L'Islande déroule le tapis rouge aux "data centers"

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L'Islande apparaît comme la localisation idéale pour ce type d'équipements - Photo Reuters.
L'Islande apparaît comme la localisation idéale pour ce type d'équipements - Photo Reuters.
Après seulement quatre mois de construction, l'installation livrée par le fabricant de data centers modulaires Colt à l'opérateur Verne Global est opérationnelle.

Après les fonderies d'aluminium, l'Islande s'apprête à exploiter une autre piste pour valoriser sa principale richesse : une énergie 100 % renouvelable et bon marché, qui a attiré des géants du secteur comme Alcoa ou Rio Tinto. Si la fabrication d'aluminium est l'une des industries les plus consommatrices d'énergie, les data centers (centres d'hébergement de données et serveurs informatiques) sont également des gouffres. Outre l'énergie nécessaire à l'alimentation des serveurs, ils en consomment énormément pour refroidir les bâtiments et les machines. Et avec l'explosion des usages Internet et le développement du cloud computing (services de stockage et de calcul en ligne), le problème prend des proportions d'autant plus préoccupante que cette consommation d'énergie se traduit par des factures de plus en plus salées.

L'Islande apparaît comme la localisation idéale pour ce type d'équipements. L'énergie, exclusivement d'origine hydroélectrique ou géothermique, y est durablement bon marché, car déconnectée des cours du pétrole. En outre, le climat frais et tempéré permet de refroidir les bâtiments uniquement en y faisant circuler l'air extérieur, sans recourir à l'air conditionné ni utiliser aucune ressource en eau, l'un des principaux impacts sur l'environnement des data centers traditionnels. Cerise sur le gâteau, la sécurité de l'approvisionnement en énergie y est d'autant plus assurée que le réseau est dimensionné pour les fonderies d'aluminium, qui ne peuvent supporter aucune interruption de leur alimentation.

Un nouveau chapitre de l'histoire islandaise

Malgré ces atouts, le pays ne comptait jusqu'à présent qu'un seul data center. Mais l'entrée en service de celui ouvert ces jours-ci par le développeur et opérateur de data centers britannique Verne Global pourrait changer la donne. Son fondateur Jeff Monroe, à la recherche de solutions à cet insatiable appétit des data centers pour l'énergie, avait identifié l'Islande dès 2007. Il n'existait à l'époque qu'une connexion en fibre optique entre l'île et l'Europe. Mais devant la promesse de cette nouvelle activité, le gouvernement a déroulé le tapis rouge. Outre l'alignement de la fiscalité sur le reste de l'Europe, notamment le régime de TVA applicable aux services, une deuxième ligne a été mise en place. Pour le ministre des affaires étrangères Ossur Skarpheoinsson, avec l'installation de Verne, c'est un « nouveau chapitre de l'histoire du pays qui s'ouvre. »

Autre première, ce data center a été construit en un temps record de quatre mois. Fabriqué dans le Nord du Royaume-Uni, il a été livré en 37 containers dans le port de Keflavik. Colt ne pouvait rêver plus belle vitrine. Cet opérateur téléphonique, devenu au fil des années fournisseur de services (accès au réseau, colocation, etc.), a lancé il y a un an son activité de data centers modulaires. S'il en a déjà utilisé pour certains de ses 19 data centers détenus en propre, celui-ci est le premier à avoir été expédié à un client. « D'ici environ 18 mois, cette activité pourrait représenter 10 % de notre chiffre d'affaires, de 1,5 milliards d'euros en 2011 », précise François Eloy, qui dirige la branche « Communication Services ». « Ce système permet de faire l'économie de 12 à 18 mois d'études préalables et des frais afférents », souligne Rakesh Bhasin, le PDG de Colt. « Cela permet de livrer un data center en respectant précisément le calendrier et le coût annoncés », ajoute Bernard Geoghegan, qui dirige l'activité « Data Centre Services ».

Une énergie moins chère que sur le marché européen

Situé à 40 minutes de la capitale Reykjavik, ce premier module de 500 mètres carrés, susceptible d'héberger à terme une puissance de 100 mégawatt (MW), est implanté sur une ancienne base de l'OTAN de 18 hectares. De quoi accueillir de prochaines tranches si, comme l'espèrent Verne, Colt et les autorités locales, les clients affluent. Le développeur islandais de jeux en ligne CCP Game, un intégrateur local et Colt lui-même en sont les premiers occupants. Ce dernier va pouvoir faire bénéficier ses clients de la meilleure efficacité énergétique du marché, un pue (power usage effectiveness, le ratio entre la dépense énergétique totale d'un bâtiment et celle propre aux équipements informatiques) de 1,2. Soit 40 % de moins que celui des data centers à refroidissement d'eau. Plus remarquable encore, son cue (carbon usage effectiveness), qui exprime la performance d'un data center en matière d'émissions de CO2, est équivalente, grâce à une énergie 100 % renouvelable. Cette performance environnementale peut attirer quelques clients désireux de « montrer patte verte ». Selon une étude de Pike Research, les technologies d'optimisation de l'efficience énergétique des data centers représenteront 28 % du marché des centres informatiques en 2015, soit 42 milliards de dollars. Mais c'est surtout le prix de l'énergie qui devrait les attirer. Landsvirkjun, la société qui alimente le data center de Reykjanesbaer, propose un contrat à 43 dollars le mégawattheure (MWh), soit 3,25 centimes d'euro le kilowattheure (KWh) sur 12 ans, 75 % environ du tarif européen moyen, et s'engage à proposer à l'avenir le tarif le plus compétitif du marché. Et si certains pourraient se montrer réticents à l'idée d'héberger leurs données stratégiques sur une île à mi-chemin entre l'Europe et l'Amérique, d'autres pourraient à l'inverse être séduits par un environnement légal plus favorable à la protection des données que ne le sont les Etats-Unis. Reste encore à Verne à démontrer les performances des connexions islandaises en termes de « latence », le temps de propagation d'un signal, essentiel notamment pour les activités de trading et de jeux en ligne auxquels Colt compte bien vendre ses services.

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Commentaires
a écrit le 13/02/2012 à 17:14 :
Grâce à ces serveurs, entre autres investissements, l'Islande va pouvoir rembourser sa dette internationale et le peuple islandais retrouver son honneur perdu, à la suite des deux référendums honteux et irresponsables. C'est par la production, l'investissement et le travail acharné qu'un peuple trouve sa souveraineté et non par la consommation, la dette, les acquis sociaux ou les loisirs.
Réponse de le 13/02/2012 à 17:47 :
Va travailler au lieu de dire des conneries René !
a écrit le 13/02/2012 à 13:48 :
Vive l'informatique!
a écrit le 13/02/2012 à 12:04 :
43 $ le MWh
a écrit le 13/02/2012 à 7:43 :
Le Grecs doivent fulminer de voir comment le buisiness a vite oublié Icesave.
Réponse de le 13/02/2012 à 13:48 :
Je ne crois pas que les Neerlandais et les Britanniques aient deja oublie ce que Icesave leur doit.
a écrit le 13/02/2012 à 7:21 :
Article très interessant, mais 43 dollars sur 12 ans par rapport à quoi?
a écrit le 13/02/2012 à 6:34 :
ft pas regarder que le cout de l'energie; ft aussi que les debits soient bons, et les connections au reseau suffisantes, notamment en cas de pb sur le web

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