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Tchat Green Business / L'intégrale des tchats
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Source : La Tribune.fr - 17/11/2009 | 14:44 - 1772 mots

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Captage et stockage du CO2 : une alternative aux énergies renouvelables ? Les réponses d'un expert

Denis Clodic, co-lauréat du prix Nobel de la Paix 2007 pour ses contributions au sein d' Intergovernmental Panel on Climate Change (IPCC), vous a répondu ce 17 novembre.

clodic

Bonjour et bienvenue sur le "tchat". Aujourd'hui nous avons le plaisir d'accueillir Denis Clodic, co-lauréat du prix Nobel de la Paix 2007 pour ses contributions au sein d' Intergovernmental Panel on Climate Change (IPCC), qui répondra à toutes vos questions.

Bonjour à tous. Je suis ouvert à toutes les questions y compris les plus difficiles.

Aitsibrahim : Le coût de la filière complète (capture, transport, stockage) varie, selon les hypothèses, de 60€ à 70€/t - la capture représentant 85% de ce coût. Or, la tonne de CO2 s'échange actuellement aux environs de 15€ sur le marché à terme. Par conséquent, les solutions de séquestration du CO2 ne sont pas suffisamment intéressantes économiquement pour être largement mises en oeuvre ?

La réponse suppose aussi de connaître le coût des technologies permettant de limiter les émissions de co2. Si on prend l'éolien offshore le coût de la tonne de co2 évité est supérieure à 150 euros la tonne. On vérifie bien qu'il faut un support initial pour que le marché démarre.

Jeanjean : Une fois qu'on l'a stocké, surtout avec un produit aussi volatile que le CO2, comment s'assurer qu'il ne fuite pas ?

C'est une question complexe puisqu'elle dépend d'abord de notre aptitude à "mimer" le stockage géologique qui dure depuis des centaines de milliers d'années par exemple pour le méthane, le co2 ou l'hélium.

claudie : Quel est le coût du stockage de CO2 ? Est-il plus cher ou plus économique que d'autres solutions ? Comment stocker le CO2 émis par les transports (automobile, avion...) ?

Le stockage du co2 ne peut répondre à tous les modes d'émissions. Le CSC est adapté aux grands émetteurs centralisés comme les centrales de production d'électricité au charbon, les hauts-fourneaux sidérurgiques, les unités de production de ciment.

alonso : Qu'attendez-vous du sommet de Copenhague concrètement ? Des Etats et des entreprises ? Craignez-vous un échec ? La récente initiative Sarkozy - Lula rejetée par les Etats-Unis et la Chine suscite-t-elle votre intérêt ?

Il semble bien que Copenhague ne verra pas la rédaction d'un accord stricto sensu car Chine et USA ne souhaitent pas prendre d'engagement les obligeant. L'initiative Sarkozy-Lula suppose beaucoup de travail complémentaire et il est quand même surprenant que l'Europe soit bloquée à ce point là. Il est vraisemblable que l'on rentre dans un cycle de négociations plutôt que dans la signature d'un protocole. Il est essentiel de clarifier les règles de l'économie carbone, car les mécanismes mis en place par Kyoto souffrent de nombreux défauts de jeunesse.

boyer : Le stockage de bois (qui est une autre forme de carbone) ne serait-il pas une solution également efficace, plus sûre et moins coûteuse, qui aurait également le mérite d'inciter à la reforestation ?

Bien sûr le problème de l'accroissement des émissions de CO2 dans l'atmosphère est lié à un déséquilibre entre les termes de sources, puits et stocks. La reforestation mais aussi le développement des algues et plus généralement le soin apporté à la sauvegarde des sols sont essentiels pour maintenir et accroître le stock de co2 dans la biomasse. Le CCS est une stratégie de sauvegarde compte tenu de notre excès à utiliser les combustibles fossiles.

JeanJean : Qu'entendez-vous par "mimer" ? Pouvez-vous élaborer ?

