La Tribune

L'ambitieux Innoveox transforme les déchets liquides en eau

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Alexandre Simonnet / GreenUnivers  |   -  811  mots
Plutôt discrète depuis sa création en 2008, Innoveox dévoile au grand jour sa technologie de rupture avec une première unité industrielle, située à Arthez-de-Béarn, près de Pau (Pyrénées-Atlantiques). La start-up, dont les travaux de recherche ont démarré il y a une quinzaine d'années, côtoie aujourd'hui des industriels du CAC 40, avec qui elle a déjà engagé ses premières discussions commerciales. Elle présente un business plan ambitieux et rêve déjà de leadership européen. Sa recherche de financement pourrait même déboucher sur une introduction en Bourse à moyen terme.

Derrière son dynamisme se cache sa solution de traitement des déchets liquides et autres effluents industriels, grâce à une technologie d'oxydation hydrothermale supercritique. Ce terme un peu barbare cache un réacteur industriel qui transforme les déchets en eau ! Une approche plus écologique et plus compétitive que les solutions classiques de traitement, comme l'incinération. Financé en compte propre, son site industriel près de Pau représente un investissement de 2,8 millions d'euros.

2,6 millions de fonds privés levés
Basée à Paris, avec un laboratoire R&D situé dans la banlieue de Bordeaux (Gironde), Innoveox a déjà collecté 2,6 millions d'euros de fonds privés depuis sa création, entièrement auprès d'investisseurs individuels. Jean-Christophe Lépine, son président, est l'actionnaire majoritaire. La start-up a également drainé 1,7 million de fonds publics, des subventions et prêts (Région Aquitaine, Ademe, Oséo...). Son innovation a été développée sur une quinzaine d'année par le CNRS, qui détient les brevets, et le laboratoire ICMCB (Institut de chimie de la matière condensée de Bordeaux). François Cansell, directeur de recherche CNRS au sein de l'ICMCB est l'inventeur du procédé.
La plateforme de démonstration présentée aujourd'hui par Innoveox près de Pau est un véritable laboratoire industriel tourné vers les prospects. L'unité dispose d'une petite capacité de traitement de 100 litres par heure qui servira à tester les effluents de potentiels clients. Constitué d'un réacteur associé à diverses options industrielles, le site permettra aussi de travailler sur la conception des futures unités commerciales de la société.

Oxydation hydrothermale supercritique ?
Comment fonctionne la technologie d'oxydation hydrothermale supercritique ? "Comme dans une cocotte minute ! Vous mettez les liquides sous une pression à 221 bars, avec une chaleur supérieure à 374 degrés. A cette température et sous ses conditions de pression, les liquides ne sont plus tout à fait liquides, et pas encore des gaz. À ce moment, nous injectons de l'oxygène, qui va venir oxyder directement toute la matière organique et la détruire. A la sortie ne reste que de l'eau, et les métaux et minéraux sont récupérés très facilement", explique Jean-Christophe Lépine.
Tous les déchets liquides, effluents et boues industrielles peuvent être traités, même les plus dangereux (pesticides, pyralène, huiles et solvants usagés, déchets pétroliers ou corrosifs, réfractaires, voire explosifs). La combustion de la matière organique est "froide" et ne produit que de l'eau et de l'énergie. Le bilan carbone est présenté comme neutre. En début de processus, un préchauffage est nécessaire, mais ensuite, le système de chaleur fonctionne en boucle fermée grâce à un échangeur thermique.

Un gros besoin de financement
En matière de concurrence, plusieurs sociétés américaines travaillent sur l'oxydation hydrothermale supercritique (Supercritical water oxidation / SCWO). C'est le cas de General Atomics, un acteur en pointe sur les solutions de destructions d'armes (armes chimiques, gaz de combat, etc). Des technologies existent également au Japon (Organo, Kurita Water Industries / Komatsu). En Europe, le suédois Chematur Engineering a été l'un des pionniers dès les années 1990. Sa technologie est tombée dans les mains du groupe coréen SCFI en 2007.
Innoveox vise le déploiement de 130 unités industrielles en Europe dans les 5 prochaines années, avec l'objectif de réaliser un chiffre d'affaires de 150 millions d'euros à cette échéance Pour accélérer, elle souhaite lever 10 à 15 millions d'euros au second semestre 2011. "Nous envisageons de boucler une levée de fonds entre septembre et novembre", indique Jean-Christophe Lépine. Une introduction en Bourse sur Alternext est même évoquée par la suite pour réunir les fonds nécessaires.

Des contrats en cours de signature avec de grands groupes
Innoveox ne louera pas, ni ne vendra ses unités. Transportables, celles-ci seront installées sur le site des industriels et elle facturera un service correspondant au volume de déchets traités. Suivant les caractéristiques des déchets, le prix peut aller de 100 à 1.500 euros la tonne traitée.
La start-up développe actuellement des partenariats technologiques avec plusieurs grands comptes, comme Airbus, Safran et Astrium (revalorisation des fibres de carbones), ou encore le chimiste Arkema (dans le photovoltaïque). Alors qu'elle a passé tous les tests techniques pour sa technologie et réalisé plusieurs essais, Innoveox est entrée en phase pré-contractuelle auprès de 5 sociétés du CAC 40. Les groupes de la pétrochimie, de l'énergie et de la pharmacie seraient les plus intéressés.
"Nous allons livrer deux réacteurs pour deux grands groupes français fin 2011", précise Jean-Christophe Lépine. Des équipements permettant de traiter 1,3 tonne par heure et qui devraient rapporter 6 à 8 millions d'euros dans un premier temps à l'entreprise.

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Commentaires

stéphane  a écrit le 05/07/2011 à 7:01 :

Bonjour,

Cette technique est déjà utilisée dans le domaine du traitement des boues de station d'épuration.

En ce qui concerne la production exclusive d'eau et de chaleur, je pense que l'article oubli la production à minima de CO2, sinon, ce cher Lavoisier doit s'en retourner dans sa tombe en cherchant le carbone disparu. Il y a certainement un traitement des gaz important à mettre en place.

Bilan carbone neutre ? Hummmm.... La production de l'oxygène introduit dans le système est elle bien prise en compte ? Pas sur, l'auteur aura certainement voulu signaler que le système ne nécessite pas de combustible fossile pour son fonctionnement, mais on est là bien loin d'un véritable bilan carbone.

Cordialement

stéphane  a écrit le 05/07/2011 à 7:01 :

Bonjour,

Cette technique est déjà utilisée dans le domaine du traitement des boues de station d'épuration.

En ce qui concerne la production exclusive d'eau et de chaleur, je pense que l'article oubli la production à minima de CO2, sinon, ce cher Lavoisier doit s'en retourner dans sa tombe en cherchant le carbone disparu. Il y a certainement un traitement des gaz important à mettre en place.

Bilan carbone neutre ? Hummmm.... La production de l'oxygène introduit dans le système est elle bien prise en compte ? Pas sur, l'auteur aura certainement voulu signaler que le système ne nécessite pas de combustible fossile pour son fonctionnement, mais on est là bien loin d'un véritable bilan carbone.

Cordialement