La Tribune

La concertation sur le photovoltaïque tourne au dialogue de sourds

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Rémy Janin  |   -  379  mots
Après trois séances de discussion entre les professionnels de la filière solaire et les pouvoirs publics, aucun consensus n'a pu se dégager. Les pourparlers doivent s'achever le 11 février.

Rien ne va plus ! Les discussions entre les professionnels de la filière photovoltaïque et le gouvernement se sont poursuivies avec une nouvelle réunion de concertation qui s'est tenue lundi 24 janvier. Cette nouvelle rencontre n'a fait que cristalliser les positions antagonistes des parties. « Il ne s'est pas passé grand-chose », se désespère Hadrien Clément, le président de l'Association des producteurs d'électricité indépendants (Apesi). Selon plusieurs participants, les représentants du gouvernement ont martelé le même credo que lors de l'avant-dernière réunion, à savoir « une feuille de route de 500 MW annuels », afin, expliquent-ils, de ne pas dépasser ce qu'Enerplan, une association professionnelle de l'énergie solaire, appelle « le plafond de verre des 5.400 MW », objectif initial du Grenelle de l'environnement en 2007.

Contraints à produire 500 MW

Impossible avec un tel quota d'installer une filière photovoltaïque nationale économiquement viable, estiment, dans une unanimité enfin réalisée après presque deux mois de crise, les professionnels. La filière avance que, aujourd'hui, elle est capable de produire, à elle seule, au moins 800 MW de panneaux hexagonaux. Dans ce contexte, contraindre la production à 500 MW, « c'est tout bonnement vouloir la mort d'un certain nombre d'entreprises avec les suppressions d'emplois qui vont avec, et tout ceci sans concertation aucune ». Le député PS des Alpes-de-Haute-Provence, Jean-Louis Bianco, ne dit pas autre chose dans une lettre au gouvernement parue lundi.

Paraphrasant le célèbre « J'accuse », de l'écrivain Émile Zola, cette lettre dénonce ironiquement « la prétendue concertation à côté de laquelle la méthode suivie pour les retraites ferait presque figure d'exemple ».

Une ultime séance est prévue pour le 11 février, à partir de laquelle les équipes des ministères concernés (Écologie, Industrie et Économie) rédigeront ensuite leur rapport final. Ce document, censé faire la synthèse de la concertation, devra également émettre des propositions pour les nouvelles règles qui encadreront à compter du mois de mars la filière. D'ores et déjà, nombre de professionnels cultivent le pessimisme et anticipent que les mesures ne tiendront pas ou très peu compte de leurs desiderata, tant les pouvoirs publics sont arc-boutés à la maîtrise des finances publiques comme à celles d'EDF. Et certains déjà de menacer : « Ça se payera en 2012 ! »

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Commentaires

sarl agrimeer  a écrit le 28/01/2011 à 16:26 :

Il faut supprimer la prime à l'intégration en toiture des modules photovoltaïques,
une stupidité à la Française, il faut faire comme l'Allemagne, à savoir monter nos panneaux en surimposition ce qui implique un investissement moindre et ce qui évite les fuites. Il est nécessaire de trouver un tarif médian, p. ex. 37 centimes, ce qui donnerait un nouveau souffle au photovoltaïque.

Olivier  a écrit le 27/01/2011 à 17:25 :

Un quota à 500 MW pourrait être possible, pour autant que l'Etat :
1 - Décide d'en affecter 80% au PME (celles dont le capital est détenue à 75% par des personnes physiques et ne faisant pas Appel Public à l'Epargne)
2 - Décide de limiter le quota à 10MW/an par PME

Ce serait un signe fort de l'Etat de démontrer sa volonté de soutenir une filière indépendante du lobby industriel, pour ne jamais douter de l'INDEPENDANCE de nos ministres.

C'est cela qu'il faut négocier pour notre filière.

rk  a écrit le 27/01/2011 à 13:14 :

Attention, ne pas confondre la production en usine de panneaux PV et leur installation / mise en ?uvre. Les quotas proposés par le gouvernement français tendent à limiter la puissance installée et raccordée au réseau (dans le cadre d'une obligation d'achat) à 500 MWc. Cette limitation n'empêche en rien les industriels du PV de produire plus de panneaux solaires PV (800 MW ou plus) et de les vendre à l?étranger où la politique publique encourage les installations plus vivement qu?en France (Allemagne ?).
Le danger en France avec cette limitation à 500 MWc pèse sur les installateurs et les bureaux d?étude (souvent des PME) et beaucoup moins sur les industriels du PV (TENESOL, Photwatt, ?), pour lesquels le marché Français ne représentant d?ailleurs qu?une faible part du marché mondial.