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"Chat"

"Chat" du 1er juillet avec Jean Jouzel, climatologue et membre du GIEC

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Retrouvez l'intégralité du "chat" du 1er juillet avec Jean Jouzel, climatologue et membre du GIEC.

Jean Jouzel

Bonjour et bienvenue sur le « chat » de la tribune.fr. Aujourd'hui nous avons le plaisir d'accueillir Jean Jouzel, climatologue et membre du GIEC qui répondra à toutes vos questions.

bonjour à tous les internautes qui vont jouer le jeu de ce "chat" pendant une heure...

Marie : Comment percevez vous l'implication des grandes entreprises françaises dans la question climatique ?

J'ai en fait beaucoup de contacts avec les grandes entreprises françaises potentiellement impliquées dans différents aspects du réchauffement climatique (les transports, urbanisme, énergie). Généralement, il y a une bonne perception des problèmes liés au réchauffement climatique de leur part.
C'est une attitude qui s'est vraiment profondément modifiée depuis une quinzaine d'années. Le Grenelle de l'environnnement a joué un rôle en mettant bien en avant le potentiel de développement que pouvait engendrer une lutte bien comprise contre l'augmentation de l'effet de serre.
Cela étant, certains perçoivent toujours cette lutte comme une contrainte plutôt que comme une opportunité...

H&W : Bonjour,
H&W : que pensez vous de l'implication des grands groupes français (Lafarge, Renault, Total) dans le processsus de développement durable? quels en pourraient être les progrès ?


Ces grandes entreprises doivent aller au-delà de l'affichage, mais qu'on prenne Renault avec des développements très ambitieux du véhicule électrique en particulier, c'est une carte à jouer pour les entreprises d'automobile françaises et j'espère qu'il n'est pas trop tard parce qu'elles s'y sont mises un peu lentement.
Pour Lafarge, nous avons beaucoup à attendre de l'urbanisme en général et de la rénovation des bâtiments. on espère 40% de diminution des effets de serre d'ici à 2020. Evidemment, des grands groupes comme Lafarge ont un grand rôle à jouer sur les aspects matériaux dans le neuf et plus encore dans la rénovation. A cet égard, d'autres pays (Allemagne) semblent avoir une avance qu'il faudrait combler
Pour les entreprises énergétiques, comme Total, les cartes à jouer sont dans la diversification de la production énergétique et aussi effectivement dans des recherches à mettre en route sur le piégeage et stockage du gaz carbonique. Nous sommes encore loin de solutions éprouvées et acceptées dans ce domaine...

JP : On ne parle jamais de la vapeur d'eau qui est le gaz a effet de serre le plus repandu. Y at-il des reflexions sur la possible intrevention de l'homme reduction de la vapuer d'eau dans l'atmosphere ?

Les modèles climatiques tiennent tout à fait compte de la vapeur d'eau et du fait que c'est le premier gaz à effet de serre. D'ailleurs, cette vapeur d'eau joue un rôle d'amplification, bien documenté, par exemple elle a augmenté dans l'atmosphère au cours des vingt dernières années de façon tout à fait cohérente avec l'augmentation de l'évaporation résultant du réchauffement de la surface des océans.

H&W : Faites vous partie de la délégation française au sommet de Copenhague en décembre ?

Oui...

INNOVERT : Est ce que Mr JOUZEL serait d'accord de militer pour que les aides de l'Etat en matière d'energies renouvelables soient données sur résulats ( mesures des économies réellement faites ) plutôt que sur des bonnes intentions ( installation d'une pompe à chaleur ou d'un solaire mais mal posé, on a le crédit d'impôt mais pas le résultat espéré ).

Oui, je pense que l'idée est bonne. Mais en réalité, le besoin de financement c'est au moment de l'investissement. Donc il faudrait moduler l'aide en fonction des résulats attendus, mais c'est difficile d'attendre quelques années pour avoir cette aide. Je suis dans ce cas...

Dominika : Qu'est-ce que vous pensez de la voiture électrique, est-ce que c'est vraiment une solution d'avenir ?


Oui, je pense que la voiture électrique est une solution d'avenir, en tout cas pour les déplacements urbains. Mais seulement si les recharges sont optimisées en fonction des émissions attendues en termes d'effet de serre...

philippe : Les sceptiques prétendent que l'analyse des carottes glaciaire aurait montré que les variations de température précederaient les variations de CO2. Ils en concluent que c'est la température qui fait varier le CO2 et non le contraire. Qu'en pensez-vous ?


