La Tribune

La fin des énergies fossiles attendue dans moins de... 50 ans

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Dominique Pialot  |   -  1016  mots
L'enquête effectuée par TNS Sofres à la demande de Total auprès d'internautes chinois, allemands, français et américains, souligne des différences de perception sur l'avenir énergétique de la planète et de chacun de ces pays. Si tous prévoient la fin des énergies fossiles à un horizon de 50 ans au plus tard, les Etats-Unis et la Chine font plus confiance à l'innovation pour repousser cette échéance, et les pays européens pour améliorer l'efficacité des énergies renouvelables.

Cette année, Total a choisi les thèmes « Energie et technologie, les promesses de l'innovation » pour son université annuelle qui se déroule ce lundi 15 octobre. Pour étayer les débats, le pétrolier français a commandé à TNS Sofres un sondage effectué dans quatre pays (France, Allemagne, Etats-Unis et Chine) sur les perceptions des populations quant aux sujets du changement climatique, du mix énergétique et du rôle de l'innovation. « Contrairement à d'autres producteurs d'énergie, Total envisage le sujet du mix énergétique à une échelle mondiale », précise le directeur scientifique du groupe, Jean-François Minster.

Le changement climatique moins préoccupant que la protection de la santé

Sur la plupart des sujets, les résultats ont relativement proches d'un pays à un autre. On constate ainsi que le changement climatique en tant que tel ne fait pas partie des principales préoccupations des populations : il est devancé par les problématiques de l'eau et de la faim dans le monde, ou de la protection de la santé et de l'indépendance énergétique au niveau national. Pourtant, plus grand monde (pas même aux Etats-Unis) ne semble douter de sa réalité et même de son imminence, s'attendant à ce qu'il survienne dans les 50 prochaines années et se manifeste par des phénomènes climatiques extrêmes. Néanmoins, la France (23 %) et les Etats-Unis (24%) sont les pays où les populations jugent le plus utile de poursuivre la recherche sur le sujet avant de prendre des mesures définitives.

Une empreinte carbone très sous-estimée

Corollaire du changement climatique, l'empreinte carbone, très présente dans les médias (avec un pic à l'époque du commet de Copenhague en 2009), semble également mal connue. La meilleure preuve en est l'évaluation fantaisiste que font les personnes interrogées de leur propre empreinte. Evaluée à moins de 5 tonnes par personne et par an par une majorité d'internautes, elle se situe en réalité autour de 9 tonnes pour les Français et plus de 20 tonnes pour les Américains. Pour Jean-François Minster, « cela démontre la nécessité d'un travail pédagogique dans la durée, qui permettrait en outre de faire mieux comprendre et donc mieux accepter la nécessité de réaliser des investissements individuels ou les surcoûts induits par des comportements plus vertueux »
Quant aux méthodes pour réduire cette empreinte, les internautes sont également nombreux à privilégier le développement de produits et services dédiés plutôt que l'imposition d'une taxe carbone.

77 % des Chinois favorables à une taxe carbone

La Chine se distingue néanmoins sur ces sujets. Les internautes chinois ayant participé au sondage, s'ils sont 71 % à juger que les autres pays ne se montrent pas assez sobres en termes d'émissions de CO2, sont aussi les plus nombreux (35 %, pour 21 % seulement des Américains) à estimer leur empreinte carbone à plus de 20 tonnes par habitant et par an (alors qu'elle est en réalité d'à peine 6 tonnes). Ils sont également 77 % à préconiser une taxe carbone, pour seulement 36 % des Français, 41 % des Américains et 25 % des Allemands. « L'efficacité énergétique, qui est un élément essentiel de la transformation du mix et de la baisse des émissions des gaz à effet de serre, est un sujet qui se diffuse parmi les populations mais elles ne se l'approprient pas, commente Jean-François Minster. Chacun estime que son propre comportement ou celui de son pays est vertueux, mais se montre critique sur celui du voisin ou des autres pays. »

