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Source : La Tribune - 05/06/2010 | 21:44 - 716 mots  | 

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L'analyse d'Erik Izraelewicz : G2 amours, Paris et Berlin

Une Allemagne « égoïste, autoritaire, tournée vers l'Est, partisane d'une Europe allemande »... En France, les reproches s'accumulent. La réponse du plus francophile des patrons allemands. À écouter, pour éviter les malentendus.

Règlement de comptes franco-allemand, mardi dernier, dans les locaux majestueux de l'hôtel Beauharnais, dans le VIIe arrondissement de Paris, la résidence personnelle de l'ambassadeur d'Allemagne en France. Ce jour-là, Gerhard Cromme, l'un des plus francophiles des patrons allemands, le président du conseil de surveillance de Siemens et de ThyssenKrupp, était venu plaider, devant un parterre de dirigeants français (Giscard, Chevènement, François-Poncet, Védrine, Badinter, Veil, Gallois, Breton, Potier, etc.) en faveur d'un « retour aux fondamentaux » dans les relations franco-allemandes. Les débats furent animés. On aura du mal à dire qu'il a convaincu son auditoire ! À écouter, le lendemain, dans une autre enceinte, Jean-François Copé, le président du groupe UMP à l'Assemblée nationale, on pouvait pourtant avoir le sentiment que le « modèle allemand » recommence à trouver de fervents avocats en France, au sein de la majorité en particulier. « En ce qui concerne tout d'abord la banque centrale allemande... »

Éclats de rire gênés dans la salle. « Excusez mon lapsus freudien », rebondit, rapidement, Gerhard Cromme, dans un excellent français. Appelé à répondre à plusieurs questions liées à la crise financière - sur le rôle notamment de la BCE, le « Docteur Gouvernance allemand » se serait bien épargné ce petit dérapage - « confondant » involontairement Buba (la Bundesbank) et BCE. Significatif, pourtant, pour plusieurs des personnalités présentes dans la salle. Cromme avait voulu répondre aux trois grands reproches que les Français adressent généralement à l'Allemagne - en particulier celui de vouloir une Europe allemande plutôt qu'une Allemagne européenne. Par ce lapsus, son plaidoyer a perdu un peu de sa force. Les arguments allemands méritent pourtant d'être entendus, sinon acceptés.

Cavalier seul

Premier reproche des Français aux Allemands : nos amis et voisins seraient trop concentrés sur la défense de leurs seuls intérêts égoïstes aux dépens des autres pays de l'Union européenne. Ils joueraient cavalier seul dans un nombre croissant de dossiers - budgétaire, financier, réglementaire, avec l'interdiction des ventes à découvert à nu, par exemple, etc. Faux, dit Cromme. En acceptant l'euro, les Allemands ont d'ores et déjà payé cher : des taux d'intérêt plus élevés, une monnaie affaiblie... Ils sont et restent ensuite les premiers contributeurs nets au budget de l'Union. Selon Cromme, depuis le début de l'euro, les Allemands auraient payé chaque année 100 euros à l'UE - les Français, moins de la moitié. Quant au « jeu perso » de Berlin, l'industriel cofondateur des entretiens franco-allemands d'Évian rappellera l'affaire de l'Union méditerranéenne, montée par Paris sans que l'Allemagne n'en soit informée ! Ambiance.

Deuxième reproche français à l'Allemagne : la place excessive des exportations dans son économie. C'est l'attaque de Christine Lagarde, qui, visiblement, a froissé outre-Rhin. Cromme y revient longuement. L'excédent commercial allemand n'est pas un handicap pour l'Europe. Il contribue, au contraire, à l'équilibre des comptes extérieurs de la zone euro. Il est un dopant pour les autres économies européennes. Les exportations allemandes auraient en effet un contenu en importations européennes considérables - de l'ordre de 50 %. Surtout, ce surplus commercial, qui n'est pas nouveau (l'Allemagne était déjà critiquée pour cela en 1912 dans une publication appelée « Touche à tout »), ne serait pas lié exclusivement à une supposée déflation salariale menée dans les années 2000 en Allemagne. Il serait davantage le signe d'une « économie de bazar », particulièrement adaptée à la mondialisation. Il traduirait une compétitivité allemande liée à la capacité d'innovation de l'industrie nationale, à sa spécialisation et à la qualité de ses produits.

