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http://www.latribune.fr/entreprises/communication/telecom-internet/20091120trib000445357/creation-et-internet-l-opinion-de-marjane-satrapi-l-auteur-de-persepolis.html

La Tribune - Marjane Satrapi, vous qui êtes franco-iranienne, auteur de la bande dessinée et du film d'animation Persépolis, en tant qu'artiste, que peut vous apportez Internet ?
Marjane Satrapi - Je suis très sceptique sur Internet. On a 600 amis sur Facebook, mais lequel vous portera une soupe si vous êtes malade ? Connaître les gens, ça passe par la vue, l'odorat, le toucher. En français, on dit bien de quelqu'un qu'on n'aime pas qu' « on ne le sent pas ». On fait de nous des êtres virtuels en oubliant que l'on est aussi des animaux. Facebook a permis à des informations de circuler sur les manifestations en Iran, mais aussi au régime d'arrêter ceux qui les ont fait circuler. On dit que c'est la modernité. Je ne suis inscrite à rien, je ne suis pas connectée. Je suis « réactionnaire » et de nos jours, c'est cela être moderne. On dit qu'avec Internet, l'art devient démocratique. Oui, l'art doit être à la portée de tous, mais les artistes ne sont pas tout le monde. L'art est élitiste, parce qu'il doit rester quelque chose d'exceptionnel. Quand on fait un film, on ne demande pas l'avis de chaque membre de l'équipe ; on doit être un tyran. On vous parle d'un nouveau chanteur, désigné par le vote des internautes. C'est la médiocrité qui gagne. Et puis la création artistique demande du temps. L'immédiateté que donnent les outils modernes favorise l'impulsion. Dans l'impulsion, il n'y a pas le désir, seulement la pulsion.
- Et sur le lien entre culture et économie, thème du Forum d'Avignon, quel est votre avis ?
- Ce n'est pas avec l'idée de la rentabilité que l'on crée les meilleures choses. Un film comme La Nuit du chasseur de Charles Laughton, un des plus grands films de l'histoire du cinéma qui a inventé une nouvelle façon de filmer, n'a pas marché du tout. Il y a souvent une incompréhension entre artistes et financiers. Il faut accepter de prendre des risques. Je suis favorable au soutien public et aussi au mécénat .
Si on enlève l'art et la culture d'une société, il ne reste rien. Mais il faut voir au delà du monde occidental. Si on n'a pas de quoi manger, on ne peut pas penser. La pauvreté ne laisse pas de temps. Regardez l'Allemagne des années 20-30. Sans doute la plus grande concentration d'artistes et d'intellectuels de l'époque. Mais cela n'a pas empêché les idées nazies de se développer, car le pays était exsangue et humilié. Il faut d'abord que le minimum vital soit garanti.
Propos recueillis par Isabelle Repiton à Avignon
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