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"tchat" Green Business / L'intégrale des tchats
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Source : La Tribune.fr - 27/10/2009 | 14:34 - 2001 mots

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Demain quels bâtiments verts ?

En avant première du salon Batimat qui a lieu du 2 au 7 novembre, Eric Mazoyer, de Bouygues Immobilier vous a répondu sur les bâtiments verts.

eric mazoyer

Bonjour et bienvenue sur le "tchat". Aujourd'hui nous avons le plaisir d'accueillir Eric Mazoyer, de Bouygues Immobilier, qui répondra à toutes vos questions.

Bonjour. Je suis très heureux de partager ma passion pour le développement durable et de pouvoir échanger de façon libre sur le sujet.

krim Guennad : A quel moment la maison en bois sera-t-elle dans les catalogues des maisons Bouygues ?

Il n'y a pas de catalogue Maisons Bouygues, la marque Maison Bouygues n'est plus utilisée. En revanche, nous développons une nouvelle marque de maisons pour des acquéreurs entrant sur le marché, baptisée "Elika" et pour laquelle une part substantielle de la production est prévue en bois.

RomainG : Au delà des performances intrinsèques de l'immeuble en matière environnementale, comment un asset manager immobilier pourra-t-il mesurer l'utilisation qu'en font les locataires (consommation d'énergie, émission de CO²) sans grever ses coûts de gestion par des audits environnementaux très coûteux ?

C'est le sujet majeur d'avenir du pilotage énergétique des bâtiments. Nous sommes en train de mettre en oeuvre un système de pilotage énergétique performant sur les immeubles tertiaires et nous réfléchissons, dans le cadre d'un incubateur de recherche, à un système de pilotage individuel des appartements, via des outils technologiques comme la box Internet. Evidemment, tout cela repose sur la capacité que nous aurons à implanter dans les bâtiments des capteurs et des automates qui dialoguent en live en fonction de l'évolution de la vie du bâtiment avec le système de pilotage.
C'est plus simple sur la construction neuve, car on peut intégrer l'arborescence de tous ces petits capteurs et du système d'information à la conception même du bâtiment. C'est plus douloureux dans le cas de l'ancien en réhabilitation, car l'immeuble existe déjà souvent, très ancien, peu flexible et adaptable aux nouvelles technologies.

Babette : Quel est le surcoût d'un bâtiment économe en énergie ?

Le terme "économe" est peu précis. je peux vous indiquer qu'entre un bâtiment de bureaux conforme à la réglementation en vigueur et un futur bâtiment type BBC (basse consommation énergétique), c'est-à-dire 50kw/h par m² par an énergie primaire (EP), et le bâtiment conforme à la réglementation actuelle, le surcoût est aujourd'hui environ de 12% en termes de coût construction, sans tenir compte du coût pour l'installation de production d'énergie renouvelable sur ces bâtiments.

Julie : Comment peut-on rentabiliser le surcoût de l'éco-construction ?

Ce surcoût est compensé par deux grands axes : tout d'abord, un bâtiment qui consomme 50% de moins d'énergie paie forcément 50% de moins de coût à EDF ou à GDF par an. Ensuite, l'adjonction de production sur site d'énergie renouvelable par le biais de cellules photovoltaïques produit une énergie qui est revendue à EDF à cinq fois la valeur du kw/h vendu par EDF.
L'ensemble de ces deux paramètres permet pratiquement d'équilibrer le surcoût de construction surtout quand, en plus, on peut y adjoindre des énergies renouvelables peu chères comme la géothermie, de sol ou profondeur, l'éolien, la cogénération, autant de productions d'énergie sur site qui coûtent moins cher que l'acquisition de kw/h sur le réseau EDF et qui produisent de plus des certificats carbone.

almadie : Rendre moins énergivore son logement coûte cher. Les économies d'énergies sont-elles réservées aux riches?

Non. Vous pouvez bénéficier d'un certain nombre de subventions ou d'incitations fiscales pour financer, pour partie, ce coût de remise à niveau de votre logement. Il reste évident qu'en réhabilitation, vous aurez du mal à atteindre le niveau de performance du neuf et, quand bien même vous pourriez techniquement y parvenir, le coût n'en serait pas acceptable. C'est pourquoi la mobilité résidentielle pousse à sortir du parc thermiquement obsolète pour aller vers le parc neuf plus efficace, en accession comme en location.

Prosper : Quels sont les principaux postes consommateurs d'énergie d'un bâtiment tertiaire et comment le faire diminuer ?

