La Tribune

Diya One, un robot qui se creuse les neurones

(Crédits : DR)
Isabelle Boucq  |   -  1181  mots
Pour le prototype avancé de ce robot spécialisé, pour l'instant, dans la purification de l'air, le salon Innorobo fera office de baptême. Son concepteur, Ramesh Caussy, revient sur la naissance de ce robot « neuro-inspiré » et 100% français.

En ce moment, Ramesh Caussy suit l'actualité avec une attention toute particulière. Non seulement les robots sont à la mode, mais une récente annonce l'a particulièrement intéressé : la création du fonds d'investissement Robolution Capital, dévoilée par Arnaud Montebourg, le ministre du Redressement productif, et Bruno Bonnell, le patron de Robopolis (robotique personnelle), fonds doté de 80 millions.

« C'est un bon moment pour que la France saisisse l'opportunité de la robotique, quand on voit le potentiel du marché et la recherche qui reste à faire. Même si 80 millions d'euros ne sont pas assez, il y aura peut-être un effet de levier pour quelques entreprises », estime Ramesh Caussy, convaincu que l'on est à un moment charnière.

« Après les robots industriels fixes et peu intelligents, on voit arriver des robots mobiles, autonomes et dotés de capacités cognitives. »

Lui n'a pas attendu Robolution Capital pour se lancer. De ses vingt ans passés dans trois grands groupes, un français et deux américains (Alcatel, 3Com et Intel), il a retenu quelques leçons.

« Les Français passent beaucoup de temps en réunions à ne pas prendre de décisions, tandis que les Américains prennent position en amont grâce à leur culture de l'exploration et du risque. C'est déterminant dans des marchés émergents, avance-t-il.

La France est une terre de savoirs, de culture et de diversité. Mais les écoles ne forment pas les jeunes à créer et à innover, à prendre des risques, à écouter leur émotion dans la prise de décision. »

Un robot multitâche et capable d'apprendre

En 2007, il travaille chez Intel, mais trouve son « espace de créativité » trop restreint.

« Je voulais me positionner sur le marché de la robotique tout en trouvant une innovation pour que la planète aille mieux », résume-t-il. Il lance alors Partnering 3.0 - « "Partnering", parce qu'on n'innove pas tout seul et "3.0" pour la technologie » - avec l'obsession d'autofinancer sa recherche.

« Avec mon partenaire Abdelfettah Ighouess, nous avons d'abord lancé une activité d'impression numérique qui nous permet d'être profitable, un modèle que Bpifrance a trouvé innovant. En parallèle, j'ai fait une étude sur les usages de la robotique et les technologies qui nous a orientés vers les robots neuro-inspirés, car je pense que c'est trop tôt pour les robots humanoïdes et que l'intelligence artificielle représente l'avenir », explique cet entrepreneur d'origine à la fois indienne, française et mauricienne.

Neuro-inspiré, Diya One, son robot ? À partir de la fin de 2009, Partenering 3.0 a en effet travaillé avec le laboratoire du CNRS ETIS et ses experts en neurocybernétique. Pendant que l'équipe interne de la société (dix personnes dont sept à la R&D) concevait le robot, le laboratoire public se chargeait de lui donner une intelligence inspirée du comportement animal, comme celui des papillons ou des fourmis qui sont performants sans demander de gros processeurs, ou certaines fonctions du cerveau hébergées dans l'hippocampe ou le cortex préfrontal.

« Aujourd'hui, on cartographie une pièce et le robot se déplace grâce à des capteurs. Diya One est différent : il se crée ses propres repères grâce à des points saillants et construit son environnement. Il a des capacités d'apprentissage. Mais attention, on ne reproduit pas toutes les fonctions de l'homme. Le robot doit rester en position basse pour rendre des services que l'homme ne peut pas faire », précise Ramesh Caussy.

Les premières missions de Diya One seront de détecter les pollutions de l'air dans des espaces confinés comme des bureaux ou des écoles. Mais aussi de contrôler les dépenses d'énergie en se connectant à des prises intelligentes brevetées par Partnering 3.0. La société développera une plate-forme évolutive qui permettra, à terme, à Diya One de rendre d'autres services, dans la téléprésence ou l'e-santé. D'après son créateur, Diya One est unique en son genre.

« Il n'existe rien de pareil en France. On trouve un exemple en Corée, un autre au Japon et un autre aux États-Unis. Mais ils sont spécialisés sur une tâche. » Et c'est un produit 100% français car « la conception et l'actionnariat sont français ».

Pour l'instant, Diya One existe sous forme de prototype avancé que l'entrepreneur espère commercialiser en 2015 après avoir trouvé un partenaire pour l'aider à financer l'industrialisation. À noter que Partnering 3.0 s'est également adossé au Centre scientifique et technique du bâtiment (CSTB), qui covalide ses solutions. Ramesh Caussy évoque un business model différent et des innovations dans le produit pour faciliter son acceptation dans l'environnement où il s'intégrera : « Il faut lui donner sa place comme à un animal de compagnie. »

Jusqu'ici, Ramesh Caussy s'est appuyé sur des subventions et des prêts à taux zéro, sur l'aide de Bpifrance et celle du Centre francilien de l'innovation (CFI), mais il a aussi tiré parti du statut de Jeune entreprise innovante agréé au Crédit impôt recherche. Il juge qu'il s'agit là de bons dispositifs, même s'il regrette des conditions d'application trop strictes.

« Il faut faire plus confiance aux entrepreneurs. J'aimerais aussi plus de flexibilité sur les conditions de travail. Dans les start-up, on vient avec son énergie, pas avec un sablier dans la poche pour faire ses 35 heures ! »

Ramesh Caussy n'est cependant pas du genre à se concentrer sur un seul projet, aussi ambitieux soit-il. Ne dormant que quatre ou cinq heures par nuit, il a du temps pour s'impliquer dans la recherche en tant que chercheur associé en économie et en gestion à l'École Polytechnique.

« Penser en termes de flux d'innovation »

Selon les années, d'ailleurs, il donne des cours à HEC, à l'ESCP Europe, et à Polytechnique où il a fait une thèse en économie de l'innovation et management technologique. Il y retourne pour transmettre à une génération nouvelle le virus de l'innovation et de l'entrepreneuriat dans l'économique numérique.

« Je crois au triptyque industrie, enseignement et recherche, affirme-t-il. Il est important de rafraîchir ses connaissances et de les repositionner dans le monde réel. Il faut que les chercheurs soient près du terrain car tout va très vite. »

Il a aussi fondé l'Institut de l'économie numérique à Cergy (Val d'Oise) où est basée son entreprise, afin de former des étudiants à l'entrepreneuriat en parallèle de leurs écoles d'origine. Enfin, Ramesh Caussy est devenu président mondial du comité sciences et technologies de la Global Organization of People of Indian Origin, qui regroupe plus de 30 millions de personnes de la diaspora indienne, avec une forte représentation dans des centres névralgiques comme la Silicon Valley.

« On est en pleine mutation liée à l'innovation. Des jobs vont partir et d'autres vont émerger grâce à la robotique de service. Il faut penser en termes de flux d'innovation. Diya 2 est déjà dans les tuyaux », dévoile l'entrepreneur-chercheur qui s'apprête, pour l'heure, à présenter son robot neuro-inspiré lors de la grand-messe de la robotique : le très attendu salon Innorobo, qui se tient du 18 au 20 mars, à Lyon.

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