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Source : La Tribune.fr - 08/04/2010 | 14:36 - 1802 mots  | 

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Comment réduire l'usage des pesticides ? Les réponses du DG de Goemar

Daniel Jobbe Duval, directeur général délégué de la société Goemar, vous a répondu le 8 avril. Créée en 1974, elle a pour activité principale l'élaboration de produits propres pour la santé des plantes.

Daniel Jobbe-Duval, DGA de Goëmar

Bonjour et bienvenue sur le "tchat". Aujourd'hui nous avons le plaisir d'accueillir Daniel Jobbe Duval, directeur général délégué de la société Goemar, qui répondra à toutes vos questions.

Bonjour, je suis Daniel Jobbe Duval, directeur général délégué de Goemar. Enchanté d'être en contact avec vous aujourd'hui.

walter2 : Bonjour, Votre matière première, la ressource "algue", est-elle toujours prélevée en mer ? Où ? Quelle durabilité pour ce type de prélèvement car cette ressource est limitée ? Y a-t-il moyen de favoriser de l'"algua-culture" comme on le fait pour la pisciculture ? Merci

La source de la laminarine, matière active du Iodus, est dans la Laminaire, algue brune poussant dans l'océan Atlantique Nord (entre autres). La ressource n'est pas en danger, et ne risque pas de l'être. Les algues poussent, et il faut les récolter ! La culture de l'algue existe, mais uniquement pour sdes usages de nutrition.

CGilles : Bonjour Monsieur Duval, je suis ingénieur agri (ISA Lille 1987) et je dirige mon laboratoire d'aromathérapie. Avez-vous des alternatives utilisant des extraits de plantes dans les traitements phytosanitaires ? Je suis producteur et souvent je propose des alternatives par mes productions industrielles. Bien cordialement

Pour remplacer des produits phytosanitaires, il faut d'abord définir la matière active, en montrer l'efficacité puis l'homologuer. C'est un parcours très long et très coûteux, qui hélas est souvent réservé aux entreprises de grande taille. L'originalité de Goemar est d'être justement parvenue à homologuer un produit basé sur une matière active d'origine naturelle. Sur le principe, rien ne s'oppose à ce qu'on puisse trouver des molécules intéressantes dans d'autres extraits de plantes... la difficulté, c'est de les trouver !

Bastita : Bonjour, développez-vous des produits insecticides bio pour les secteurs à climat tropical ? En fait je suis arboriculteur en Nouvelle-Calédonie où l'agriculture raisonnable -voire bio - est au stade embryonnaire mais volontaire si des solutions efficaces sont proposées.

Je ne connais hélas pas les problématiques spécifiques des cultures tropicales... mais des solutions comme le Bacillus thuringiensis par exemple peut apporter une partie de solution sur certaines cultures et certains parasites.

suzy : Quels sont vos débouchés ? France, internationale ? Agriculture, industrie ?

Goemar a deux activités dans le marché agricole: la nutrition des plantes et la protection des plantes.
Sur l'ensemble de ces 2 activités, nous réalisons 1/3 de notre activité en France et 2/3 à l'étranger (USA, Europe, Afrique du Nord et du Sud, Moyen Orient, Extrème Orient, Australie-Nelle Zélande, Amérique du sud, au total 40 pays).
Pour la partie spécifiquement de protection, représentée par le Iodus, nous en sommes à 1/2 France et 1/2 export, du fait des délais d'homologation. Nous venons d'être homologués aux USA, en Grèce, en Allemagne, sur certians parasites et certaines cultures. Le développement de Goemar sera particulièrement concentré sur le marché protection.

Business : Comptez-vous vous introduire en Bourse ? Pouvez-vous donner quelques infos sur votre entreprise ?

En tant que Directeur Général, mon souci est de rendre heureux mes actionnaires: ils le sont, et préfèrent ne pas être trop nombreux: non, il n'y a pas, à ma connaissance, de projet d'entrée en bourse.
Goemar est une entreprise de 68 personnes, basée à Saint Malo, concentré sur un seul objectif: proposer des solutions nouvelles pour une agriculture plus "durable". Les produits "nutrition" ont pour effet la meilleure utilisation des engrais par les plantes, les produits "protection" permettant de réduire, dans certains cas, l'utilisation de fongicides. L'activité de Goemar se développe en France et sur 40 pays étrangers.

Jfh : Bonjour. Les cultures spécialisées de type arboriculture, viticulture etc. qui n'occupent qu'un peu plus de 10% des surfaces agricoles en France reçoivent près de 40% des produits phytopharmaceutiques vendus dans l'hexagone. De nombreuses études montrent que la qualité d'application des produits est très largement insatisfaisante dans ces filières (non respect des concentrations, mauvais réglages des pulvérisateurs et vétusté des appareils, projection des produits à plusieurs mètres de la cible visée - le jeune fruit ou le feuillage -, absence du port de protections adaptées de l'applicateur, etc. Des années de sensibilisation, de formation, de contrôles n'ont pas apporté d'avancée majeure. Ne pensez-vous pas que pour tenir l'objectif de réduction de l'emploi des pesticides, seule la sous traitance par des structures (CUMA ou autres) certifiées et rigoureusement contrôlées ne soit une solution à envisager très sérieusement ?

Je ne pense pas que votre analyse soit le reflet fidèle de la réalité. Bien sûr il y a des contre-exemples, mais on peut considérer que les agriculteurs ont globalement le souci de leur santé, de la bonne application des produits qu'ils achètent (cher) et de la santé de leur sol. Il reste bien sûr à faire, et c'est en marche.
La réduction de l'emploi des pesticides ne passera que par le développement et la divulgation de solutions techniques qui permettent de lers remplacer. Aucun agriculteur ne traite "pour le plaisir": c'est par nécessité, il convient donc de réduire la nécessité. De nombreuses voies, convergentes, sont ouvertes dans cette direction: choix des variétés, travail du sol, recherche génétique pour des variétés moins sensibles aux maladies, et produits stimulants les défenses naturelles des plantes.

agro : Cela fait des années que l'on parle de la pollution agricole. Pourquoi l'agriculture ne fait-elle rien ? Comment vous faire entendre davantage ?

On ne peut pas dire que "l'agriculture ne fait rien". En revanche les résultats ne sont pas suffisamment communiqués: ça c'est possible. Il faut néanmoins admettre que produire du cochon sans produire du lisier est un art très difficile.
Toute l'agriculture est orientée, soyez en certain, vers une production efficace, économique et durable. C'est pourquoi les agriculteurs sont ouverts et accessibles aux solutions novatrices qui respectent ces objectifs.
Mais il est vrai qu'entre une "petite" entreprise novatrice et 300.000 agriculteurs... il y a un problème de trasmission de l'information !

Jbv : Ne serait-il pas plus simple dans un premier temps de limiter fortement les herbicides ?

On a effectivement considéré, depuis le début de l'entrée de la chimie dans l'agriculture, qu'il fallait absolument que la plante soit protégée de tout et qu'il était indispensable d'éliminer toutes les compétitions.
D'où la recherche d'efficacités de plus en plus totales sur les maladies, les herbes ou les insectes.
D'autres systèmes de culture ne recherchent pas l'efficacité totale, mais l'efficacité suffisante: on peut sans doute tolérer d'avoir quelques coquelicots dans un champ de blé sans que cela porte préjudice au rendement.
En revanche, décider de réduire "comme ça" les herbicides, c'est risquer d'avoir plus de coquelicots que de blé.

Avenir : Combien de pesticides sont utilisés chaque année en France et dans le monde ? De combien pourrait-on les réduire grâce à votre solution ?

Le marché français des pesticides est de l'ordre de 2 milliards d'euros, mondialement c'est environ 30 milliards d'euros. Il y a dans ce marché 3 grandes familles: les herbicides, les insecticides et les fongicides.
Les solutions "alternatives" c'est à dire efficaces, dénuées de toxicité pour l'homme et l'environnement, et homologuées, concourent à une agriculture plus durable. Parmi ces solutions, le Iodus de Goemar remplace certains fongicides. A titre d'exemple, le produit est homologué en France sur blé, orge et sur fraisier. Sur ces 3 cultures, on peut estimer que Iodus permet de réduire d'environ 1/3 les fongicides appliqués. Nous sommes également homologués sur feu bactérien du pommier et du poirier: ici nous apportons une solution à une maladie sans traitement chimique.

Vino : Peut-on utiliser vos produits pour les vignes ?


