Non, le sable n'est pas une ressource inépuisable

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Palm Jumeirah est un archipel artificiel des Émirats arabes unis baigné par le golfe Persique. Copyright Reuters
Palm Jumeirah est un archipel artificiel des Émirats arabes unis baigné par le golfe Persique. Copyright Reuters
Le sable, deuxième ressource mondiale après l'eau, est méthodiquement pillé dans le monde entier, au mépris des équilibres écologiques et dans l'indifférence la plus totale. Jusqu'au documentaire salutaire de Denis Delestrac diffusé cette semaine sur Arte (*).

Article publié le 7 septembre 2015, mise à jour mardi 23 février 2016

Des hôtels flambants neufs récemment achevés pour accueillir les hordes de touristes attirés par le soleil et les plages marocaines. Et à quelques kilomètres seulement, des bords de mer amputés de plusieurs mètres, qui reçoivent nuitamment la visite de pauvres hères accompagnés de mulets, dont ils emplissent les sacoches de sable ramassé à la pelle.

Cette juxtaposition aussi ironique qu'effrayante symbolise à elle seule le pillage silencieux et jusqu'ici peu médiatisé de la deuxième ressource mondiale après l'eau, pourtant à l'oeuvre dans le monde entier.

Le sable marin méthodiquement ramassé

 De la Californie à l'Australie en passant par l'Afrique, les Caraïbes et l'Asie, en recourant à des techniques des plus moyenâgeuses (à la main dans quelques mètres de profondeur aux Maldives) aux plus sophistiquées (à l'aide de navires sabliers qui siphonnent littéralement les fonds), dans la légalité la plus transparente ou dans les mains des mafia locales, le sable marin est méthodiquement ramassé.

Les océans à la rescousse après l'épuisement des carrières terrestres

Le sable entre dans la composition de nombreux produits dont le verre, bien sûr, mais également de nouveaux matériaux composites, les puces électroniques, les panneaux photovoltaïques, et pèse 80 % du béton englouti chaque année dans les programmes de constructions galopants des pays en développement.

Si cette utilisation peut sembler on ne peut plus légitime, la question en revanche se pose concernant les terres gagnées sur la mer à Singapour, et ne se pose plus du tout pour les îles artificielles au large de Dubaï, dont la construction a absorbé plus que la production française annuelle.

Si le sable marin est victime d'un tel pillage, c'est que les carrières terrestres ne suffisent plus à répondre à cette demande exponentielle, soit qu'elles soient épuisées, soit que leur exploitation soit devenue incompatible avec les nouvelles normes environnementales.

Des conséquences perceptibles en France même

Mais ce sable marin n'est pas adapté à tous les usages, notamment de construction, avant d'avoir été dûment lessivé et dessalé, au prix d'une consommation massive d'eau douce et parfois d'énergie. Et c'est loin d'être le seul impact environnemental de ce recours massif au sable marin. Le siphonage des fonds perturbe les éco-systèmes et érode le gagne-pain des marins-pêcheurs ; mêmes effets au niveau des côtes, où l'érosion accélérée favorise de surcroît les inondations.

Deux phénomènes observables jusqu'en France. Des élus et pêcheurs bretons se sont ainsi ligués au sein du mouvement « Le peuple des dunes » contre les pratiques d'un groupe industriel menaçant la baie de Lannion. Un peu plus au Sud, les ravages provoqués en 2010 par la tempête Xynthia ont été aggravés par pratiques similaires au large d'Aytré.

Ce n'est sans doute pas le dernier scandale

Rendons grâce à Denis Delestrac, qui a réalisé le documentaire « Le sable, enquête sur une disparition », d'avoir mis sa caméra au service de pratiques dont l'ampleur et les impacts n'ont d'égal que le silence assourdissant qui les entourait jusqu'ici.

Nous savons désormais que s'affranchir de notre dépendance à des ressources fossiles qui finiront par s'épuiser, préserver la biodiversité, gérer au mieux la ressource en eau ou arbitrer entre les différents usages des sols ne constituent pas l'alpha et l'omega d'une civilisation respectueuse de la planète. Et ce pillage du sable n'est sans doute pas le dernier scandale que nous serons amenés à découvrir...