Le principal poste de consommation est le poste chauffage, ventilation, climatisation. Nous avons tendance à ne pas bien équilibrer la thermique de nos bâtiments par rapport au delta de température entre l'extérieur et l'intérieur. La solution consiste à ventiler la nuit les bâtiments pour charger de frigorie la nuit ces bâtiments. Cette méthode, dite de la ventilation naturelle, limite la surclimatisation que nous connaissons sur le parc tertiaire.
Le deuxième poste important réside dans l'éclairage du bâtiment. Les solutions, dans ce domaine, sont bien connues et maîtrisées. Il s'agit tout d'abord d'asservir le niveau de pression lumineuse des bureaux à la présence ou à la non présence des occupants, et, en cas de présence des occupants, aux apports de luminosité naturelle par l'extérieur. Nous mettons en oeuvre, dans nos nouveaux bâtiments, des systèmes de pilotage sophistiqués qui prennent en compte ces deux éléments et qui permettent de réduire d'au moins 50% la consommation énergétique des bâtiments de bureaux.
Concernant l'eau chaude sanitaire, il existe des solutions solaires plus coûteuses mais rentables, qui permettent d'alimenter par l'énergie solaire les besoins en termes d'eau chaude des immeubles de bureaux. Grâce à ces solutions, sur le neuf, on fait facilement passer la consommation énergétique calculable au titre de la réglementation thermique 2005 applicable aujourd'hui de 150 à 80 kw/h par m² par an. Soit une économie de presque 50%.

almadie : Vous dites que le principal poste de consommation est le chauffage. Avec la taxe carbone les ménages vivant dans le nord ne paieront-ils pas plus que celles vivant dans le sud du pays là ou les hivers sont à la fois moins longs et moins rigoureux ?

Vous avez raison sur la climatologie, mais le principe de la taxe carbone devrait renvoyer plus d'argent aux gens du Nord qui ont plus de besoin de chauffage qu'aux gens du Sud qui vivent plus d'amour et d'eau fraîche.

Monégasque : bonjour, quelles sont vos attentes vis-à-vis du futur salon Batimat ?

Il me semble que deux grands domaines devraient pouvoir participer à l'avenir à la réduction des consommations énergétiques et de la facture énergétique pour les consommateurs : tous les matériaux de construction qui concourent à participer au renforcement de l'inertie des bâtiments et à leur isolation thermique, ainsi que toutes les formes de production d'énergie renouvelable "domesticables" qui permettront par un abaissement de leur coût de production de rendre de plus en plus l'habitat moins énergétivore en consommation et plus autonome en production. De ce point de vue, Batimat est un salon laboratoire intéressant qui permet de voir et de sentir l'évolution de la recherche des industriels dans ces domaines.

Inté : Quels sont les principaux chantiers de Bouygues liés au bâtiment durable ?

Le plus emblématique des chantiers que Bouygues Immobilier développe et très tourné développement durable est l'opération Green Office à Meudon (92) sur le plateau de Vélizy, qui est le premier immeuble tertiaire d'envergure à énergie positive. C'est un immeuble de bureaux de 23.500 m² qui consommera 37 kw/h par m² par an selon le calcul de la réglementation thermique 2005 (pour 120kw/h admissibles) et qui produira 64 kw/h par m² par an par le biais d'un parc photovoltaïque de 4.700 m² et d'une chaudière cogénération huile végétale (cette chaudière produisant de la vapeur chaude et de l'électricité via une turbine électrique). C'est un incubateur de recherche sur lequel nous allons profiter de mettre en oeuvre un système de pilotage révolutionnaire qui, en temps réel, va rechercher l'optimisation du coût énergétique du bâtiment, en tenant compte du taux de présence et d'occupation des locaux, de l'évolution des conditions climatiques.

Ahbon : A une semaine de Bâtimat, quelles sont les principales innovations du marché et celles dont on peut attendre des résultats spectaculaires en matière d'efficacité énergétique ?

En matière d'innovation, nous attendons beaucoup du renforcement des isolants thermiques applicables sur les contre-cloisons thermiques des murs extérieurs. Dans le domaine des pompes à chaleur, il me semble que de grands progrès, tant en rendement énergétique qu'en consommation, vont voir le jour. Nous espérons que, dans le domaine des couches minces solaires intégrées dans les produits d'étanchéité de terrasses, de grands progrès et une optimisation du coût de ces produits permettront une utilisation renforcée sur les terrasses en construction neuve comme en réhabilitation.

almadie : Les matériaux efficaces pour l'isolation des maisons et que votre société emploie, sont-ils le produit d'industrie Françaises, européennes ou d'ailleurs. En d'autres termes le grand chantier de chasse au gaspi lancé dans le bâtiment sert-il les intérêts économiques de la France ?

Il sert les intérêts économiques de la France quand les industriels français sont performants, innovants et entreprenants. A défaut, le marché se mondialisant et se globalisant, la problématique de l'énergie devenant mondiale, il servira aussi les intérêts de grands industriels étrangers, y compris venant de pays émergents. C'est ça aussi le développement durable planétaire.

Rabbita : Les économies viendront-elles plutôt des matériaux ou du comportement des occupants ?

Vous avez parfaitement raison. Si la technique et les technologies modernes permettent de concevoir et de réaliser des bâtiments à très haute efficience énergétique théorique et constatée à la mise en service du bâtiment, bien évidemment, dans le temps, sur le long terme, le comportement des utilisateurs occupant ces bâtiments ultra efficients aura des conséquences sur la facture énergétique de ces bâtiments. C'est pourquoi, l'éco-exploitation de ces bâtiments est vitale ; elle va nécessiter une certification des exploitants et la mise en oeuvre de systèmes de pilotage sophistiqués. En cas d'utilisateurs récalcitrants ou non éco-exploitants, le bridage par le système de pilotage de l'énergie deviendra une nécessité.
A titre d'exemple, on peut constater que l'arrivée des radars sur nos routes a modifié le comportement des automobilistes qui sont devenus plus responsables et moins pilotes de course.

