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Green Business / L'intégrale des tchats    Taille du texte : A | A | A

"Tchat"

Comment marier "green business" et "high tech" ? Avec Laurent Blanchard, de Cisco

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Les technologies de l'information et de la communication peuvent-elles servir aux enjeux de la durabilité ? Laurent Blanchard, PDG de Cisco, vous a répondu le 13 octobre.

Laurent Blanchard

Bonjour et bienvenue sur le "tchat". Aujourd'hui nous avons le plaisir d'accueillir Laurent Blanchard, vice-président Europe, directeur général de Cisco France., qui répondra à toutes vos questions.

 

Bonjour. Je suis très content de participer à ce "tchat" car c'est un sujet qui me tient à coeur.

janou : Quelles solutions peut apporter une boite comme Cisco pour une meilleure protection de l'environnement ?

Je considère que le "green business" représente assez bien les contradictions dans lesquelles les nouvelles technologies doivent se positionner. Tout d'abord, une consommation accrue du fait de l'explosion même de l'usage des nouvelles technologies à mettre en opposition au fait que celles-ci peuvent contribuer à améliorer la façon dont les gens vivent, travaillent, se divertissent et apprennent. Personnellement, je préfère voir le verre à moitié plein et considérer que les nouvelles technologies sont source d'optimisme durable.

bisounours : Dans quels domaines les TIC peuvent-elles être le plus efficaces (bâtiment, transport, réseau électrique) ?

Commençons par le réseau électrique. La problématique à laquelle on doit faire face est que la production électrique est définie pour absorber les pics de consommation et non pour répondre aux variations de demande de consommation. Avec le "smart grid", nous entrons dans une nouvelle ère dans laquelle l'électricité est un service plutôt qu'une commodité. L'objectif est d'optimiser la distribution électrique, de la production jusqu'au consommateur, permettant essentiellement de réduire la consommation électrique, donc également les émissions de CO2. Elle permet également d'intégrer des sources d'énergie renouvelable au niveau du consommateur. Les études montrent que l'on peut diminuer de 15% les émissions de CO2.

samuelk : Cisco en interne a-t-il mis en place des bonnes pratiques "green" ?

Absolument. Tout d'abord, en utilisant nos propres technologies telles que la téléprésence pour éviter de voyager, ce qui nous a permis d'éviter l'équivalent des émissions de CO2 de 45.000 voitures par an, tout en réduisant nos frais de voyages de plus de 500 millions de dollars.

loulou : La Commission européenne dit que les TIC représentent environ 8 % de l'électricité consommée dans l'UE et 2 % des émissions de carbone et demande aux TIC de définir des mesures pour améliorer son efficacité énergétique de 20 % d'ici 2015. Que comptez-vous faire ?

Les nouvelles technologies sont source d'émission de CO2 et c'est aux sociétés telles que Cisco de travailler à diminuer les émissions relatives à l'usage de ces nouvelles technologies. En revanche, il est plus important de se focaliser sur les 98 autres pour cent issus d'autres industries pour lesquelles les nouvelles technologies peuvent apporter une solution. Je donnais l'exemple de la téléprésence qui adresse le problème des transports, le "smart grid" qui optimise la consommation énergétique. Un autre exemple : l'intégration des nouvelles technologies pour une plus grande efficacité énergétique des bâtiments. Le vrai débat se situe au niveau des villes, car celles-ci représentent 80% des émissions de CO2. Plus nous pourrons intégrer de nouvelles technologies dans la planification de celles-ci, plus nous pourrons améliorer le bilan énergétique. C'est ce que nous faisons à Amsterdam avec cinq "smart work centers" qui sont des centres d'affaires en périphérie qui permettent de limiter les derniers kilomètres, synonymes de pollution.

jocelyn : bonjour, ne considérez-vous pas le green "avec" le high-tech comme un simple effet de mode ? Toutes les entreprises se disent vertes dorénavant, c'est quand même très déstabilisant ! Ce va finir par faire comme avec les medias, c'est-à-dire que l'on risque de banaliser le Green et tout le monde s'en fichera (pour ne pas être vulgaire). Et je pense que, là, les entreprises, vous aurez vraiment tout perdu.

La situation économique actuelle est la preuve que le "green" n'est pas un effet de mode. Aujourd'hui, la réponse à la crise n'est pas seulement économique, ni écologique, ni sociale, mais bien les trois à la fois. Les sociétés qui traiteraient le "green" comme un vecteur de communication et non pas comme une priorité se tromperaient. Chez Cisco, nous avons tout d'abord un objectif d'amélioration de notre bilan carbone de 25% d'ici à 2012. En tant que directeur général de la filiale française, c'est ma responsabilité d'y contribuer, mais au-delà de cela, c'est une conviction personnelle très forte qui se traduit par des décisions qui ne sont pas toujours très simples à prendre.