>> EXTRAIT VIDEO Le sable, l'enquête sur une disparition

>> VIDEO Andrea Fies accueille Denis Delestrac,
réalisateur du documentaire "Le sable - Enquête sur une disparition".

VIDEO Let's talk about sand: Denis Delestrac at TEDxBarcelona

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Commentaires
a écrit le 13/09/2016 à 8:44 :
Les technocrates ( et les pilleurs des ressources de la planète) : " si on leur donnait le Sahara, dans 5 ans, il faudrait qu'ils achètent du sable ailleurs ..." Coluche .
a écrit le 12/09/2016 à 18:35 :
Partout le capitalisme, partout la misère et la mort.
a écrit le 12/09/2016 à 15:35 :
Revotez Hollande et les sans dents suceront des cailloux pour en faire du sable :-)
Réponse de le 12/09/2016 à 19:01 :
Mieux vaut voter Hollande que Marine le Pen ou Sarkozy ou les 2 M Montebourg, Mélenchon
Réponse de le 12/09/2016 à 19:10 :
@Presque sans dent: on peut porter un jugement sur Hollande et Sarko parce qu'on les a vu à l'œuvre. On n'a jamais vu les autres, on ne peut donc leur intenter un procès d'intention sans être de mauvaise foi ou endoctriné :-)
Réponse de le 12/09/2016 à 19:10 :
@Presque sans dent: on peut porter un jugement sur Hollande et Sarko parce qu'on les a vu à l'œuvre. On n'a jamais vu les autres, on ne peut donc leur intenter un procès d'intention sans être de mauvaise foi ou endoctriné :-)
a écrit le 12/09/2016 à 14:25 :
"Jusqu'au documentaire salutaire de Denis Delestrac diffusé cette semaine sur Arte"

Il y a egalement un episode tres interessant de Capital Terre sur le sable
a écrit le 12/09/2016 à 13:56 :
Il y a plusieurs méthodes intéressantes pour utiliser le sable des déserts, par exemple en utilisant des cultures de bactéries sporosarcina pasteurii (qu'utilisait Louis Pasteur) qui tranforme le sable en grès (voir entre autres travaux de Jason DeJong, Davis, Californie) Il en faut beaucoup et le grès est un peu moins solide que le béton mais le processus est rapide (moins de 2 mois) et dure beaucoup longtemps et le prix final est bien inférieur au béton. Pour le béton il y a la société Argilus en Vendée qui remplace le béton avec de l'argile aux qualités de résistance équivalentes au béton mais un bilan bien meilleur et sans exploiter le sable marin ou de carrière : https://mrmondialisation.org/de-largile-aussi-solide-que-du-beton/
a écrit le 12/09/2016 à 13:11 :
le marchand de sable socialiste , passe tout les jours pour vous endormir ...et même que c'est écolo
a écrit le 02/03/2016 à 9:34 :
Y a t-il meilleur exemple de la stupidité humaine que ce pillage de la planète ?
Si le ridicule ne tue pas, la stupidité, elle, tue ! et pas seulement l'individu concerné ! et ces crétins sont pléthore. rien que dans ceux qui ont laissé des commentaires sur cet article.
a écrit le 25/02/2016 à 5:22 :
Damien.....
Que vous ont fait les cochons ?
a écrit le 23/08/2013 à 14:34 :
ah votre article est excellent , vous pointez du doigt une matière première en pleine déroute depuis quelques années , en effet le sable se tarit aussi vite que le pétrole , enfin le sable du désert n'est pas exploitable en matière de BTP seul le sable marin ou de carrière peut faire l'affaire , enfin le pillage est generalisé car il est considéré comme banal , c'est une ressource qui n'est pas encadrée comme le cuivre ou le pétrole , enfin ce qui est déplorable c'est les conséquences que cela entraine , il n'y a qu'a voir en indonesie et en malaisie ou des iles coulent faute de sable qui a été pillé en tonnes , malheureusement on exploite le sable dans de multiples applications et on tire sur la chandelle par les deux bouts , cela va devenir un réel problème d'ici les dix ans a venir ..
a écrit le 05/06/2013 à 10:33 :
Le sable, il y en a partout par milliards de tonnes, même dans les déserts ! C'est quoi cette histoire de "pillage"?