Les Français associent progrès technologique et précaution

Plus directement liée aux préoccupations du pétrolier, pour la majorité des personnes interrogées, le mix énergétique conserve une place aux énergies fossiles. « Mais les gens n'ont pas nécessairement conscience de ce que cela implique en termes de recherche, souligne Jean-François Minster. Sur ce sujet, on distingue des différences importantes entre les pays européens (France et Allemagne) d'un côté, les Etats-Unis et la Chine de l'autre, qui plébiscitent l'innovation pour accéder à de nouvelles ressources. » En effet, les Chinois (à 83 %) et les Américains (73 %) sont les plus nombreux à penser que beaucoup reste encore à inventer pour exploiter de nouvelles sources fossiles, notamment à l'innovation technologique développée par les entreprises. On peut aisément relier ces chiffres à la situation de ces deux pays, la Chine confrontée à des besoins énergétiques exponentiels et les Etats-Unis qui jouissent actuellement d'une énergie bon marché grâce à la découverte de nombreux gisements de gaz non conventionnels...

« Globalement, le progrès technologique dans l'énergie évoque plutôt les idées d'avenir et d'espoir que celles de précaution ou de danger, constate Jean-François Minster. Mais on constate que c'est en France qu'il est le plus associé à celui de précaution. » Difficile de ne pas faire le lien avec le débat actuel entre tenants et opposants aux gaz de schiste dans l'Hexagone... En tous cas, la France (60%) et l'Allemagne (57%) semblent en effet résignées (ou réjouies ?) à la perspective d'un prochain épuisement de ces énergies fossiles. En revanche, à plus de 80 %, elles tablent plus sur cette innovation pour améliorer l'efficacité des énergies renouvelables.

Les Français les moins optimistes sur la part du solaire dans leur électricité en 2030

Globalement, une majorité des personnes interrogées attend la fin des énergies fossiles dans les 50 prochaines années, et nombreuses sont celles qui anticipent une part prédominante des énergies renouvelables dans le mix énergétique. Les Allemands pensent même à 81 % qu'elles pourront se substituer totalement aux énergies fossiles. 42 % d'entre eux pensent qu'elles produiront 75 % de leur électricité dès 2030. Les objectifs officiels, déjà très ambitieux, fixent cette proportion à 50 % à cette échéance (et 80 % en 2050). Cette vision est d'ailleurs largement partagée par les Chinois (à 44 %) et les Américains (40 %). Seuls les Français sont plus nombreux (32%) à voir les renouvelables à 50 % du mix électrique plutôt qu'à 75 % en 2030.
Ces estimations sont d'autant plus surprenantes que dans leur majorité (mais un peu moins en Chine), les personnes interrogées s'estiment très bien informées sur le solaire et l'éolien...

 

 

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Commentaires

coucou  a écrit le 24/04/2014 à 16:16 :

salut

Réaliste  a écrit le 15/10/2012 à 17:23 :

Avant la fin des energies fossiles se posera un autre problème ,beaucoup plus grave :la penurie progressive de ces energies.On nous a longtemps bassiné avec le "peak oil ",c.a.d. le moment ou la moitié des resources seront épuisées. Le vrai problème est le rapport RESOURCES DISPONIBLES / POPULATION DE LA PLANETE.
La population mondiale a augmenté de 2,5milliards en 1950 à 4milliards en 1975 puis à 7milliards en 2012 .La prévision pour 2050est entre 9,5 et 10milliards. Selon un document interne à BP le maximum de ce rapport a déjà été atteint en 1974 !!! Le risque de conflits ou de guerres généralisées est donc énorme , personne ne voulant de façon volontaire et raisonnée changer son mode de vie et son modèle éconnomique .

arcesilas  a écrit le 15/10/2012 à 15:34 :

Comme pressentit: les Français sont les derniers à croire à l'efficacité des énergies renouvelables. Beau travail des pro-nucléaires... Ils font aussi partie de ceux qui pensent qu'il vaut mieux attendre et voir qu'agir. Ou: comment rater un tournant historique.

