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http://www.latribune.fr/entreprises/communication/telecom-internet/20091014trib000432890/interview-a-la-foire-du-livre-de-francfort-google-affiche-ses-ambitions.html
La Tribune.fr - 14/10/2009 | 05:28 - 1968 mots

La Tribune - Vous vous rendez à Francfort pour la Foire du livre au moment où les éditeurs européens montrent leur hostilité à votre projet de bibliothèque numérique. Qu'allez vous leur dire ?
David Drummond - L'accord sur Google Recherche de Livres est le résultat de trois années de négociation avec les éditeurs et les auteurs américains. Nous pensons que c'est un accord très positif avec de nombreux bénéfices pour le public comme la possibilité offerte d'avoir accès à des livres épuisés et qui sont sur les étagères de quelques bibliothèques inaccessibles à la plupart des gens. Cet accord crée également un nouveau marché avec la possibilité de commercialiser des livres qui ne le sont plus par les éditeurs. Toute la filière des éditeurs et des auteurs américains était derrière cet accord. Mais comme nous avons également numérisé des livres non américains, notre accord concerne les éditeurs d'autres pays, dont la France. Nous pensons que les auteurs, où qu'ils soient, veulent être lus, donc nous allons dans leur sens.
- Et en France, justement que comptez-vous faire ?
- Nous aimerions signer des accords de numérisation de livres en France, histoire de développer l'accès à des ouvrages français. Mais notre approche est différente et nous allons continuer de discuter directement avec les éditeurs. Nous espérons pouvoir nous entendre avec les sociétés de collecte de droits d'auteurs pour arriver à un programme de numérisation similaire à ce que nous avons fait aux Etats-Unis.
- Combien d'éditeurs travaillent avec vous ?
- Nous avons un programme de partenariat dans lequel plusieurs milliers d'éditeurs dans le monde nous confient déjà la numérisation de leurs livres. C'est pour l'heure surtout dans le cadre de campagnes de promotion en ligne pour promouvoir leurs livres. Ce que nous souhaitons, c'est faire évoluer ce modèle vers Google Editions, qui permettrait de commercialiser les livres numériques, avec l'accord des éditeurs bien sûr. L'objectif est que vous puissiez acheter la version numérique d'un livre où que vous soyez, sur un site partenaire, dans une librairie, etc.
- Comment se déroulent vos négociations actuelles avec les éditeurs et auteurs américains pour améliorer votre projet d'accord ?
- Nous ne changeons pas le cœur de l'accord, mais nous discutons de quelques aménagements mineurs que nous présenterons au juge le 9 novembre.
- Quels sont ces aménagements ?
- Je préfère ne pas en parler maintenant.
- Comprenez-vous les raisons pour lesquelles les éditeurs et les auteurs se sont dressés contre votre projet de numérisation à grande échelle ?
- Nous pensions que notre projet restait dans le cadre d'un usage honnête ("fair use" en droit américain), en scannant des livres, puis en les indexant comme nous indexons n'importe quelle page du Web, et en permettant aux internautes de les trouver grâce à notre moteur de recherche. Notre service ne montre que quelques extraits du livre, et permet même de dire où l'internaute peut l'acheter, sur Amazon ou chez un libraire. Nous ne vendions rien et faisions connaître des livres. Mais, nous avons compris qu'il fallait négocier avec les éditeurs et les auteurs, et cela nous a amené à ce règlement qui va finalement bien au-delà que ce que nous avions prévu de faire puisque l'internaute aura désormais la possibilité d'acheter la totalité du livre numérique. De plus, la totalité de notre base de données pourra être accessible à des institutions, des universités ou des bibliothèques dans le cadre d'accords de licence. Tout cela crée un nouveau marché. Et dans tous les cas, les auteurs ou les éditeurs qui le souhaitent peuvent retirer leurs livres de notre base de données. Notre espoir était de pouvoir répliquer ce type d'accord dans tous les pays. Mais cela va devoir se faire de façon différente.
- Où en sont vos discussions avec la Bibliothèque nationale de France ?
- Il y a eu des discussions pour les aider à numériser les collections. Nous comprenons que les lois sur les droits d'auteurs sont différentes en France et aux Etats-Unis. Nous aimerions travailler avec la BNF pour numériser les ouvrages du domaine public. Nous avons déjà une base importante de textes en français du domaine public et l'on pourrait ajouter cette contribution. Nous pensons que nous pourrions trouver un accord bénéfique pour la Bibliothèque en rendant disponible un corpus élargi de textes de culture française sur Internet. Ce qui serait très positif
- Rencontrez vous la BNF lors de ce séjour en Europe ?