Je sens encore un coup fourré de Goldman Sachs qui veut faire des bulles financières avec tout.

Lisez l'article de Matt Taïbi sur cette banque.
Réponse de le 05/06/2013 à 11:33 :
Tous les sables ne sont pas pareils et oubliez un instant cette banque ! Je vous invite à regarder le documentaire avant de commenter http://www.youtube.com/watch?v=-Rj2frPSs6c
Réponse de le 08/09/2015 à 8:37 :
Oh, votre commentaire m'a fait sourire.
Non, c'est n'est pas une blague. Il y a du sable et...du sable.
Le sable de désert n'a pas la même qualité met n'est peux pas être utilisé pour les constructions.
L'île de Dubaï a été construite à partir de rochers et sable prélevés .. dans les montagnes Hatta, 1h de route de Dubaï.

Il y a donc enjeu économique pour prélever certain type de sable.
Réponse de le 12/09/2016 à 14:45 :
" par milliards de tonnes, même dans les déserts..." mais impropre à la construction, hélas !!! A moins qu'un nouveau procédé ait vu le jour depuis mes infos....
a écrit le 04/06/2013 à 19:43 :
L'Homme creuse sa propre tombe. Pour le salut de la Terre, laissons le faire.
Réponse de le 12/09/2016 à 14:46 :
belle adage, Thargor....
a écrit le 04/06/2013 à 17:20 :
MESSAGE à la rédaction de LA TRIBUNE: 1000 merci. Pourriez-vous SVP mettre cet article à la UNE pendant une semaine ou plus. Ce serait une petite contribution de votre part pour tenter de sauver notre planète.
a écrit le 04/06/2013 à 16:28 :
la mise en place de Quotas d'extraction mis aux enchères.

Les quotas mis en place pour régénérer les stocks de coquilles Saint Jacques ont démontré l'efficacité d'une telle mesure.