La Russie, un intérêt stratégique pour tous

Dernier reproche, enfin : l'Allemagne ne serait plus européenne, elle se tournerait désormais davantage vers la Russie, vers l'Est, plus généralement. Vieille critique qui fait enrager Gerhard Cromme. C'est, à ses yeux, un intérêt stratégique majeur, non seulement pour l'Allemagne, mais pour toute l'Union européenne, que d'entretenir des relations intenses et pacifiées avec la Russie - que ce soit pour des raisons militaires ou énergétiques.

En plaidant en France pour un nouveau modèle économique, pour une croissance tirée davantage par l'investissement, l'innovation et l'exportation, pour une France davantage ouverte au monde, aussi, Jean-François Copé devait répondre, indirectement, le lendemain à cet appel à un retour aux « fondamentaux » de Cromme. Copé plaide ainsi pour un « G2 Paris-Berlin »  pour faire face au « G2 Washington-Pékin ». Pour reconstituer ce G2, « la cigale [la France] ne saurait faire la morale à la fourmi [l'Allemagne ] », devait conclure Antoine Veil, l'instigateur du débat franco-allemand. Référence à La Fontaine, Jean, le Français, pas Oskar, l'Allemand ! Pour qu'il n'y ait pas de malentendus.

Erik Izraelewicz

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  • maxime a écrit le 07/06/2010 à 20:27 :

    • Bataille de chiffres et de points de vue entre l'exposé et les réactions des internautes Une seule chose est sure : le lapsus. Le Mark a pris le nom d'Euro Sure de sa force et de sa rigueur, l'Allemagne fera tout pour s'imposer, surtout lorsque le Président de la Banque européenne sera allemand après la fin du mandat de Monsieur Trichet. Bien du plaisir au Président français élu en 2012 après une campagne électorale qui aura comporté sa part de fausses promesses démagogiques puisque c'est la loi du genre pour gagner les élections.

  • maxime a écrit le 07/06/2010 à 20:27 :

    • Bataille de chiffres et de points de vue entre l'exposé et les réactions des internautes Une seule chose est sure : le lapsus. Le Mark a pris le nom d'Euro Sure de sa force et de sa rigueur, l'Allemagne fera tout pour s'imposer, surtout lorsque le Président de la Banque européenne sera allemand après la fin du mandat de Monsieur Trichet. Bien du plaisir au Président français élu en 2012 après une campagne électorale qui aura comporté sa part de fausses promesses démagogiques puisque c'est la loi du genre pour gagner les élections.

  • Jean BONNIE a écrit le 06/06/2010 à 19:29 :

    • Juste un élément à ajouter à ce débat sur les performances du commerce extérieur des différents pays. Tout à cette vieille "passion de l'échec" qui envahit les français dès qu'il s'agit d'économie, beaucoup d'entre eux sont persuadés que nos exportations sont en déconfiture. Il n'en est rien : si on neutralise l'année 2009, qui a été calamiteuse pour tout le monde, y compris pour les allemands qui ont vu leurs exportations reculer de plus de 20%, les exportations françaises sont passés de 414 milliards de dollars en 2004 à 595 milliards en 2008, soit une augmentation de 43%, et en augmentation continue et régulière sur la période (chiffre que chacun peut aller vérifier sur le site de l' OCDE). Ramenés à l' habitant, ce qui est tout de même la seule chose qui ait une signification, on constate que chaque français exporte par exemple 2 fois plus qu'un américain, 50% de plus qu' un japonais et plus que n'importe quel habitant d'un grand pays européen, excepté bien sûr l'allemand. Si on ramène ces valeurs à chaque actif au travail, les résultats sont encore plus favorables. Dès lors, ne nous trompons pas de diagnostic, ce qui peut avoir de graves conséquences. Les entreprises françaises sont-elles performantes à l' exportation ? Oui, et parmi les meilleures. L'évolution défavorable de notre commerce extérieur, qui exprime un solde, vient de la croissance forte des importations, passées de 434 milliards de dollars en 2004 à 695 en 2008. Quelle est la signification de ce solde ? Une balance courante négative veut dire que le pays concerné est emprunteur net vis-à-vis du reste du Monde, du fait que sur la période concernée il dépense plus qu'il ne produit. Bien sûr on peut rêver de faire encore mieux à l'exportation. Mais ne vaudrait-il pas mieux s'occuper de produire en France une partie de ce que les français importent pour satisfaire leur consommation? Plus facile à dire qu'à faire sans doute. Mais c'est un vrai débat, plus fécond que de continuer à se lamenter sur nos exportations et à faire des complexes injustifiés, une spécialité nationale celle-là, et particulièrement improductive...