Il est exact que, dans le passé, l'augmentation du gaz carbonique a, lors d'une déglaciation, suivi le réchauffement de l'Antarticque ; ce sont des travaux auxquels j'ai moi-même participé. Cependant, cette augmentation du gaz carbonique précède de quelques milliers d'années la fonte des glaces accumulées de l'hémisphère nord.
L'augmentation de l'effet de serre a participé à cette déglaciation et ne remet absolument pas en cause le fait que, depuis 200 ans, c'est l'augmentation de l'effet de serre, liée aux activités humaines, qui précède le réchauffement climatique...

H&W : La taxe carbone: pensez vous que c'est une bonne idée du gouvernement français? est ce une bonne solution au problème des émissions de CO2 ?

Oui, une façon de lutter efficacement contre l'augmentation de l 'effet de serre, plus généralement de préserver l'environnement, est de lui donner un prix. La contribution climat-énergie est une façon de faire prendre conscience du coût environnemental de l'utilisation des combustibles fossiles et de l'énergie.
Et la mise en place d'une taxe climat-énergie va dans cette direction. Bien sûr, elle n'a de sens que si cela se fait à fiscalité constante et en portant attention aux problèmes sociaux qui pourraient en résulter...

maryse : Jean, bien qu'ancienne du LSCE, j'ai une simple question : pourquoi l'augmentation de 1 ou 2 degré, qui finalement est si peu, et qui même pour un certain nombre de français est synonyme de bien-être, est-elle si grave ? Je pense que pour beaucoup nous ne mesurons pas concrètement les implications. Amicalement

Si rien n'était fait pour lutter contre l'effet de serre, d'ici à la fin du siècle nous irions vers un réchauffement moyen de 3 degrés voire plus. Dans ce cas, nous ferions subir à notre planète, en une centaine d'années, la moitié de ce qu'elle a connu lors d'un passage entre la dernière période glaciaire et le climat actuel, qui lui a pris des milliers d'années.
Et quand on parle de la fin du siècle, on ne parle même plus de génération future. Ils ou elles sont dans nos cours d'écoles.
deuxième aspect, certaines régions (Afrique, régions côtières très sensibles à l'élévation du niveau de la mer, Articque...) sont déjà très vulnérables. Il ne faut pas rester dans un raisonnement hexagonal.
Enfin, si rien n'est fait, nous prenons le risque de phénomènes irréversibles au niveau par exemple d'une fonte partielle du Groënland ou d'une libération des gaz à effet de serre piégés dans le permafrost (sol gelé)...

Dominika : De ce que vous voyez aujourd'hui de la marche des négociations, Copenhague sera-t-il le tounant attendu ?

Cela reste l'espoir de la communauté scientifique, car il y a vraiment urgence. Si l'on veut limiter le réchauffement global à deux degrés par rapport au climat pré-industriel (objectif de l'Europe), il faut diviser par trois les émissions à l'échelle planétaire par rapport à 1990.
Cela implique que les émissions, qui n'ont jamais aussi rapidement augmenté qu'au cours des dix dernières années, commencent à redescendre dès 2015, au plus tard 2020. Cela exige la mise en place d'objectifs ambitieux pour l'après-2012 ; c'est en fait l'objectif de Copenhague...

Franky : Quels moyens de sensibiliser le grand public sur la question du changement climatique vous paraît le plus efficace, les films, les actualités, les nouvelles reglementations ?

Je crois à la mise en place de normes et de réglementations. je pense là aux ampoules à incandescence qui vont disiparaître des magasins. Mais je crois qu'une véritable sensibilisation et prise de conscience sont vraiment tributaires du message que transmettent les scientifiques et de notre capacité à faire comprendre au grand public l'origine des problèmes auxquels nous faisons face en matière de changement climatique. Notre communauté a un grand rôle à jouer dans cette prise de conscience; cela passe à la fois par des conférences grand public, par une présence dans les médias (journaux, radio, télévision).
je crois également par une implication auprès du monde politique et des entreprises...

Alric : Les indicateurs sur le climat sont rares. En dehors de la température moyenne mondiale ou de la concentration de particule de Gaz à Effet de Serre dans l'atmosphère, les mesures frappent peu les esprits. Y a t il un travail à accomplir pour les scientifiques en ce sens ?


Oui, il suffit de regarder autour de soi. Beaucoup des choses que nous pouvons observer (date des vendanges, des floraisons...) se modifient de la façon attendue en cas de réchauffement climatique...

Dominika : Est-ce qu'on peut vraiment imaginer une économie sans pétrole, de notre vivant ?


De mon vivant c'est un espoir qui me semble vain, oui, dès maintenant, l'utilisation du pétrole devrait être limitée aux usages pour lesquels il est encore indispensable (pétrochimie). En tout état de cause, un jour, il faudra aller vers un développement qui ne soit pas basé sur les combustibles fossiles et, techniquement, cela deviendra possible...

