Rénovation des logements : « Les professionnels devront marier les compétences bâtiment et énergie »

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A l'occasion de la sortie du livre « 5 millions de logements à rénover en 5 ans », la société de conseil Alcimed présentait - cette semaine à Paris - sa vision des enjeux du marché de la rénovation.

Responsable de Mission de la Business Unit Chimie-Matériaux d'Alcimed, Vincent Pessey estime que l'essor des contrats de performance énergétique, les nouveaux modes de financement, et les synergies entre les mondes du bâtiment et de l'énergie seront les clés de la réussite. Interview.

Cleantech Republic : Comment expliquez-vous la relative panne du marché de la rénovation énergétique des logements individuels ?

Vincent Pessey : Nous assistons à une sorte de décrochage des particuliers face à la complexité technique des travaux. Il est souvent trop difficile de prendre une décision qui les engage pour plusieurs années, sans certitude d'obtenir un résultat, et avec un ROI souvent supérieur à la prévision d'occupation de leur bien. Il ne faut pas oublier que les Français déménagent tous les 8 ans en moyenne ! Ajoutez une certaine méfiance, voire une petite crise de confiance vis-à-vis des professionnels du secteur à la suite de contre références médiatisées, et vous comprenez les principales raison de l'attentisme des ménages. Par ailleurs, les dispositifs d'aides, notamment fiscales, sont adaptés mais visiblement insuffisants.

Quelles solutions proposez-vous pour motiver ces ménages ?

Le livre propose par exemple deux pistes. D'abord restaurer la confiance envers le monde du bâtiment en créant un nouveau métier, mêlant des compétences bâtiment et énergie : le domo-énergéticien, un interlocuteur unique pour tous les travaux de rénovation, à l'instar des courtiers en travaux dont le succès n'est plus à démontrer. Ensuite, expérimenter des prêts non plus liés aux propriétaires, mais à la maison elle-même, qui seraient donc cessibles avec le bien.

Les problématiques sont-elles très différentes dans les logements collectifs ?

Les enjeux de retour sur investissement et de complexité sont similaires mais les solutions différentes car le nombre d'acteur augmente : au propriétaire s'ajoutent parfois le locataire, un gestionnaire, ou même un exploitant dans le cas des CPE.

On attend justement le décollage de ces fameux contrats de performance énergétique, d'ailleurs parfois critiqués... le moment est-il arrivé ?

Comme pour toutes les nouveautés, il faut un temps d'adaptation et des pionniers qui explorent le dispositif, puis le marché prend forme. Les retours d'expérience des premiers CPE permettent désormais aux opérateurs d'affiner leurs modèles, et de proposer des contrats moins onéreux. De plus des acteurs régionaux, ou à la maille locale comme des communautés de communes, commencent à se positionner comme « tiers investisseurs » dans des programmes de rénovation ambitieux. Ainsi par exemple, la région Ile-de-France a-t-elle créé une SEM (ndlr : Société d'Economie Mixte) baptisée « Energie Posit'If », dont l'objet vise à favoriser la rénovation thermique de logements collectifs.

Reste tout de même le risque de l'engagement sur une consommation et non sur une performance...

D'abord, on observe en grande majorité que les consommations baissent lorsque la performance énergétique progresse, même en cas d'usages peu vertueux ou non maîtrisés. Cependant, il est évident qu'il faut responsabiliser les occupants, ce qui nécessite en premier lieu de disposer d'informations de consommation logement par logement, et de développer des offres de services adaptées : factures détaillées, tarifications, suivi de sa consommation, formations... Une récente étude menée par auprès de 90 ménages (ndlr : étude Ticelec) a démontré que les gens sont prêts à jouer le jeu, surtout si les économies financières sont au rendez-vous !

Comment voyez-vous ce marché des CPE évoluer ?

Il est encore jeune, ouvert, et sourira à ceux qui sauront marier les compétences bâtiments et énergie. Pour le moment, la plupart des acteurs qui portaient des CPE venaient du bâtiment ou de l'énergie. Or, il faut une parfaite maîtrise des deux compétences pour gérer ses risques et proposer des offres compétitives. On observe déjà des partenariats et des réseaux se former, et probablement bientôt des fusions d'entreprises complémentaires. Nous pensons même qu'il y a de la place pour de nouveaux acteurs.

Propos recueillis par Olivier Barrellier

Cleantech Republic
 

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a écrit le 18/06/2013 à 11:49 :
Le chauffage représente 29% de l'énergie consommée en France.

Pour l'année 2007, le chauffage (donc l'eau chaude sanitaire) a représenté 29% de l'énergie finale consommée en France.
Pour le résidentiel total chauffage : 37,3 millions de TEP (tonne équivalent pétrole).
Pour le tertiaire total chauffage : 14,7 millions de TEP.
Soit un total de 52 millions de TEP alors que l'énergie finale consommée en France était de 176 millions de TEP (donc 16 millions de TEP pour la chimie). C'est plus que les voitures et les camions réunis (38 millions de TEP) (En 2008, selon l'ADEME, les voitures ont consommées 22,5 millions de TEP, les camions et les utilitaires légers ont consommés 15,5 millions de TEP).
Si les bâtiments basse consommation (BBC) avaient été généralisés après 1973 (le premier choc pétrolier), nous n'en serions pas là.

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