- Non.
- Les discussions sont-elles closes ?
- Non. Nous discutons avec de nombreuses bibliothèques partout dans le monde. La BNF comme d'autres.
- Comprenez vous la peur qu'inspire le fait qu'une seule société privée développe et contrôle la seule bibliothèque numérique universelle?
- Je le comprends. Nous apparaissons comme l'acteur le plus engagé dans cette voie, mais nous n'avons empêché personne d'autres de le faire. Nos efforts sont complémentaires de beaucoup d'autres efforts de numérisation en cours. Toutes les bibliothèques qui sont nos partenaires aux Etats-Unis ont leur propre programme de numérisation, travaillent avec d'autres partenaires. Nous ne mettons aucune restriction à cela, et ne le ferons pas en France, ni ailleurs. Google sera loin d'avoir la seule bibliothèque numérique au monde. Nous serons une parmi d'autres. Il y déjà beaucoup d'autres acteurs.
N'oublions pas l'accord avec les éditeurs américains ne porte que sur les livres épuisés. La majorité de la valeur, l'essentiel de ce que les gens achètent et lisent sont des livres papiers encore disponibles commercialement. Cela n'est pas concerné par l'accord. Et s'il y a des inquiétudes sur un monopole dans ce domaine, il faut regarder la position d'Amazon sur ce marché, qui est très substantielle. Nous aimerions être un nouvel entrant sur ce marché, en mettant certains de ces livres à disposition sur Google, mais nous n'y sommes pas encore. Quand d'autres acteurs comme Google seront présents, cela va devenir un secteur très concurrentiel.
L'accord nous permet de continuer à scanner et indexer les livres récents comme on le faisait. Nous pensons d'ailleurs que n'avons pas besoin d'autorisation, c'est un "fair use" selon la loi américaine. Mais on ne les met pas à disposition. Et on n'a pas l'intention d'étendre l'accord aux livres non épuisés
Nous avons clarifié ce point. Les éditeurs européens craignaient que nous considérions comme épuisé un livre non disponible sur le marché américain mais encore vendu ailleurs. On regardera l'ensemble des marchés d'une œuvre pour déterminer si un livre est encore disponible à l'achat ou pas.
- L'accord prévoit que vous allez commercialiser des livres récents. C'est un grand changement dans le business model de Google ?
- A ce jour on n'a encore rien vendu. Mais c'est une opportunité pour nous et introduire plus de compétition dans ces marché est positif.
Il y a toujours eu des contenus financés par la publicité et d'autres payants et Internet ne change pas cela. Il y a plus de contenus gratuits financés par la publicité qu'il n'y en a jamais eu et ils peuvent toucher plus de gens. Mais nous n'avons jamais nié qu'il y a plusieurs modèles. Nous avons principalement participé au modèle gratuit avec publicité et on pense qu'il va continuer à croître. Mais nous voulons aussi être présents sur le modèle payant car nous avons des choses à offrir. Il y a un débat sur la migration des journaux en ligne vers le payant. Google peut jouer un rôle là aussi comme canal de distribution. Nous n'avons aucune objection philosophique au fait que les usagers s'abonnent à des contenus.
- Quelles perspectives voyez-vous pour le marché du livre électronique?
- Il semble qu'on commence à atteindre une masse critique. Les "readers" (lecteurs de livre électronique) se démocratisent. C'est difficile de prévoir la courbe de croissance mais les gens se posent maintenant la question de lire un livre sur une machine, ils lisent sur leur iPhone. Avec des appareils plus performants, du haut débit, des solutions de sauvegarde de sa bibliothèque personnelle à distance, pour un accès sur toute une gamme de terminaux, cela deviendra plus facile de lire comme ça. Mais je pense que le livre numérique ne remplacera jamais le livre papier. Je suis un grand lecteur de livre papier et je ne peux pas m'imaginer ne plus en lire sous cette forme. Mais c'est pratique et je crois que le marché va progresser dans les prochaines décennies.
- Quand allez vous lancez votre service de vente de livres numériques, Google Editions ?
- Dans l'année qui vient. L'accord avec les éditeurs en fait partie et on veut l'avoir bouclé avant de construire le reste de cette offre. On a déjà des accords pour les œuvres du domaine public avec Sony pour son Reader, avec le libraire Barnes & Nobles. Tous ceux qui veulent peuvent rejoindre ce projet.
- Les poursuites juridiques de plus en plus nombreuses contre Google ne vont-elles pas vous contraindre à ralentir votre rythme de développement ? N'êtes vous pas trop gros pour être libres ?