Jacques : Je voyage souvent en Amérique et en Asie, j'ai l'impression que le climat est une question anxiogène en France alors qu'il l'est moins à l'étranger. Avons nous tendance à dramatiser ?

Non, non, je ne pense pas qu'on ait tendance à dramatiser, c'est un véritable problème qui est à notre porte et qui touchera toutes les régions de la planète. en Asie, par exemple, l'élévation du niveau de la mer est un problème pour les régions côtières non seulement du Bengladesh, mais de la Chine, du Vietnam et en général del'Asie du Sud-Est.
En Amérique centrale, des questions sont posées (nous n'avons pas encore de réponses précises) sur la possibilité de cyclones plus intenses et plus destructeurs dans un climat plus chaud...

Boris : Faut-il laisser les Allégres, les «Gérondeau » continuer à blasphémer les études sur le climat et créer une confusion dans l'esprit des gens ?


Le fait d'avoir des sceptiques est quelque chose d'inéluctable, comme le réchauffement climatique. C'est à nous (gens qui sommes convaincus de l'acuité du problème) de convaincre en acceptant que les sceptiques puissent s'exprimer. C'est ce que nous essayons de faire...

Dominika : Le solaire est en train de devenir la source d'énergie renouvelable la plus en vogue, mais son utilisation à grande échelle reste minime - comment est-ce qu'on peut répandre son usage ?

Le solaire est effectivement l'énergie renouvelable la plus prometteuse à l'échelle planétaire. Sa montée en puissance passe par des développements technologiques et par une réduction des coûts. ..

H&W : Quelle réaction avez-vous face au film "Home"?


les images du film "Home" sont magnifiques. J'ai eu la chance d'avoir participé au débat qui a suivi sa projection sur France 2. Je pense important que les messages du monde scientifique soient relayés vers le grand public à travers des démarches comme celles de Yann Arthus-Bertrand, de Nicolas Hulot ou d'Al Gore. C'est une façon de toucher le plus grand nombre et c'est important que, finalement, chacun soit sensibilité à ces problèmes d'environnement et de réchauffement climatique...

MA : J'ai entendu que l'activité solaire voire même l'éloignement de la terre au soleil iraient dans le sens d'un refroidissement du climat. Qu'en est-il ? Merci


Pas de panique ! La prochaine glaciation n'est pas prévue avant une bonne quinzaine de milliers d'années...

Anthony : Le GIEC fait consensus, si demain un scientifique isolé réalisait une découverte sur le climat aurait-il des chances d'être écouté ou devrait-il d'abord être avalisé par l'organisation ?

Un chercheur isolé qui ferait une découverte importante dans ce domaine serait pris en compte dans le rapport du GIEC, si ses travaux ont été publiés dans des journaux à comité de lecture; c'est une procédure normale, c'est-à-dire la simple annonce d'une découverte dans les médias n'est pas suffisante...

MA : Est-il vrai que les variations climatiques pourraient être expliquées par l'évolution de l'activité solaire ? Si non, comment expliquer la similitude qui existe entre l'activité solaire et la température planétaire moyenne ? Si oui, cela remet-il en cause la responsabilité de l'Homme face au changement climatique ? Merci

Il n'y a pas, au cours des cinquante dernières années, de similitude entre le réchauffement observé et les variations de l'activité solaire. La seule façon d'expliquer le réchauffement est de tenir compte à la fois des causes naturelles de variation (activité solaire, volcan) et de celles liées aux activités humaines (effet de serre et aérosols). Le diagnostic du GIEC est que l'essentiel de ce réchauffement est très probablement lié aux activités humaines. Le fait que les hautes couches de l'atmosphère se refroidissent est une signature du rôle de l'augmentation de l'effet de serre...

Laurence : Les émissions de C02 augmentent toujours dans le monde, avons nous déjà dépassé une phase critique ?

Oui, le réchauffement est inéluctable. Ce que nous pouvons faire de mieux est de limiter à 2 degrés par rapport au climat pré-industriel, mais cela est un véritable défi, puisqu'il faut diviser par trois les émissions d'ici à 2050 et continuer par la suite. Il faut mener à la fois cet objectif de diminution des émissions et une politique d'adaptation au réchauffement climatique...

Merci Jean Jouzel. Le mot de la fin ?


Merci beaucoup et je vous engage à continuer à porter de l'intérêt à ce problème de réchauffement climatique qui sera au coeur du développement de nos sociétés au cours des prochaines décennies et au-delà...
 

latribune.fr

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