Google étend son emprise sur le livre numérique

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Après cinq ans de conquête, le projet de Google dans le livre numérique est devenu un empire, avec lequel bibliothèques et éditeurs ont dû apprendre à négocier. En France, après la bibliothèque de Lyon, la Bibliothèque nationale de France (BNF) pourrait s'allier au géant de l'Internet afin de poursuivre la numérisation de son riche patrimoine. Farouche opposante aux ambitions du moteur de recherche sous la présidence de Jean-Noël Jeanneney en 2005, la BNF a changé son fusil d'épaule à un moment crucial : Google tente de passer d'un service gratuit de consultation de livres en ligne au commerce du livre numérique, à l'instar d'Amazon. Ce sera la première fois que Google sortira du modèle gratuit de financement par la publicité pour se lancer dans l'e-commerce.nouvelle stratégie« Nos négociations avec Google pourraient aboutir d'ici à quelques mois », affirme Denis Bruckmann, directeur général adjoint et directeur des collections de la BNF. Ce changement de stratégie a été motivé par le coût extrêmement élevé de la numérisation des livres. Selon les types de format et la qualité de la numérisation, il faut compter entre 0,12 euro et 0,74 euro par page? « Pour numériser les fonds de la IIIe République, il nous faudrait entre 50 et 80 millions d'euros », estime Denis Bruckmann, alors qu'aujourd'hui l'État français octroie au projet de bibliothèque numérique de la BNF (Gallica) quelque 5 millions d'euros par an via le Centre national du livre (CNL). « Nous n'arrêterons pas pour autant notre propre programme de numérisation. Mais, si Google peut nous permettre d'aller plus vite et plus loin, pourquoi pas ? », conclut-il.opération séduction Nécessité fait loi pour les bibliothèques, et en prenant à sa charge le coût de numérisation de leurs fonds, le géant a su séduire 29 partenaires parmi les plus grandes bibliothèques mondiales depuis 2004. En sus de ce programme, Google a également tissé des liens avec près de 25.000 éditeurs, principalement professionnels ou universitaires. Grâce à ces différents accords, Google a numérisé à ce jour environ 10 millions de livres, dont 1,5 million proviennent de ses accords avec les éditeurs. Ces livres numériques sont rendus accessibles gratuitement aux internautes de 124 pays via la plate-forme « Google Recherche de Livres ». Si l'accès à ces formidables ressources reste limité à de simples extraits lorsque le livre n'est pas tombé dans le domaine public, l'offensive de Google a provoqué l'ire des ayants droit (éditeurs et auteurs) de chaque côté de l'Atlantique. Pomme de discorde, le géant de l'Internet a indifféremment numérisé les livres du domaine public (environ 1,5 million de livres) et ceux protégés par les droits d'auteurs? sans autorisation préalable des auteurs ou éditeurs. Une stratégie qui lui a valu un long procès aux États-Unis. C'est cet automne qu'un tribunal américain doit valider ou non l'accord finalement trouvé avec les éditeurs américains pour mettre fin à la bataille judiciaire. Une décision qui restera tributaire de l'enquête en cours lancée par les autorités de la concurrence américaines. Sans parler du regard suspicieux de Bruxelles.Outre ses démêlés judiciaires, l'immense dispositif de « Google Recherche de Livres » ne génère pour le moment que très peu de revenus (quelques liens publicitaires), et même pour Google le développement de cette immense bibliothèque en ligne n'a pas un coût négligeable. Pour faire fructifier son service de bibliothèque en ligne, le moteur de recherche a annoncé en juin le lancement aux États-Unis d'une plate-forme d'accès payant aux livres numériques. Concrètement, les internautes pourront acheter directement sur « Google Recherche de Livres » les ?uvres sous droits, aujourd'hui en accès limité. Pour développer ce programme, le géant ne pourra faire l'économie d'accord avec les éditeurs américains. « Ils sont extrêmement intéressés par le projet », affirme Santiago de la Mora, responsable du programme pour l'Europe. Récemment présenté aux éditeurs français, le projet de plate-forme en a cueilli à froid une partie. Ils estiment que la politique de numérisation sans autorisation du géant de l'Internet ne permet pas de mettre en place un partenariat. Selon une source proche du dossier, la base de Google comptabiliserait aujourd'hui près de 150.000 livres d'auteurs français.

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