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La Tribune - 25/03/2009 Ã 01:00 - 346 mots
Trois cent mille dollars ou six mois d'emprisonnement. C'est ce que risquent les dirigeants de la pétrolière canadienne Syncrude, qui répondront aujourd'hui devant le tribunal provincial de Fort McMurray (Alberta) pour le déversement illégal de matières toxiques en vertu de la convention concernant les oiseaux migrateurs. L'affaire avait fait grand bruit en avril 2008. Quelque 500 sauvagines avaient trouvé la mort après s'être posées sur les bassins de décantation de Syncrude, ? l'un des plus grands producteurs de pétrole issu du sable bitumineux (105,8 millions de barils en 2008). Ces réservoirs à ciel ouvert recueillent l'eau consommée chaque jour (entre deux et cinq barils sont nécessaires pour produire un baril de pétrole). L'Institut Pembina estime que les pétrolières de l'Alberta détournent chaque année environ 400 millions de mètres cubes d'eau de la rivière Athabasca, dont 90 % sont conservés dans des bassins toxiques jouxtant les sites d'extraction.
Promesses non tenues
Après les gaz à effet de serre, ces lacs artificiels constituent le plus important problème environnemental lié aux sables bitumineux. Le liquide poisseux est si nocif qu'on en éloigne les oiseaux avec des tirs de canon à blanc. Véritable bombe à retardement, ces eaux saturées d'hydrocarbures renferment arsenic, mercure et autre benzène et tueraient chaque année des centaines d'oiseaux, selon Greenpeace Canada. Ce n'est toutefois pas pour empoisonnement d'oiseaux que le gouvernement canadien poursuit Syncrude, mais pour avoir « rejeté ou permis de rejeter une substance nocive pour les oiseaux migrateurs dans les eaux d'un secteur fréquenté par ceux-ci ».
Au-delà des peines encourues, cette affaire pourrait réduire à néant les efforts de la pétrolière qui, depuis des années s'efforce de convaincre les Canadiens de sa volonté de remettre les sites en l'état lorsqu'elle aura fini de puiser dans les sous-sols, notamment en y créant des habitats pour le bison des bois. Une promesse qui laisse sceptique face au niveau de pollution des eaux et au lien établi par des scientifiques entre le déversement des liquides toxiques dans la rivière Athabasca et le taux alarmant de cancers dans les communautés avoisinantes. Reste à savoir si le tribunal reconnaîtra la faute de Syncrude.
Marie Gueydan, à Montréal
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