La Tribune

Coup de pouce de Pékin à ses voitures vertes

Par Émilie Torgemen, à Pékin  |   -  617  mots
Plusieurs constructeurs proposent des modèles, mais à des prix encore trop élevés. L'État a mis en oeuvre des aides à l'achat, pour faire décoller le marché.

Depuis le 1er juin, les Shanghaiens écolos qui s'offrent une voiture hybride peuvent compter sur un rabais de 50.000 yuans (5.696 euros) accordé par Pékin, et même de 60.000 yuans (6.833 euros) s'ils optent pour un véhicule 100 % électrique. L'offre est en phase de test dans vingt villes du pays, le gouvernement espère que ces véhicules propres compteront pour 10 % à 15 % des ventes d'automobiles d'ici à 2020. Le geste était très attendu par les constructeurs locaux de voitures vertes qui peinent à trouver des acheteurs.

La voiture verte chinoise sera assurément électrique. Les médias occidentaux ont beaucoup parlé de la stratégie de BYD, un spécialiste des batteries de portables qui investit dans l'auto électrique, depuis que le financier Warren Buffett a pris une participation de 9,9 % dans l'entreprise. La compagnie de Shenzhen commercialise une voiture hybride, la F3DM, à 150.000 yuans (17.084 euros), soit environ 30 % de moins que la Prius de Toyota. Elle propose aussi un véhicule tout électrique, la E6, pour 170.000 yuans. « Pour l'instant, la E6 est réservée aux flottes d'entreprise, de taxis, du gouvernement. Comme un essai technique et aussi parce que ces clients peuvent installer leurs propres stations de recharge », explique Lin Mi, directeur du marketing de la marque de Shenzhen.

2% des ventes d'ici à 2016

Mais BYD n'est pas le seul. D'autres industriels se positionnent sur ce marché naissant. Chery, un autre acteur privé, produit également un modèle hybride et un électrique. Des géants semi-publics de l'automobile chinoise se lancent dans la course. La co-entreprise entre General Motors et Saic a ainsi introduit la Buick LaCrosse Eco-hybrid en juillet dernier.

Reste toutefois à faire baisser les prix pour conquérir le marché intérieur. En effet, selon une étude du cabinet de conseil en stratégie Bain & Cie, les consommateurs potentiels chinois de voitures vertes sont pour 5 % seulement des « premium 2.0 », c'est-à-dire des clients riches et avides de technologies, alors que ce type de population représente plus de la moitié de la cible aux États-Unis et en Europe. En revanche, 60 % des clients potentiels de ces véhicules sont des « cost shopper », dotés d'un pouvoir d'achat limité et avant tout sensibles aux tarifs. « Le prix susceptible de séduire le plus de ces acheteurs pragmatiques chinois se situe à 100.000 yuans (11.365 euros) », précise Raymond Tsang, associé du BCG à Shanghai. Son hypothèse sera bientôt mise à l'épreuve. À Shenzhen grâce aux nouvelles aides cumulées du gouvernement et de la municipalité, la FDM3 proposée par BYD coûte 89.000 yuans (10.200 euros), soit presque la moitié de son prix d'origine.

L'année dernière, moins de 4.000 voitures hybrides ont été vendues en Chine, une paille comparée aux 13,64 millions de véhicules vendus en 2009 sur ce marché devenu le premier mondial. Le cabinet de marketing J.D. Power estime les ventes de voitures électriques et hybrides en Chine à 2 % seulement des ventes automobiles d'ici à 2016, un ratio qui se situe en dessous de la moyenne mondiale (estimée à 3,4 % par le cabinet). Qu'importe, « les volumes sont tels que la Chine peut atteindre la masse critique et ainsi baisser ses coûts ; Pékin espère trouver dans l'électrique un avantage compétitif et, à terme, exporter ces produits », assure Benjamin Asher, analyste chez J.D. Power et spécialiste des marchés asiatiques.

Dans cette industrie naissante, bien plus qu'une éventuelle baisse des émissions de gaz à effet de serre, le véritable enjeu semble bel et bien la bataille pour la première place. Près de 80 % de l'électricité chinoise est produite à partir du charbon. Aussi, à moins d'un changement radical du mix énergétique, les voitures électriques qui rouleront sur les routes du pays ne pourront pas prétendre au titre de véhicules propres.

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