d'Uber ce sont des fondateurs milliardaires et des fonds d'investissement qui vont gagner une fortune, le tout sur le dos d'une population de conducteurs exploitée et asservie

Sans même parler de l'optimisation fiscale pour éviter de payer trop d'impôts.

Je recommande donc aux conducteurs de demander une participation au capital d'Uber.
a écrit le 03/03/2017 à 21:06 :
Uber est une plateforme du genre bourse, qui met en relation directe et instantanée une demande et une offre de transport personnel, à titre individuel. Ce genre de bourse existe déjà pour le transport de marchandises depuis des dizaines d'années, et les transporteurs indépendants qui l'utilisent sont les moins payés de la profession. La rémunération augmente avec la fidélisation de la clientèle et la différenciation. Les taxis profitent d'un quasi monopole et d'un numerus clausus qui ne garantit pas une qualité de service, mais une bonne rémunération. Mais les chauffeurs d'Uber n'ont pas le droit de constituer une clientèle ce qui pourrait les amener à se regrouper sous des marques différenciés par une qualité de service et un prix plus élevé. .
a écrit le 03/03/2017 à 18:58 :
Il est où le charisme de ce monsieur ?
a écrit le 03/03/2017 à 15:51 :
"son modèle et sa rentabilité étant basés sur l'indépendance de ses "partenaires" chauffeurs." L'indépendance de ses "partenaires" est à remplacer par esclaves.
Il est impossible de gagner sa vie, de s'assurer socialement et de se constituer une retraite avec un statut d'auto-entrepreneur, tout en étant dépendant du bon vouloir d'Uber en ce qui concerne la fourniture du travail (les courses).
Uber court à sa perte parce que son modèle est biaisé. Les frasques de son dirigeant en sont une conséquence.
a écrit le 03/03/2017 à 14:15 :
"qui a contraint l'entreprise à annoncer l'ouverture d'une enquête diligentée par l'ancien ministre de la Justice de Barack Obama - s'il vous plaît. On ne badine pas avec ce genre d'accusations."

Oui il faut rapidement les faire oublier. Bon sang mais il n'y a que moi que ça choque qu'une enquête soit diligentée par le principal accusé ? Hé ho !?

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :