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Source : La Tribune.fr - 10/11/2009 | 14:32 - 1368 mots  | 

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Que va-t-il se passer à Copenhague ? Les réponses d'une experte



Patricia Laurent, cofondatrice du site GreenUnivers.com, le site de référence du "green business", partenaire de La Tribune, vous a répondu le 10 décembre.

Patricia Laurent

Bonjour et bienvenue sur le "tchat". Aujourd'hui nous avons le plaisir d'accueillir Patricia Laurent, cofondatrice du site GreenUnivers.com, le site de référence du "green business", qui répondra à toutes vos questions.

Bonjour.

Pauvri : Que vont-ils faire pour les pays pauvres qui ne sont pas encore très touchés par apport aux pays développés ?

C'est l'un des enjeux essentiels : les pays pauvres seront les plus touchés par l'impact du réchauffement climatique dans les prochaines décennies (pénurie d'eau, manque de ressources agricoles...) et ils n'ont pas les moyens d'y faire face. 130 pays en développement se sont réunis au sein du G77 pour défendre leurs intérêts et demander aux pays industrialisés de s'engager financièrement à les aider. Les sommes en jeu sont énormes : on estime qu'il faudrait plus de 50 milliards de dollars par an d'ici 2050, a minima ! Pour l'instant, on est très loin du compte : l'Union européenne annonce un premier engagement de 6 milliards d'euros sur les 3 prochaines années.

Ecolo : Comment ont évolué les valeurs vertes en bourse cette année ?

Les valeurs vertes ont beaucoup souffert, comme toutes les autres... Nous suivons un panier de 38 valeurs vertes européennes sur notre site GreenUnivers.com et nous voyons que, depuis avril dernier, elles ont repris des couleurs. Les valeurs du solaire ont particulièrement souffert, victimes de la surproduction et de la chute des prix des panneaux, et elles restent en difficultés Et on prévoit un mouvement de concentration très important dans le secteur. Les valeurs de l'éolien ont redémarré depuis quelques semaines (pour la plupart), en raison des annonces de nombreux grands projets et d'un certain retour des financements. On note un signal encourageant : une reprise des introductions en Bourse, notamment aux Etats-Unis. Des groupes comme A123Systemes, spécialiste des batteries pour les véhicules électriques, et des groupes du secteur solaire ont réussi récemment à lever des sommes très importantes à Wall Street et le mouvement devrait continuer : plusieurs grosses introductions en Bourse de valeurs des cleantech sont attendues. On évoque par exemple celle du constructeur américain de voitures électriques Tesla, l'une des stars de la Californie "verte".

Copen : L'échec de Copenhague pourrait-il porter un coup d'arrêt aux cleantechs ?

Probablement pas : une étude récente d'une cabinet d'études britannique, New Energy Finance, estime que les investissements mondiaux dans les cleantech devraient atteindre 200 milliards de dollars en 2010, ce qui représenterait un record absolu !

Ce montant représenterait une hausse de 50% par rapport aux 130 milliards prévus pour l'année 2009. Donc, même s'il ne devait pas y avoir d'accord à Copenhague, le mouvement en faveur des cleantech ne devrait pas trop en souffrir. Les plans de relance des grandes économies mondiales ont en effet prévus des investissements énormes dans les technologies propres : 177 milliards de dollars prévus sur plusieurs années. Et les investissements privés s'accélèrent aussi.
Un accord à Copenhague ne devrait donc pas marquer un coup d'arrêt, mais évidemment, un accord serait encore plus favorable pour les cleantech.

Devance : Selon vous, Copenhague va-t-il le plus profiter aux pays ou aux entreprises ?

Profiter, c'est un bien grand mot ! Un accord serait bénéfique pour les pays dans le sens où il permettrait de limiter le réchauffement climatique et donc de préserver l'environnement.

Pour les entreprises, l'enjeu n'est évidemment pas le même, bien qu'elles se présentent toutes comme des entreprises citoyennes vertueuses sur le plan de l'environnement. Elles attendent de savoir quelles seront les contraintes qui vont les impacter en cas d'accord à Copenhague pour orienter une partie de leurs investissements. Les investissements dans les technologies propres sont lourds et les entreprises ont besoin de visibilité pour s'engager. Et il est clair aussi qu'une réglementation très stricte aidera à développer des marchés nouveaux : si la réduction des émissions de CO2 est importante, il faudra plus de véhicules électriques, plus d'énergies renouvelables, plus de bâtiments performants sur le plan énergétique.