Fur : Quelles sont les principales difficultés de la rénovation dans le tertiaire ?

Trois difficultés majeures. Premièrement, le caractère historique des bâtiments haussmanniens ou autres plus au moins sauvegardés qui limite la marge de manoeuvre en termes de rénovation en façade comme en intérieur. Deuxièmement, des familles de construction en fonction des dates de construction, de la nature même des matériaux de construction aux différentes périodes de la construction : pierre, filière métallique, béton, béton précontraint sont autant d'éléments qui jouent sur la capacité d'inertie du bâtiment et la flexibilité en termes de rénovation. Troisièmement, le coût de rénovation thermique de ces bâtiments en situation occupée ou en situation vide qui est toujours plus cher qu'un coût de fabrication dans le neuf et qui limite donc, par rapport à la valeur du marché, la capacité d'investissement nécessaire pour remettre l'actif immobilier sur le marché performant techniquement, mais aussi dans son marché... économique.

Shinobi : Pouvez-vous expliquer le contrat de performance énergétique (CPE) ? qu'en pensez-vous ?

Le contrat de performance énergétique c'est le contrat par lequel nous nous engageons sur le niveau de consommation énergétique du bâtiment en phase d'exploitation, niveau que nous garantissons sur la base d'un cahier des charges d'utilisation du bâtiment signé par l'utilisateur. Dans le cas de Green Office, nous annonçons et nous certifions que l'immeuble consommera 37 kw/h par m² par an selon les standards de calcul de la RT 2005, dans le cadre d'un profil d'utilisation de l'actif. Nous garantissons ces 37 kw/h si l'utilisateur respecte le cahier des charges d'utilisation de l'immeuble. C'est le système de pilotage centralisé qui assurera la traçabilité (comme une boîte noire dans un avion).

Alex : Pensez-vous que le bâtiment devrait être intégré aux mécanismes de l'après-Kyoto (et permettre aux entreprises des pays développés d'acquérir des permis d'émission dans les pays émergents en y réduisant les émissions des bâtiments) ?

Le métier de promoteur est un métier peu délocalisable. Notre matière première, les terrains, est peu transportable par avion ou par mer. Je ne perçois pas l'intérêt pour un constructeur français d'acquérir des permis d'émission dans les pays émergents ; ce serait peu développement durable à l'égard des pays émergents. Nous vivons dans un marché franco-français en termes de développement immobilier.

Merci Eric Mazoyer, le mot de la fin ?

Merci pour toutes ces questions très professionnelles et qui témoignent d'un engouement de plus en plus important sur ce sujet du développement durable. On voit combien le secteur du bâtiment est fondamental dans la politique de réduction de la consommation énergétique. Nous n'en sommes qu'au début. Toutes les idées sont les bienvenues pour progresser dans ce domaine...
 

latribune.fr

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  • yolst a écrit le 09/01/2010 à 15:45 :

    • On évoque essentiellement dans ces échanges que la réduction des consommations énergétiques des bâtiments. On qualifie ainsi de bâtiments verts, ceux qui ont une excellente performance énergétique. Il me semble qu'on oublie une autre contribution possible dans la lutte contre le réchauffement climatique, il s'agit du développement à grande échelle du bois comme matériau de construction. Le bois ainsi utilisé constitue une forme de stockage de carbone qui autrement aurait vocation plus ou moins naturelle à redonner du gaz carbonique en étant brulé ou simplement abandonné à la décomposition-oxydation. On parle de taxe carbone pénalisant les émissions de gaz carbonique. L'utilisation de bois comme matériau de construction pourrait être subventionnée symétriquement en considérant qu'il représente en quelque sorte une émission "négative".

  • Gilles a écrit le 04/11/2009 à 10:59 :

    • En réaction avec le mot d'Alex: FORMATION!!! en effet, i lsemble que tout et n'importe quoi soit vendu pour du "vert" dans ce domaine, et si les artisans ne sont souvent pas formés, leurs clients le sont encore moins. Par exemple, devant ma fenêtre, une maison est en construction. Ils ont choisi la brique pour ses caractéristiques isolantes et de diminution des ponts thermiques, et pourtant, ni l'artisan, ni ces futurs voisins ne se sont offusqué en voyant les briques collées... avec une bonne épaisseur de mortier et non à la colle!

  • Alex a écrit le 27/10/2009 à 13:42 :

    • Bonjour, je suis agent immobilier dans le vaucluse et vends souvent des terrrains constructibles. J'ai de plus en plus de clients qui veulent faire des constructions sinon HQE, du moins plus respectueuses de l'environnement. J'ai BEAUCOUP de mal à trouver des constructeurs qui maitrisent ces techniques et/ ou qui pratiquent un tarif raisonable. Où en est on de la formation des artisants ? Y a-t-il une fédération de ces constructeurs "verts" ?merci

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