- On espère que non. Nos juristes peuvent aussi réagir vite...On tient compte des lois nationales et on veut les respecter. Mais on veut continuer à innover rapidement. L'innovation est la force qui a tiré notre succès. Le fait de grandir ne doit pas signifier que nous allons cesser de vouloir innover. Les choses sont plus compliquées mais nous voulons toujours affronter de grands enjeux, qu'il s'agisse de la numériser les livres, d'apporter de nouvelles façons de s'informer. Nous allons continuer.
- Pour l'instant Google Books représente des investissements de plusieurs millions de dollars, des ennuis juridiques et aucun revenu. Pourquoi Google persévère-t-il ?
- Rappelez vous la mission de Google: organiser l'information du monde et la rendre universellement accessible et utile. Et dans le monde de l'information, il y a beaucoup plus de valeur dans les livres qu'il y en a sur le web. Donc pour remplir notre mission, il est indispensable de trouver le moyen de numériser et de rendre disponibles les contenus qui existent en dehors de la Toile. Pour avoir un moteur de recherche exhaustif, où les gens peuvent découvrir des choses nouvelles, donner accès aux livres est très important pour Google, en dehors du fait que nous vendions des livres ou pas. Les livres sont importants pour Google philosophiquement et stratégiquement.
- Qu'allez vous dire aux auteurs et éditeurs à Francfort ?
- Nous voulons leur expliquer l'accord, le mettre en perspective et voir comment on peut aller plus loin. Plutôt que de passer notre temps à parler des livres européens qui ont été numérisés dans les bibliothèques américaines, on devrait parler des livres européens qui sont dans les bibliothèques européennes, afin que les Européens puissent y avoir accès. Il y a des livres orphelins (dont on n'a pas retrouvé les auteurs et les ayants droits), des livres épuisés, ici que les gens ne peuvent pas voir. On devrait chercher comment rendre cela possible. On espère qu'on pourra dépasser le débat sur l'accord en cours. C'est un enjeu limité pour l'Europe à côté de celui d'élargir l'accès aux livres. On espère stimuler ces conversations. Une partie des inquiétudes vient de ce que les gens pensent que nous voulons répliquer en Europe le même modèle qu'aux Etats-Unis. Ce n'est pas le cas. Et il faut l'expliquer.
- Dans la vente de livres, imposerez-vous un prix aux éditeurs ?
- Non, il sera déterminé par les détenteurs de droits avec une clé de partage de 63 % pour eux et 37 % pour nous. Et s'ils veulent que Google fixe le prix, on le fera au moyen d'un algorythme que l'on va développer et qui tiendra compte du type de livre, du marché...On peut parler d'une fourchette de 4 à 15 dollars. On doit apprendre. Cela dépend du livre. Les éditeurs et les auteurs savent apprécier la valeur d'un livre. Nous apporterons notre compétence informatique à la question. Quand on aura commencé à vendre des livres, on verra quels sont les usages, l'attitude des consommateurs.
Propos recueillis par Sandrine Bajos, Jean-Baptiste Jacquin et Isabelle Repiton
pigi a écrit le 14/10/2009 à 21:36 :
ça me rappelle la blague: « donnes-moi ta montre, je te donnerais l'heure? »
Naif a écrit le 14/10/2009 à 19:18 :
Supposons uns société qui scannerait gratuitement tous les ouvrages français en gardant le contenu numérique et en en donnant une copie aux ayant-droit. Supposons que la société ait le droit de montrer ce contenu contre 2/3 des recettes (pubs,..) qu'il en retirerait et aussi que cette société ait le droit d'en tirer des livres pour la vente, sous forme numérique ou papier, contre 2/3 des recettes. Y-aurait-il un problème ?
râleur a écrit le 14/10/2009 à 13:25 :
Google est une entreprise comme les autres. Si cette entreprise veut numériser les livres des auteurs européens, ce n'est pas pour la beauté du monde mais plus prosaïquement pour gagner de l'argent. ce qui me choque c'est la position de beaucoup d'internautes qui soutiennent google c'est la niaiserie des commentateurs adorateurs inconditionnels de cette entreprise. Google numériserait les livres au service de l'humanité. Cela fait penser à ces intellectuels germanopratins qui voyait en staline un phare de la pensée, puis plus tard ces fils de bourgeois qui admiraient dans les années 70 Mao le grand timonier. Naïveté quand tu nous tiens...
Monopole a écrit le 14/10/2009 à 10:59 :
Il faut une grande initiative Européenne mi-privée mi-publique pour contrer ce grand monopole en préparation qui dans dix ans dictera ses prix au monde entier.
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