Les grands entreprises du monde entier sont présentes à Copenhague : c'est une question d'image mais aussi évidemment de lobbying et de business...

Satsuko : Comment voyez-vous l'avenir du solaire après l'effondrement du marché ?

Le solaire risque de rester dans une passe difficile pendant encore quelque temps : la surproduction reste importante et la bataille sur les prix fait rage. Dans ce contexte, la consolidation du marché a déjà commencé, notamment aux Etats-Unis. Le mouvement va se poursuivre et il n'est pas impossible que certains grands fabricants européens se retrouvent en difficultés et soient contraints de fusionner.

Qui s'en sortira le mieux ? Les fabricants chinois, comme Yingli ou Suntech, qui proposent des panneaux à bas prix tirent leur épingle du jeu et gagnent des parts de marché. A l'autre bout de la chaîne, les entreprises qui ont une avance technologique devraient également passer la crise, par exemple l'américain First Solar, numéro un mondial des cellules à couches minces. Mais les fabricants qui sont entre les deux risquent de souffrir.

Endeux : La bataille des énergies renouvelables est-elle perdue pour la France ?

Sur le plan industriel, la bataille n'est effectivement pas gagnée ! Dans le solaire, la France n'a pas de grands fabricants de panneaux et le développement actuel du marché profite aux fabricants étrangers, allemands, japonais ou chinois. On commence à avoir quelques usines et des projets sont annoncés, comme deux usines pour Solairedirect et une pour First Solar avec EDF Energies Nouvelles, mais le retard est énorme.

Dans l'éolien, la France n'a qu'un fabricant, le groupe Vergnet, qui est sur un positionnement très spécifique. Les grands fabricants sont allemands (REpower...), danois (Vestas, numéro un mondial)... En France, nous avons des sous-traitants qui se développent sur l'éolien, mais cela reste encore faible à l'échelle mondiale.
La France essaye de se positionner sur d'autres marchés, qui ne sont pas encore matures, comme celui des énergies marines, mais le défi est grand et malgré le soutien des pouvoirs publics et une mobilisation de nombreux acteurs (collectivités...), ce pari n'est pas gagné.

vert : Copenhague connaîtra-t-il un échec ? Quelles en seraient les conséquences ?

Réponse le 18 au soir ! Malgré les très grandes difficultés à trouver un consensus, on peut espérer un accord. La venue du président Obama le 18 décembre est une bonne nouvelle à cet égard : le rôle des Etats-Unis sera primordial pour aboutir. Si les Etats-Unis s'engagent, les Chinois devraient suivre : ce sont les deux plus grands émetteurs de CO2 de la planète et leur action est donc capitale.

Il se pourrait que Copenhague débouche sur un accord qui devra être finalisé en 2010 : en effet, Obama n'a pas encore fait adopter son projet de loi sur l'énergie et le climat par le Congrès américain, et il ne aura peut-être du mal à s'engager formellement avant cette échéance.
Un échec à Copenhague serait grave pour l'avenir de la planète et il demanderait un effort encore plus important dans les prochaines années pour parvenir à limiter le réchauffement climatique. Ce qui coûtera encore plus cher et sera préjudiciable à l'économie mondiale.

Alain : Comment se positionne la France sur les cleantechs ?

Cela dépend de quelles cleantech : sur les énergies renouvelables, par exemple, la France n'est pas très en pointe (voir au-dessus). Mais elle en pointe dans d'autres marchés, comme la gestion de l'eau et des déchets, avec de grandes entreprises comme Suez et Veolia qui sont des leaders mondiaux. Elle est également bien placée sur le recyclage. Dans les domaines "nouveaux", comme les véhicules électriques, elles affichent de belles ambitions : Saft, par exemple, est en pointe au niveau mondial dans les batteries lithium-ion, Renault veut devenir leader mondial des voitures électriques et va lancer plusieurs modèles dans les prochains mois.
Quand nous publions des analyses sur les marchés sur GreenUnivers.com, nous voyons que la France peut tirer son épingle du jeu sur des marchés, comme les véhicules électriques ou le captage du CO2, mais que sur d'autres, comme le solaire et l'éolien, elle a laissé passer ses chances de figurer parmi les grands leaders mondiaux.

Merci Patricia Laurent, le mot de la fin ?

Je remercie La Tribune pour son invitation à ce tchat et les internautes qui l'ont suivi. Ils pourront trouver plus d'informations sur notre site GreenUnivers.com. Et espérons un accord à Copenhague dans quelques jours pour l'avenir de notre planète...

 

latribune.fr

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