Jean  a répondu le 16/10/2012 à 0:02:

Ce n'est pas seulement le travail des avantagés du nucléaire. Il y a une guerre des lobbies dans le monde (nucléaire, pétroliers, gaziers, pays producteurs, automobile, transport etc) . Mais dans d'autres études on voit que plusieurs pays asiatiques sont très au fait de ces problèmes de climat et d'énergie et c'est lié à l'éducation et aux programmes de télévision. Par exemple Singapour est évidemment au top avec Hong-Kong sur ces sujets.

Roberton  a écrit le 15/10/2012 à 14:35 :

L´approche du pic de production de pétrole nous amène automatiquement à une explosion du prix de l´énergie dans les 10 prochaines années. L´agriculture dépense de 100 à 150 litres de diésel par ha/an, les engrais chimiques et les phytosanitaires. Adieu bio-diésel et éthanol devant une crise alimentaire. L´extraction des matières premières venues du bout du monde. Le ciment (60 à 130 litres/t), le verre (2500Kw/t), les tuiles, les briques sont d´autres composants très énergétiques. Tous les isolants, plastiques, résines, huiles de l´industrie électrique et électronique, ce qui veut dire principalement notre production d´électricité, sa maintenance et tous les systèmes de communications (radio, tv, ordinateurs, GPS, internet etc..). Nos médicaments. Nous perdrons la mobilité sans les transports (navires, avions, trains, camions) fabrication de pneus, tous les plastiques et isolants électriques. Les sous produits du pétrole aurons du mal a être substitués dans beaucoup d´applications, principalement dans le peu de temps qui nous reste. La crise est donc inévitable.
Le monde consomme 90Mb/j ou 12 millions de tonnes ou 40 pétroliers de 300.000T par jour, avec une telle quantité rien ne remplace le pétrole. 10% sert à la pétrochimie qui produit des milliers de molécules qui seront transformées en millions de produits. Où trouvera-t-on l´équivalent énergétique carboné? Les ordres de grandeur sont bien trop grand pour que les renouvelables puissent prendre le relais. Le retour amélioré avant la révolution industrielle vers 1820 est donc assuré avant la fin du siècle.

arcesilas  a répondu le 19/10/2012 à 19:51:

@Roberton: Je ne crois pas qu'il soit nécessaire d'être si pessimiste. Pour la pétrochimie, il reste bien assez de pétrole de basse qualité, ou difficile/coûteux à extraire. Il semble évident que l'agriculture devra accélérer son passage vers ce que l'on nomme "l'agriculture intégrée", c'est à dire sans usage systématique de pesticides. L'usage du vent pour le transport par mer, celui de l'électricité pour le transport terrestre, apporteront beaucoup de solutions. Le bois est une solution pour une partie du secteur de la construction. Idem pour les isolants naturels.

Roberton  a répondu le 20/10/2012 à 5:33:

Je ne suis pas pessimiste, mais réaliste. On sent bien que vous ne voyez pas que le pétrole est à la base des processus de fabrication de tous ce qui nous entour. En 2020 presque tous les pays producteurs seront en déplétion et vers 2025, ils ne vendrons plus rien, se réservant leurs derniers barils. Sans pétrole en peu de temps vous n´aurez plus d´électricité, une petite tempête, sans les véhicules, plus de maintenance du réseau. Plus de tracteur, bonjour la Corée du Nord, avec peu d´aliments et peu de transports qui va travailler? Les usines s´arrêtent, vous vous retrouvez chez vous sans eau, ascenseur et le supermarché du coin est vide. Vive l´exode comme en 40, retour à la terre et un probable remake très réaliste de Mad Max. Petit schéma simplifié de ce qui nous attend.

arcesilas  a répondu le 20/10/2012 à 21:56:

@Roberton: ...mmhhh, disons que je connais les processus industriels de l'avant-pétrole. Et les techniques utilisées par les économies de guerre centre-européennes. Le baril de pétrole sera de plus en plus cher au fur et à mesure qu'il sera plus rare. Il ne sera donc pas consommé dans le pays producteur, mais vendu sur le marché international. En outre les réserves de pétrole de basse qualité sont énormes. C'est bien ce qui inquiète les écologistes (réchauffement climatique). La seule question un peu ardue est celle du ravitaillement des grosses machines agricoles utilisées dans les campagnes occidentales.

