La Tribune

Les défenseurs de l'économie durable veulent porter le débat à l'Assemblée... en 2017

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Adeline Raynal  |   -  1024  mots
Ce lundi, l'Institut de l'économie circulaire lance son site internet, après avoir jeté les bases de son action mercredi dernier. Il vise notamment à présenter en 2017 devant le Parlement une loi soutenant cette logique économique de durabilité, comme alternative à la société de consommation basée sur le jetable.

La nature est bien faite, alors pourquoi ne pas s'en inspirer pour repenser notre modèle économique global? Voilà ce en quoi croient les tenants de l'économie circulaire :à l'opposé de l'obsolescence programmée, le fonctionnement de l'économie peut être repensé dans sa globalité et les déchets des uns deviennent les ressources des autres, comme dans les cycles naturels.

Une logique d'usage plutôt que de possession

Il s'agit là de s'extraire de la logique de consommation sans considération de l'impact environnemental -actuel modèle dominant qui s'est épanoui dans les pays industrialisés- pour favoriser la réutilisation, la réparation, le recyclage. L'idée: abandonner le jetable, et prolonger au maximum la durée de vie des objets et des matériaux.

Cela implique de s'affranchir de la logique de l'existentialisme par la consommation, renoncer au fait d'afficher qui l'on est au travers de ce que l'on possède. Les acteurs économiques assument les conséquences de leur activité sur leur environnement, et s'efforcent de compenser tout impact négatif. Par exemple, La Poste, qui voit ses véhicules repartir à vide une fois la tournée de distribution de courrier terminée, envisage de rendre ces trajets utiles, en organisant la collecte du papier à recycler. D'autres entreprises françaises -traditionnellement ancrées dans l'économie verte ou non- s'intéressent au concept, comme Renault ou Suez Environnement.

En généralisant cette nouvelle attitude, on passerait alors d'une économie de la propriété à une économie de fonctionnalité, où prime la valeur d'usage.

Et la taxation peut être un levier efficace pour impulser ce changement: les ressources non renouvelables seraient imposées, tandis que celles qui sont renouvelables en seraient épargnées (ce qui pourrait notamment être le cas pour la force de travail humaine...).

La nécessité d'une action globale

Mais pour que le système soit efficace, il doit être appliqué de manière globale, ce que soulignait un autre spécialiste du développement durable, le suisse Dominique Bourg, dans une interview publiée il y a un an: "Tant que la consommation ne sera pas encadrée, l'application des principes de l'économie circulaire à grande échelle me semble impossible. Ce sont tous les acteurs économiques qui doivent se sentir concernés, et au-delà, les institutions, associations, consommateurs et citoyens."

Un Institut de l'économie circulaire en France

Pour fédérer les énergies en ce sens, un Institut de l'économie circulaire a été lancé le mercredi 6 février à l'Assemblée nationale, devant une salle de conférence comble de près de 230 personnes -acteurs de l'économie verte, représentants de structures relevant de l'économie durable, élus, juristes, etc. Sa présidence est assurée par le député EELV des Bouches-du-Rhône, François-Michel Lambert, qui l'a co-fondé avec d'autres élus et des acteurs privés (La Poste, GRDF, le syndicat français de l'Industrie cimentière, l'école marseillaise Euromed Management et la Kedge Business School, Federec, Ecofolio) et une ONG (la fondation Nicolas Hulot). L'Institut de l'économie circulaire relaiera ses reflexions sur un site lancé ce lundi.

"Dans un premier temps, notre objectif est d'identifier quels sont les freins et surtout les leviers à la mise en place d'une économie circulaire", annonce François-Michel Lambert en début de séance. Il est aussi le vice-président de la commission Développement Durable et Aménagement du Territoire de l'Assemblée nationale.

Présenter une loi au Parlement en 2017

Au fil de la présentation et des interventions, deux conditions au succès de l'apparition d'un tel modèle ont émergé :

? D'une part réussir à faire évoluer la réglementation et la législation : "Le cadre légal et règlementaire est extrêmement daté", a souligné la représentante d'Ecofolio, l'éco-organisme en charge du recyclage du papier, Géraldine Poivert lors d'une conférence de presse ce mercredi matin. "A l'époque, on associait "déchets et salubrité publique, et non pas déchets et ressources", a-t-elle précisé. "Les éléments réglementaires font que l'on a du mal à faire évoluer les choses", a déploré de son côté la sénatrice UDI et ancienne ministre des Sports Chantal Jouanno.

? D'autre part, il s'agit d'obtenir un engagement commun massif des différents acteurs. Le but de cet institut réside précisément dans la coordination des différentes initiatives, qu'elles soient d'origine entrepreneuriale, universitaire, institutionnelle ou associative. Le processus amorcé s'annonce donc de longue haleine. Sur la feuille de route de l'institut, trois points majeurs : parvenir à présenter et soutenir une loi devant le Parlement en 2017, rédiger un livret blanc sur l'économie circulaire d'ici début 2015, et organiser un colloque national annuel sur cette thématique chaque fin d'année.

"L'avenir se joue là", a estimé Chantal Jouanno, "mais il va falloir du temps". "Il y a beaucoup de petits ruisseaux mais pas encore la modélisation qui permette à ce sujet d'acquérir ses lettres de noblesse", considère celle qui fut présidente de l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (ADEME) en 2008 et 2009.

