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Bonjour à tous. Bienvenue dans ce nouveau tchat "green business" sur le thème : quel avenir pour la protection de l'environnement et pour le "green business" après le semi-échec de Copenhague ? Les entreprises sont aujourd'hui en ligne de mire face aux enjeux du climat, au risque matières / énergie et aux conséquences de la crise. Posez dès maintenant vos questions à Nicolas Imbert, consultant chez Ineum Consulting, expert en économie de l'environnement, qui a suivi de l'intérieur les négociations de Copenhague.
Bonjour Nicolas Imbert, un mot de bienvenue ?
bonjour à tous...ravi d'être avec vous pour cet échange et au plaisir de vous lire
MaxC : Est ce que vous pensez qu'un marché mondial a une chance de voir le jour, sachant que les émissions de carbone sont complètement liées à la problématique -stratégique- de la dépendance des pays en combustible fossile et du développement de énergies renouvelables? (Kyoto a par exemple permis à la Chine de faire financer une partie de ses fermes éoliennes par des industriels européens dans le cadre des Projets CDM et des émission de CER par l'UNFCCC).Finalement, ne peut on pas s'attendre a plusieurs marchés locaux, le marché des émissions permettant d?encourager le développement des énergie renouvelables dans chaque pays?
Vous avez raison. Les marchés carbone constituent un outil pour atteindre les objectifs de réduction des quotas dans une logique moyen terme, là ou la préoccupation des Etats et de beaucoup d'entreprises est court terme, très liée d'une part à la question énergétique et aux pénuries matière, d'autre part aux faibles ressources financières disponibles.
Les marchés carbones trouvent localement et péniblement un point d'équilibre qui reste très fragile, et vraisemblablement pas à un niveau qui permet des investissements dans la durée. En plus, les entreprises doivent déjà composer avec des marchés locaux et/ou sectoriels (certificats d'économies d'énergies notamment...). A terme, un marché par continent (Europe, Asie, Amériques, Afrique) peut constituer un bon compromis, mais nécessite soit une gouvernance non acquise à ce jour, soit que les acteurs privées s'organisent mieux.
On constate également que l'attraît pour les énergies renouvelables, qui est encore plus important hors de France, est principalement dicté par la nécessité de répondre maintenant à l'enchérissement de l'énergie, d'être plus autonome face au réseau et aux prix futurs. Le marché carbone et les marchés dérivés ne contribuent que peu à l'engouement pour les renouvelables, qui lui répond à une logique beaucoup plus court terme.
Fred - Comment analysez-vous Copenhague avec le recul ? Echec ? Semi-échec ? Comment cela s’est-il passé réellement ?
Copenhague a vu l'émergence des revendications des pays du sud et des non-alignés qui désirent désormais faire entendre leurs positions et demandent aux occidentaux des engagements forts et massifs. L'absence de compromis (notamment sur l'ace USA / Chine) était prévisible, et a fait de la manifestation un échec, pour le moment.
Par contre, la fin de mandat d'Yvo de Boer, personnage charismatique et qui a joué un rôle essentiel dans le maintien du dialogue entre Etats et la sécurisation du minimum à Copenhague (REDD+), a envoyé un signe décisif: lui succède Christiana Figueres, qui a fortement contribué à l'émergence d'une position commune du G77 et au dialogue Sud-Nord, et est proposée par le Costa Rica, un état exemplaire du point de vue de l'environnement.
Bonn n'a pas souhaité s'inscrire dans la continuité de Copenhague, mais plutôt comme un nouveau départ, focalisé sur le long terme (LT strategy), la rpotection des zones humides, les transferts de technologie. Le court terme était jusqu'à maintenant fortement impulsé par les objectifs de réduction carbone européens. Face à la crise, l'Europe ne revendique plus cette position pionnière, alors même que les Etats-Unis et la Chine avancent pour avoir, chacun à leur manière, une position ambitieuse d'ici à fin 2010 (et la Cop16 à Cancun est du 29 novembre au 10 décembre).
De nouveaux acteurs émergent également. La discussion entre Etats sur un modèle consensuel a montré certaines limites, et fixe une vitesse lente dans l'évolution des normes. Certains, villes et gouvernements locaux notamment, veulent aller plus vite, plus fort, plus loin. Ils se fédèrent, et une association comme ICLEI, qui représentante quelques milliers de villes et territoires (60% des émissions carbone de la planète quand même), veulent montrer l'exemple, en réduisant de 40% leurs émissions d'ici à 2020, pour en faire un levier de différenciation et de compétitivité.
Garou : Les entreprises ont-elles ralenti leurs investissements verts depuis Copenhgaue ou par rapport à leurs prévisions ?
Le mode de prise de décision a changé. Avant Copenhague, on pensait avant tout réduction de l'empreinte carbone. Désormais, les motivations pour agir sont plus directes: pressions sur les matières premières et les énergies, nécessité d'être plus efficace énergétiquement (et de réduire les coûts), adaptation à l'apparition prochaine de l'éco-taxe européenne sur les transports et à la généralisation de la responsabilité élargie des producteurs pour réduire le besoin en transports, produire à proximité du lieu de consommation, réduire les emballages, travailler plus le service et rendre les produits plus facilement recyclables, faire de la récupération et de la valorisation en fin de vie des activités utiles et rentables....des sujets très concrets
C'est donc plus l'horizon de temps qui s'est contracté, les projets qui deviennent tout de suite plus opérationnels et plus concrets, qu'un ralentissement des investissements verts.