Nous avons testé la laminarine, matière active du Iodus, sur la vigne depuis plusieurs années, sur le mildiou et l'oidium. Le dossier d'homologation a été déposé, nous sommes en attente de la réponse des autorités compétentes. En attendant que le produit soit homologué, l'usage du Iodus est interdit.

Pesti : Votre solution permettrait-elle de réduire voire de supprimer le phénomène des algues vertes, très nocif en Bretagne ?

Hélas les algues vertes sont au bord des plages, mélangées à du sable, et très rapidement dégradées: il est absolument impossible de les utiliser pour en faire un produit industriel: cela demanderait une logistique de ramassage, nettoyage... pour un produit dont la composition est sans doute très variable!
J'ignore le détail des conditions de prolifération des algues vertes mais une chose est sûre: Iodus n'est pas une solution !

Sarko : Que pensez-vous de l'abandon de la taxe carbone française ? Croyez-vous à une taxe carbone européenne alors que Bruxelles semble réticente ?

A titre personnel, je regrette l'abandon de la taxe carbone et espère qu'elle pourra se mettre en place au niveau européen.

Trick : Quelle chance pour une petite société comme la vôtre face aux géants de l'agro chimie ?

Notre chance, c'est d'être sur la bonne piste... notre malchance, c'est d'être "petit". Mais ça n'empêche pas d'être heureux, de progresser et de contribuer, à notre place, au développement d'une agriculture plus performante, plus écologiquement intensive !

quizz : Comment se passe votre activité ? Est-ce un hasard si vous êtes installé à Saint-Malo ?

Goemar a été créé par un malouin, René Hervé, en 1974, avec l'idée que les algues, utilisées traditionnellement au sol dans la production des légumes, pouvaient être pulvérisées sur la plante. La ressource étant sur place, inutile d'aller plus loin: il s'est installé à Saint Malo.
Depuis 1974, l'activité se développe correctement, même si bien sûr lorsque l'agriculture souffre (ce qui est le cas aujourd'hui) les fournisseurs en général (et Goemar) souffrent également.

Souffre : Avez-vous l'impression que les pouvoirs publics comprennent l'intérêt d'une entreprise comme la vôtre et de ses technologies. Ne voudriez-vous pas bénéficier d'un soutien de plus grand poids et d'une meilleure considération ?

Les pouvoirs soutiennent très significativement les entreprise innovantes comme la nôtre, par exemple à travers les subventions ou le Crédit Impôts Recherche: c'est loin d'être négligeable.
Evidemment, côté homologation, les procédures sont identiques pour les "gros" et les "petits", les délais sont les mêmes, les exigences sont les mêmes... De ce point de vue, on peut le regretter, mais en même temps cela garantit que le produit homologué n'est pas homologué "au rabais".
Côté écophyto, bien sûr, nous sommes en attente d'un changement de regard sur les solutions "alternatives". Pour éclairer un peu le sujet: un produit de traitement (qu'il soit chimique ou non) est un pesticide. Et donc le plan écophyto 2018 étant destiné à réduire l'utilisation des pesticides de 50%, les produits tels que le nôtre, non toxique et non chimique, sont touchés par cet objectif: ils devraient aussi être réduit de 50% alors qu'ils sont en fait un moyen pour réduire les pesticides toxiques.

Green : Pensez-vous que le monde va vraiment devenir green ?

Je pense qu'il ne va pas devenir green, mais il est obligé de durer, donc il va devenir durable... Il y a pour cela de très nombreuses solutions, rien n'est perdu, il suffit de mettre en valeur ces solutions et de les distinguer un peu.

Merci Daniel Jobbe Duval. Le mot de la fin ?

Merci beaucoup pour toutes ces questions, j'espère que mes réponses ont participé à éclairer un peu le débat qui n'est pas simple du tout.

latribune.fr

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  • Mr Spok a écrit le 15/04/2010 à 01:16 :

    • Voila une belle intervention pleine de promesse a l'heure ou 40% des ruchers de Loire atlantique ont été décimés en 3 semaines GRACE à la réhabilitation européenne de certains pesticides .... Parler c'est mieux que de ne RIEN faire agir c'est encore mieux ... MOBILISONS NOUS CONTRE LES POLLUEURS EN TOUT GENRE...ILS SE SONT FAIT ASSEZ DE FRIC, IL EST TEMPS DE PASSER A LA CAISSE :o)...et viteeeeee

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