Ecolo : Les réseaux de télécoms émettent de l'énergie qui peut nuire à la santé des personnes (cf polémique sur les antennes). N'est-ce pas en partie votre responsabilité ?

C'est essentiellement la responsabilité des opérateurs, mais nous ne pouvons pas être complètement étrangers à ce débat.

Air : En réduisant les transports grâce à vos systèmes de téléconférence, combien de CO2 un pays comme la France pourrait économiser ?

Je ne peux pas répondre au niveau français. En revanche, une étude du WWF indique que, si 20% des voyages d'affaires étaient remplacés par des téléprésences, 22,4 millions de tonnes de CO2 par an seraient économisés, soit l'équivalent de 29 millions de vols Londres-New York.

Estelle : bonjour, des films comme ceux de Hulot, Gore ou encore Arthur Bertrand vous aident-ils dans vos stratégies de communication au sein de Cisco ? Etes-vous sensibles aux cas exposés dans ces longs métrages ? Merci et bonne fin de "chat" à vous.

Ces films permettent de sensibiliser les citoyens, mais également les collaborateurs d'entreprises telles que Cisco. Nous avons été partenaires de Yann Arthus-Bertrand pour le lancement de "Home", en mettant à disposition les salles de téléprésence dans le monde entier pour la conférence de presse, qui a été suivie dans 25 villes du monde en démarrant par le Japon, la veille au soir, et en finissant par la Californie. J'ai moi-même choisi de présenter le film en interne, d'organiser un débat avec les employés de Cisco France.

Vertderage : Quels sont les plus gros gisements d’économies de CO2 ? Quelles sont les innovations sur lesquelles vous comptez le plus ?

Le plus gros gisement se situe dans les transports, car ils représentent 34% d'émissions de CO2 en France.

JF : Bonjour, si l'on se rend compte que tout ce qui attrait aux réseaux (wifi, ...) est cancérigène, que ferez-vous ?

A ma connaissance, les réseaux n'ont jamais été accusés d'être à l'origine de quelque maladie que ce soit.

zen : On dit que la Silicon Valley est maintenant dépassée, où sera le futur centre nerveux de Cisco : Shanghai, Bengalore, Mexico ? Pour quelle(s) raison(s) ?

Nous sommes passés d'une société multinationale, dont le centre névralgique était en Californie, à une société globale, dont les centres de développement sont répartis dans le monde entier : la Californie, l'Europe avec Galway en Irlande, Sophia-Antipolis en France, Bengalore en Inde, en Israël... L'important n'est plus le lieu où se trouvent les compétences, mais la capacité à les faire travailler en mode collaboratif à l'échelle de la planète. C'est également une nouvelle gouvernance de société que nous appelons la "next gen company", la "nouvelle génération d'entreprise".

zbouli : Que représente le marché du Smart Grid pour Cisco ? Quel chiffre d’affaires en attendez-vous ? Combien cela va-t-il coûter aux collectivités ?

Le marché adressable du "smart grid" peut être dix fois plus important que celui de l'Internet.

Jeff : dans quels pays high-tech et green business se marient-ils le mieux ? Pouvons-nous de cet effet "green" dans les pays émergents (Brésil) ou même les pays sous-développés ? Comment ?

La Californie, l'Inde et la Chine. L'Europe n'est pas en reste avec la notion de "smart grid" qui y a été développée. Les premiers projets sont en Italie chez Enel, en Allemagne dans la filiale d'EDF "Yello Strom". La France représente sans doute le plus fort potentiel au niveau européen.

charabia : Quels sont les pays les plus avancés sur le smart grid ? Pourquoi avez-vous choisi le marché allemand pour faire des tests ?

La problématique d'intégration des énergies renouvelables au niveau du consommateur est plus forte en Allemagne.

zbouli : Quels sont vos atouts face à vos concurrents sur le smart grid ?

Vingt-cinq années d'expérience de gestion d'un réseau informatique qui s'applique parfaitement au réseau électrique. Nous avons créé avec 25 sociétés telles que Schneider Electrique, General Electric, Landis & Gyr, un écosystème qui travaillera sur la normalisation des protocoles de communication autour d'IP.

Jeff : Rebonjour, vous n'avez pas répondu à ma question pour les pays sous-développés... Peux-on parler de Green convergeant avec le high-tech par exemple en Angola ?