A condition d'avoir une " Police " chargée de controler le respect des quotas.
a écrit le 04/06/2013 à 13:49 :
Lhomme est le premier prédateur sur Terre...Quelle tristesse, des perles données à un cochon !"
Réponse de le 04/06/2013 à 14:27 :
Bien vrai et le pire c'est que nous savont tous ce qui se passe, mais bon fermons les yeux jusqu?à ce qu'il n'y est plus rien ... La nous essayerons de bouger mais HEUREUSEMENT il sera trop tard :) j'espère qu'on le payera cher.
a écrit le 04/06/2013 à 12:37 :
Les technocrates, si on leur donnait le Sahara, dans cinq ans il faudrait qu'ils achètent du sable ailleurs.Coluche visionnaire le gars
a écrit le 04/06/2013 à 11:50 :
Aussi triste que cela puisse être, tant qu'une ressource naturelle n'aura pas de coût (cher de préférence) le pillage continuera. Faire de l'argent avec une ressource "gratuite" est la mecque des financiers et évite de trouver des solutions de remplacement. Et en espérant que des économistes ne fassent pas les mêmes mauvais calculs que le coût de la tonne de CO2...
Réponse de le 04/06/2013 à 13:38 :
Je trouve excellent ce reportage en vidéo d'arte du 28 mai - cela permet de prendre conscience qu'il ne faut pas detruire la nature, la planete pour le profit car il faut penser a l'avenir de nos descendants - VRAIMENT MERCI à "LA TRIBUNE" d'avoir mis cette vidéo sur votre site - Portègeons LE SABLE oui -
a écrit le 04/06/2013 à 11:42 :
Il faudrait rendre le sable des déserts compatibles avec la construction. mais ça supposerait un coût de retraitement (concassage pour le rendre rugueux). Or pour le moment le sable des rivières ou de mer est quasiment gratuit et près à l'emploi tel quel, donc imbattable niveau coût.
Réponse de le 04/06/2013 à 13:06 :
Le sable du désert, trop rond et trop fin, ne s?agrège pas et n?est donc pas utilisable pour la construction. Le concassage ne servirait à rien.
Réponse de le 04/06/2013 à 16:59 :
+2 @aka et @Bubu Votre dialogue me donne une idée. Utilisons cet inconvénient du sable des déserts comme un avantage. Nous pourrions déverser du sable des déserts aux endroits où des contrebandiers du sable marin agissent ! Cela réduirait l'impact du glissement du sable marin sur les plages et le littoral, comme vu dans le reportage. De plus, les contrebandiers qui reviendraient à cet endroit ne trouveraient plus preneur de ce mélange de sables et les éventuels receleurs seraient rapidement identifiés.
a écrit le 04/06/2013 à 10:50 :
Il faut urgemment développer la filière bois pour la construction.
Réponse de le 04/06/2013 à 13:36 :
Fais construire une habitation en bois, et garde là 30 ans. On verra si tu aimes bien souvent peindre et changer des "rondelles" ou des "lattes. Pour ma part, je préfère plastique et brique et agglo, j'ai assez donné avec le bois en extérieur.
a écrit le 01/06/2013 à 13:13 :
Excellent reportage en effet. Mais pas très réjouissant pour l'avenir, car les solutions alternatives semblent ne pas exister, ou qu'à la marge (verre pilé pour remplacer le sable, évoqué dans le reportage... Mais autant de verre recyclé en moins pour de nouvelles bouteilles... Donc besoin de sable accru... Ou alors bouteilles en plastique, donc pétrole...). On peut tourner le problème comme on veut, l'être humain laisse une (grosse) trace sur la planète, au détriment des autres espèces animales ou végétales. Nous ne pourrons faire mieux que de minimiser notre empreinte, et ses dégâts collatéraux.
Réponse de le 01/06/2013 à 16:33 :
bonne analyse,mais allons jusqu'au bout:il faut absolument réduire le nombre d'êtres humains sur la Terre
Les rats mangent le fromage de l'intérieur ,il n'y en aura pas pour tout le monde
Réponse de le 01/06/2013 à 20:24 :
@Clovis: Je n'irai pas jusque là, le développement fera qu'inévitablement la natalité baissera partout, pour arriver au niveau de celle des pays développés. Il y a de la place pour tout le monde, mais il faut accepter un niveau de dégâts pour la planète. Ce niveau doit être limité autant que possible, les solutions existent et sont connues: commençons par manger moins de viande, moins gaspiller, mieux isoler nos habitations, etc, etc...
Réponse de le 04/06/2013 à 11:13 :
Oui excellent documentaire. Comme souvent le fait que le coût de la ressource naturelle se résume à son coût d'extraction et de transformation, ce qui rend les alternatives durables moins compétitives. La valeur géologique n'est pas payée par les exploitants et la raréfaction accroît les prix de revente, accroît les bénéfices des compagnies minières, accroît les taxes perçues par les Etats et intensifie l'exploitation. Avant la révolution industrielle, l'exploitation était limitée par la productivité des ressources humaines. Aujourd'hui, les technologies permettent une exploitation presque illimitée des ressources naturelles jusqu'à ce que une autre ressource vienne se substituer à la précédente. Le problème du sable est beaucoup plus critique que le pétrole ou le gaz, car il est indispensable à l'équilibre géologique, maritime et au cycle du vivant.
Réponse de le 04/06/2013 à 13:42 :
Tout-à-fait il faudrait que BRUXELLES prenne se probleme en considération car il est vital effectivement il ne faut donc pas le laisser de coté pour le profit - Il est indispensemble a la vie tout comme l'eau -
Réponse de le 05/06/2013 à 14:41 :
@RUBIS +1 J'aime bien votre analogie avec l'eau. Dans son rapport avec l'homme, le sable marin est à l'eau douce, ce que le sable des déserts est à l'eau de mer.

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