Par ailleurs, le post-Copenhague montre un retour de la responsabilité directe: les négociations internationales sont incertaines, l'aide des Etats devient plus limitée et incertaines, les ambitions du Grenelle II se concentrent sur l'essentiel
Les entreprises n'attendent plus et s'organisent, lancent des projets pilotes, impliquent leurs fournisseurs et leurs clients, proposent de nouveaux modèles au marché: EarthKeeper chez Timberland (chaussure éco-conçue et recyclable), émergence d'offres d'éco-mobilités privées, initiatives sectorielles (Leclerc, Système U, Casino, Monoprix...) sur l'étiquettage, le transport des marchandises en ville, la réduction des emballages, la location courte durée d'équipements...
Jones – Comment évolue la position des Etats-Unis sur la question de l’écologie ?
En deux horizons de temps : l'actualité et la marée noire aux larges des côtes, et le débat national mené par Barack Obama
Jusqu'à la marée noire, Barack Obama avait fixé un calendrier accordant une large place au débat, pour aboutir fin 2010 à une loi fédérale, laissant aux Etats (Californie en tête) le soin d'aller plus vite et de montrer l'exemple (sur le batiment, les emballages...). Il n'avait aucune majorité acquise et le débat s'annonçait incertain.
La marée noire a radicalisé les comportements: la sécurité de fonctionnement des installations pétrolières aux Etats-Unis inquiète au plus haut de l'Etat, qui vient de découvrir des installations à risque en Alaska, et la réparation des dégats de la marée noire pourrait atteindre des budgets inouis (et sur lesquels le gouvernement a déjà obtenu des avances du pétrolier).
La question des énergies alternatives devient donc une priorités, qui rend plus discrètes les oppositions à une économie low-carbon. Par ailleurs, de nombreux petits industriels américains sont devenus localement producteurs de renouvelables (biogaz notamment), et c'est un business rentable.
Le marché carbone américain, volontaire, devient également de plus en plus actif.
Enfin, Barack Obama ne peut se permettre d'apparaître à Cancun, sur son continent, comme réservé ou en retrait sur la question. Je suis donc plutôt confiant sur la capacité des américains d'aboutir à une loi ambitieuse fin 2010.
cathy : Les faibles cours du carbone risquent-ils de remettre en cause certaines technologies vertes ? lesquelles sont les plus menacées ?
Les cours actuels ne sont pas encore à un niveau où ils influencent le marché - donc ils ont peu d'impacts sur les technologies vertes (que ce soit en positif ou en négatif). Le faible prix de l'énergie est beaucoup plus préoccupant et handicapant pour la compétitivité actuelle et future des technologies vertes, notamment en France.
C'est vrai pour les solutions d'efficacité énergétique (souvent des technologies françaises, mais un contexte réglementaire pas favorable du tout, conduit les entreprises à exporter ou à vivoter), pour l'éolien et le solaire. Seule la biomasse tire relativement bien son épingle du jeu. N'oublions également pas que les technologies vertes sont très actives, innovantes et en fort développement aux Etats-Unis et en Chine, deux pays hors Kyoto.
carole : L'échec de Copenhague ne donne-t-il pas encore plus d'arguments à ceux qui prennent prétexte de la crise pour ralentir leurs investissements verts ?
Trois enjeux guident les investissements verts des entreprises, et la réduction des émissions de CO2 n'est que l'un des trois: les deux autres, la pression sur les matières premières et l'énergie et l'évolution des comportements des consommateurs restent toujours là. Donc pour le moment (et ce d'autant plus que les échéances de 2017 et 2020 sont toujours contraignantes), peu d'impact.
Certains secteurs industrielles ou des PMEs françaises ont un autre enjeu: leurs investissements vert sont très limités par leurs contraintes propres de financement, et il n'existe pas de fond assez dimensionné pour accompagner leurs ambitions et investissements vers un changement massif de leur outil industriel pour le rendre compétitif dans une économie bas-carbone.
nathan : les technologies les plus coûteuses comme le captage/stockage de CO2 ne risquent-elles pas d'être durablement mises en sommeil face à la faiblesse des cours du carbone et du gaz et en période de crise ?
Certainement, la crise voit émerger des solutions déconcentrées en production d'énergie et en captage de CO2. Les pays du sud (Afrique, Amérique du Sud notamment) développement aussi leurs propres solutions locales et les privilégient souvent par rapport à des investissements massifs.
C'est une évolution avec laquelle il faudra vraisemblablement compter, qui permet tout autant d'atteindre des objectifs de réduction carbone mais nécessite des investissements et des acteurs différents - je pense que les leaders industriels actuellement impliqués dans du captage de CO2 concentré notamment, vont se diversifier et proposer des alternatives moins couteuses et plus rapidement opérationnelles.
Merci de vos réponses, Nicolas Imbert. Le mot de la fin ?
Merci pour cette discussion très intéressante - ayez un oeil attentif sur l'évolution des cours des matières premières et rendez-vous à Cancun (Cop16).
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JN a écrit le 24/06/2010 à 23:10 :
Que pensez-vous du débat sur l'obsolescence du réseau électrique français, qui semble inadapté à l'utilisation massive d'énergies renouvelables ?
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Que pensez-vous du débat sur l'obsolescence du réseau électrique français, qui semble inadapté à l'utilisation massive d'énergies renouvelables ?
par JN le 24/06/2010 à 23:10
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