L'évolution géologique a créé des structures de couverture qui tiennent à la fois aux séismes (compte tenu de leur profondeur) et sont étanches sur le très long terme (10 000 à 100 000 ans). Ces structures sont identifiables, d'autres aussi sont propices comme les aquifères salins profonds (- 3000 mètres) et permettent de stocker de manière pérenne d'énormes quantités de co2. Les activités de recherche et les démonstrateurs qui fonctionnent pour certains depuis près de 10 ans (Weyburn) indiquent que le contrôle et le maintien du co2 sont géologiquement et technologiquement possibles.

Sergio : Bonjour Monsieur, Le coût de la captation du CO2 est évalué aujourd'hui à 100? La tonne, c'est déjà le coût de la taxe CO2 en vigueur en Suède. Le prix de la tonne de CO2 négocié sur le marché des droits à émettre, aujourd'hui de 15% augmentera avec la diminution des autorisations à émettre. Ce prix pourrait atteindre les 100 dans un avenir proche et rendre la captation intéressante du point de vue financier. Quels sont les autres inconvénients de cette technique et qui pourrait empêcher son développement ? Merci.

L'inconvénient majeur, en dehors du coût, vient de la pénalisation énergétique associée au CCS qui représente de l'ordre de 15 à 20% d'énergie supplémentaire à dépenser pour le même service.

degivryr1 : Peut-on au jour d'aujourd'hui accéder à des chiffres qui donnent une idée de ce que peut apporter le stockage de CO2 en terme de réduction des émissions ?

La réponse est oui. Le rapport spécial du Giec sur le CCS qui peut se trouver sur www. ipcc.ch.

Dodo : J'ai entendu parler des risques de cette technologie en terme de dégazage et de pollution des nappes phréatiques. Bref de possibles désastres environnementaux. Y a-t-il des risques de fuites (style éruption du lac Nyos au Cameroun en 1986) ? Quels sont les risques réels ?

Le risque principal est lorsque l'on réinjecte du co2 dans des puits de pétrole déplétés, car le co2 peut migrer vers d'autres puits ouverts ou mal bouchés. Les experts géologues et ceux qui sont en charge des injections sont alertés sur ce type de problème, et les sites de stockage font l'objet d'études préalables poussées. Pour ce qui est du risque d'asphyxiant, il existe. Il va de soit qu'autour des sites de stockage la mesure de concentration de co2 se fait de manière systématique, ce qui n'est pas le cas autour du lac Nyos en tout cas lors des accidents passés. Toute opération de stockage fait l'objet d'une analyse de risques poussée, ce qui est la moindre des choses.

Gilles : CSC ressemble à un gros mot... merci de nous dire en quoi ça consiste concrètement !

CSC= captage, stockage du co2. CCs= CO2 capture and storage. Ca consiste à séparer le co2 des autres gaz dans lequel il est dilué (captage). Puis à transporter ce co2 par pipelines ou par bateaux puis à l'injecter sous haute pression (100 bar) dans des sites de stockage profonds typiquement des aquifères salins.

Armand : Quelles sont les différentes techniques possibles ?

Les techniques de captage se répartissent en trois familles: - pré-combustion où le co2 est séparé du gaz de synthèse (H2 + CO + CO2) sous haute pression avant combustion de l'hydogène
- oxycombustion où la séparation de l'oxygène de l'azote permet une combustion avec recirculation principalement du co2 et de h2o? ce qui permet une séparation à priori plus aisée du co2, des gaz résiduels essentiellement h2o et o2
- Post-combustion avec plusieurs technologies en compétition: absorption, adsorption, membrane, cryogénie.

Demesmekeur : Quels sont les industriels les mieux placés aujourd'hui pour développer ces projets ?

En captage: Mitsubishi Heavy Industry, Fluor, GE, Alstom, Siemens, Foster Wheeler, etc.
En stockage: la plupart des pétroliers et gaziers mondiaux et les sociétés de services pétrolières comme Schlumberger, HalliBurton, CGG Veritas, etc.

jcterrier : Les technologies CCS sont semble-t-il à l'état de prototype. Quand peut-on espérer arriver à des technologies fiables ?