Soutien européen

L'initiative de la création d'un institut en France est bien accueillie par la Commission européenne. Mathieu Fichter, chef de l'équipe "Croissance durable" de l'institution avait même fait le déplacement depuis Bruxelles ce 6 février. "Il s'agirait notamment de passer d'une taxation basée sur le travail à une taxation basée sur les ressources", a-t-il expliqué, après avoir rappelé la feuille de route pour une utilisation efficace des ressources signée par la Commission le 20 septembre 2011. L'alimentation, l'habitat et la mobilité sont les trois secteurs clés sur lesquels il faut se concentrer dans l'application d'une économie verte et circulaire, selon l'Union européenne.

 

POUR ALLER PLUS LOIN :

» Conseillée par Rifkin, la région Nord-Pas de Calais se rêve en pionnière d'une nouvelle économie

» La vidéo de présentation de l'économie circulaire par la fondation Ellen McArthur, du nom de l'ancienne navigatrice aujourd'hui engagée dans la promotion du développement durable :

 

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Commentaires

verite  a écrit le 04/04/2013 à 12:50 :

voila des debat intelligent qu en je vois des idees comme cela je me reconcillie avec l avenir de nos enfant ils ce peut meme que cette methode de resiclage soit des usines que l ont pouras vendre a l etranger et rendre la terre et l air l eau plus prope ils y a dans cette grande idee un grand esprit d humanisme revolutionnaire et economique?

félix  a écrit le 12/02/2013 à 8:33 :

l' idée est d'avenir , et son application faisable, toutefois il ne faut pas occulter,
qu'elle puisse avoir un impact négatif sur l'emploi, un emploi en diminution par les progrés technologiques et si l'idée d'économie durable se concrétise, donc cela impliquerait une
redistribution "du travail" sans diminution de salaire pour les employés. c'est un double défi.

Info  a écrit le 11/02/2013 à 15:08 :

L'idée est séduisante. Il y a sûrement de bonnes pistes à exploiter plutôt que de changer régulièrement ses appareils (" à ce prix là, vous n'avez pas intérêt à réparer, vous en aurez un neuf avec les yeux bleus en plus"). Arrêtons de surexploiter les ressources, les pays pauvres et la planète ne s'en portera que mieux.

Del7  a écrit le 11/02/2013 à 12:40 :

Sur le papier c'est très intéressant. pourvu que ça ne tombe pas dans les oubliettes

pas tout à fait  a écrit le 11/02/2013 à 11:57 :

L'exemple donné avec les voitures est, certes, vrai. Cependant, que l'on loue une voiture au lieu d'en acheter une revient quasiment au même, voir pire car l'on doit la ramener au centre de location, et se debrouiller pour rentré chez soi.
Ainsi, au lieu qu'un individu mette 10ans a faire 200Kkm avec sa voiture, la concession de location qui loue à 100% ses voitures, vera son parc faire les 200Kkm tous les 5ans. Mais au final, c'est kiff kiff bouricco la voiture, une fois les 200Kkm passé finira à la casse.
L solution c'est la revalorisation des dechets et non la ''location'' ou encore la prestation de service.

Alex  a répondu le 11/02/2013 à 14:40:

En fait si, si l'on conidère que l'utilisation de la voiture dans le cadre d'un modèle basé sur l'économie fonctionelle ne fonctionnerait pas sur le modèle actuel de la location de voiture. Il s'agira en fait de supprimer la composante de propriété du véhicule à son utilisateur qui pourra néamoins en avoir l'usufruit exclusif moyennant un loyer mensul (sur le même principe que le leasing). Le point bénéfique au niveau environnemental c'est que cette voiture sera mieux dimmensionnée aux besoinq quotidienq de l'utilisateur puisque celui-ci pourra changer de modèle dès qu'il en aura le besoin. Exemple, plutôt que de circuler seul en monospace tte l'année pour aller au travail, comme cela se fait beaucoup (même si certaines familles ont effectivement besoin d'un monospace de manière quotidienne), l'utilisateur aura une voiture 2 places (pourquoi pas électrique) pour ses déplacements quotidiens et pourra échanger sa voiture avec un monospace pour partir en vacance et en week-end en famille. Deuxièmement, la voiture, et donc sa fin de vie, restant à la charge du concésionnaire ou du constructeur, celui devra faire en sorte que le véhicule et une durée de vie la plus longue possible, avec un maximum de fiabilité et surtout faire en sorte qu'il soit au maximum recyclable (comme pour Xerox qui a adopté ce modèle depuis longtemps et qui fabrique un nouveau photocopieur avec 80% de composants récupérés sur un autre en fin de vie). Du coup, moins de consommation de ressources et donc une empreinte environnementale largement diminuée par voiture (sans compter les économies réalisées par le constructeur en achat de matières premières). Reste à s'assurer que le consommateur puisse aussi bénéficier d'économie de frais d'utilisations et d'entretiens.

simple citoyen  a écrit le 11/02/2013 à 10:12 :

L'institut de l'économie circulaire... Tout est dit. Encore une fois un agenda financé par notre argent et imposé par ceux qui sont supposés être neutres dans ce type de débat... La démocratie a bien vécu en UE.