JancoviciFanboy  a écrit le 15/10/2012 à 14:18 :

Pour celles et ceux qui sont curieux, voici une conférence de Monsieur JANCOVICI (enseignée à l'Ecole Normale Supérieure) spécialiste Français de l'énergie :
http://www.agoravox.tv/actualites/environnement/article/jean-marc-jancovici-a-l-ens-36459

Postulat  a écrit le 15/10/2012 à 13:02 :

Un des postulats de départ de l'enquête est'il correct? Les émissions de CO2 sont-ils scientifiquement, et non médiatiquement, responsables des gaz à effet de serre...

Billy  a répondu le 15/10/2012 à 13:34:

le CO2 EST à un gaz à efffet de serre...

Photo73  a répondu le 15/10/2012 à 13:53:

Le méthane aussi, dix ou vingt fois plus mauvais que le CO2 (gaz des rots des vaches ruminant, fuites des puits de gaz de schiste, ....).
Alors, ensuite de savoir quelle est la proportion de réchauffement intrinsèque (à laquelle on ne peut rien) et celle issue des activités humaines depuis 100 ans (bougies, pétrole, gaz, essence, gazole, ...), nul ne sait vraiment. On essaie de diminuer ce qu'on génère en rationalisant notre gabegie.

K  a répondu le 15/10/2012 à 14:32:

Postulat, pourquoi poses-tu une question alors que la réponse est disponible et connue ? Pour essayer d'insinuer le doute ? Allez, une fois de plus, un peu de culture pour contrer les "sceptiques" (qui y ont généralement un intérêt sonnant et trébuchant ...) : en gros, le CO2 laisse passer la lumière visible (celle du Soleil, qui arrive et réchauffe la Terre) et absorbe les infrarouges (réémis par la Terre, et qui la refroidisse) : du coup, pas mal d'infrarouges sont "capturés" par le CO2, et en conséquence la Terre est plus chaude que sans CO2. Idem pour le méthane, et également pour différents autres composés dans l'atmosphère (yc la vapeur d'eau). Donc, toutes choses étant égales par ailleurs, plus il y a de CO2 dans l'atmosphère, plus la Terre est chaude. Donc OUI, le CO2 est un gaz à effet de serre.

Julien  a répondu le 16/10/2012 à 0:22:

En plus trop de C02 modifie le pH des océans qui tendent vers une acidification dont on commence à voir les effets qui sont un sacré problème et contrairement au méthane le C02 reste beaucoup plus longtemps dans l'atmopshère et le pic des émissions n'est pas encore atteint, pourtant on émet déjà entre 30 et 40 milliards de tonnes de C02 chaque année et la déforestation dans les endroits favorables (équateur) dépasse toujours la reforestation dans les endroits neutres (nord)

ptr  a écrit le 15/10/2012 à 12:59 :

quel est la part de l'intox dans cette info ? quand on sait que la guyane pour ne citer qu'elle a de grosses reserves ainsi que l'alaska ( il sufit que la glace fonde comme quoi le réchauffement ? peut etre bénéfique) Encore des taxes en prévisions ?

Silexelis  a répondu le 15/10/2012 à 17:54:

Qu'est ce que veut dire de grosses reserves ???
Possibles, probables ou prouvées ?
Ensuite quelles sont les difficultées technique pour l'extraire (la plupart des sociétés pétroliéres ont pour le moment renoncées aux installations en arctique à cause des couts et des difficultes techniques et aussi des risques de pollution qui sont très difficiles à gerer dans ces envirronements)