Le "green" n'est pas réservé aux pays dits développés. Nous avons beaucoup de projets, comme je vous le disais, en Inde, mais également en Afrique.

taxman : Que pensez-vous de la taxe carbone ? Pour ou contre ? Y avez-vous compris quelque chose ? A quoi sert-il d'instaurer une taxe pour ensuite ne pas la faire payer aux gros pollueurs (transporteurs, paysans...) ?

A titre personnel, je suis favorable à la taxe carbone et aurais souhaité que le montant soit supérieur à 17 euros. L'objectif est de changer les comportements de consommation des citoyens. La question sera les modalités de la redistribution des revenus de cette taxe.

esma : Pourriez vous nous citer un cas de projet techno "green" dans le monde que vous trouvez particulièrement symbolique de l'application de la high tech au business vert ?

Pour ne pas parler que de Cisco, je citerai volontiers le projet de voiture électrique en Israël issu d'un partenariat entre Renault et Better Place.

alain : A votre avis, Google est-il vert ?

Toute société se doit de rendre son informatique la plus écoresponsable possible, ses opérations les moins impactantes sur l'environnement.

zoom : Les solutions Cisco sonnent-elles le glas d'Air France et de Delta Air Lines ainsi que d'Airbus et de Boeing, au moins pour la partie business, avec la téléconférence ? Plus sérieusement, cela fait des années que l'on nous dit que la téléconférence va exploser. Et les chiffres ne semblent pas le montrer. De la croissance certes mais sans excès. Pourquoi ? La nécessité in fine de la rencontre ?

Je ne souhaite pas mettre en opposition la rencontre physique avec l'utilisation de la visioconférence. En ce qui concerne les chiffres, les solutions traditionnelles de visioconférence ont des taux d'utilisation aux alentours de 5%. Les solutions de téléprésence montrent 50 à 70% de taux d'utilisation. Chez Cisco, nous avons plus de 700 salles dans le monde avec un taux d'utilisation de 70% sur une plage quotidienne de dix heures. Pour moi, ces chiffres sont synonymes d'une forte adoption des solutions de vidéo au sein des entreprises. Nous considérons que ce marché dit "de la collaboration" représente une opportunité de 34 milliards de dollars au niveau mondial.

ice : Pensez-vous que l'activité humaine est une des causes sinon la cause principale du réchauffement climatique actuelle ? Si oui, comment y remédier ? Faut-il freiner les croissances des pays émergents et prôner la décroissance des pays occidentaux ?

Je ne pense pas que l'activité humaine soit une cause principale du réchauffement, mais clairement y contribue. Le "green business" est une source de croissance pour toute société ou pays qui saura prendre le virage. Les gouvernements occidentaux investissent dans le "green business" à travers les plans de relance. Les Chinois, dernièrement, ont également exprimé leur intention de développer ce pan de l'économie à des fins écologiques. La problématique est bien mondiale. "Think global and act local".

Casper : Quels sont les domaines de diversification de Cisco au delà des équipements de réseaux ?

"Smart grid", collaboration, vidéo, grand public... et d'autres choses à venir.

Simons : Quelles sont vos attentes par rapport à la conférence de Copenhague ? Craignez-vous un échec ? Quel peut être le rôle des entreprises à Copenhague ?

En tant que société, nous sommes partenaires des Nations Unies dans le cadre de la conférence de Copenhague et leur fournissons des solutions de téléprésence à Copenhague et dans 75 villes du monde. A titre personnel et étant d'un optimisme naturel, j'attends beaucoup de cette conférence et espère qu'elle fixera une feuille de route claire pour tous les pays du monde en ce qui concerne la protection de notre planète.

Merci Laurent Blanchard, le mot de la fin ?

Le "green business" n'est pas seulement une opportunité économique pour les sociétés, mais une priorité pour la Société. Nous devons tous en tant qu'employés, mais également citoyens devenir acteurs de la protection de l'environnement. Je m'y emploie au quotidien, comme directeur général de Cisco France, mais également dans ma vie personnelle.

 

latribune.fr

Vos réactions

  • taureau a écrit le 13/10/2009 à 12:23 :

    • Comment marier "green business" et high tech ? avec cette épée de Damoclès qu?est la taxe énergie-carbone qui va peser sur la formation des prix des produits utilisés par les ménages et les entreprises. Les concurrents étrangers n?auront pas à supporter ces coûts supplémentaires ce qui va entraîner des délocalisations. Cependant ce mariage est possible par la mise en place de filières de formation dans des centres d? apprentissage publics accompagnée de formations en entreprises sous forme du tutorat. La commercialisation des produits « green business » et « high tech » est freinée par des professionnels introuvables ou insuffisamment formés dans le solaire par exemple. Le design sera incontournable, comme la mise au point de produit recyclables pour permettre cette alliance.

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