On est en train de passer des prototypes aux pilotes et même aux démonstrateurs. Des sommes pharamineuses sont dépensées pour une évaluation des technologies en compétition. les enjeux étant bien sûr le fait de détenir des technologies propriétaires pour chaque firme intégratrice de ces dispositifs de captage. Pour le stockage, la situation est beaucoup moins compétitive, beaucoup plus coopérative d'autant que le stockage dépend de permis venant des états.

Americain : Comment la France se situe-t-elle par rapport à d'autres pays (US, Chine etc ?)

La France a bien sûr un mixe énergétique beaucoup moins carboné que bien d'autres pays mais elle dispose de l'ensemble des compétences et des entreprises de la chaîne de valeur de CSC. Les USA, malgré le peu d'implication de l'administration Bush a poursuivi des travaux de recherches significatifs sur le CSC et disposent aussi de l'ensemble des entreprises pouvant mettre en oeuvre ces technologies. La Chine a bien sûr commencé ses travaux de recherche en la matière (en particulier à l'université de Tshin Hua) et des premiers pilotes captant 10 000 tonnes/an sont en cours de construction. Parmi les pays les plus actifs on doit citer la Norvège, la Grande-Bretagne, le Canada, l'Australie, l'Allemagne mais aussi la France.

Douchez : Tous les projets actuels sont-ils à la fois de captage ET stockage ?

Quant aux projets actuels, de nombreux sont effectivement captage et stockage. En effet, dès que l'on capte 10 000 tonnes/ an, il est difficile d'expliquer que l'on ait fait tant d'efforts juste pour les relâcher dans la terre. De plus, les pouvoirs publics qui financent souvent à 50% ces projets souhaitent disposer d'un retour d'information sur l'ensemble de la chaîne CSC...

PV : Faut-il que le stockage soit transporté par pipeline pour être éloigné des zones d'habitation, ou est-il transporté pour une autre raison ?

Les grands émetteurs de co2 ne sont pas forcément à proximité d'un site de stockage. Par exemple pour l'Europe le stockage en mer du Nord dans les aquifères situés en dessous du niveau de la mer font sens du point de vue géologique et suppose bien sûr des infrastructures fortes qui supposent que les grands émetteurs décident d'aller vers cette technologie de captage et de stockage.

On peut remarquer cependant deux paradoxes: sur le territoire national, le bassin parisien constitue certainement le site privilégié de stockage compte tenu de sa structure géologique. Et ,en Allemagne, un site de stockage privilégié, se situe sous Berlin où d'ailleurs étaient stockés pendant la guerre froide plusieurs millions de m3 de gaz naturel pour subvenir aux besoins énergétiques de Berlin Ouest en cas de blocus.

PV : L'intérêt des énergies renouvelables n'est-il pas surtout d'être "renouvelables" ? Si l'on manque de pétrole, le captage du CO2 n'apportera pas de solution... Les énergies fossiles son-elles proches de l'épuisement ou non ?

L'intérêt des énergies renouvelables est de l'être. La difficulté de la plupart des renouvelables est qu'ils sont intermittents et pas toujours en phase avec les besoins. L'histoire enseigne que l'humanité utilise ses ressources disponibles et donc utilisera les fossiles jusqu'à épuisement. La question est sur le rythme de cet épuisement d'où l'intérêt de mener en même temps plusieurs politiques énergétiques: les renouvelables, l'efficacité énergétique, la sobriété énergétique et aussi parce que cela ne suffit pas pour maintenir les concentrations de co2 au niveau voulu: le CSC.

Flic : Le coût est-il le même pour toutes les techniques de captage/stockage et partout ?

Non. L'évaluation exacte est en cours. C'est l'objet même des pilotes et des démonstrateurs. La réponse sera plus claire dans 3 à 4 ans (période d'évaluation des pilotes).

Merci Denis Clodic, le mot de la fin ?

Merci à tous de votre curiosité active.

 

latribune.fr

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