  • Tribun a écrit le 06/06/2010 à 16:57 :

    • Petit exemple de ce qui fait la force économique de l'Allemagne : Ses distributeurs écoulent de préférence des produits fabriqués en Allemagne donnant ainsi du travail à leurs nationaux. Leurs homologues français pensent surtout à écraser leurs fournisseurs français et maintiennent de sacro-saintes marges dont fait les frais leur clientèle non délocalisable.

  • PID a écrit le 06/06/2010 à 10:33 :

    • Les faits sont têtus et le bon sens reprend ses droits. Une allemagbe travailleuse, soucieuse de la qualité et de la modernité de ses produits et de sa compétitivité, nous montre que les règles basiques de l'économie ne changent pas. La France des grandes idées et des envolées lyriques, ne se donne pas les moyens de ses beaux sentiments. Dans un pays qui confond capital et malfaisance, il est temps de jeter un coup d'oeil outre rhin pour s'apercevoir que le peuple allemand a un meilleur niveau de vie que les Français, une vie sociale active, et une coopération patronat salariés étroite. La lutte des classes n'existe pratiquement pas, et tout le monde s'en trouve très bien. Les allemands sont en aussi bonne santé que les français, ils ont trouvé un consensus sur les retraites alors que nous n'osions même pas en parler, et maitrisent leur déficits de main de maitre. Mme Lagarde peut bien les traiter d'égoistes, mais le plus grand des égoismes n'est il pas de faire des dettes abyssales en disant après moi le déluge.

  • Germanophile français a écrit le 06/06/2010 à 10:22 :

    • M. Cromme et la plupart des français présents (ce qui est plus grave) ont oublié d'indiquer en quoi l'Allemagne bénéficie plus de l'euro que la France. Sans l'arme de la dévaluation, les pays comme la France ou l'Italie ont vu leurs industries totalement anéanties par leurs concurrents allemands. Evidemment direz-vous, c'est normal car ils font de meilleurs produits. Mais c'était prévisible au moment de la création de cette monnaie. Les produits allemands il y a dix ans étaient déjà excellents. Deuxième conséquence pour l'Allemagne, l'euro la rend encore plus dépendante de ses voisins de la zone euro, car qui va acheter les produits allemands quand ces pays voisins ne pourront plus les payer? Les chinois? Les indiens? Ne rêvont pas, la part de la France ou de l'Italie dans le commerce extérieur allemand est bien plus importante et le restera encore longtemps que la part des BRICs. Le modèle allemand n'est pas maintenable car tous les pays du monde n'auront jamais des économies purement exportatrices. Pour un exportateur, il faut un importateur. Il faut donc un équilibre qui peut être difficile à atteindre. Le seul modèle maintenable est un déficit ou excédent très faible qui sur 10-15 ans reste à une quantité négligeable proche de zéro. M. Cromme n'a aussi relevé aucune erreur du côté de l'Allemagne. Étonnant. Est-ce que l'Allemagne est devenu un pays parfait qui n'a rien à nettoyer de son côté? Si il souhaite (et nos voisins allemands en général), que la relation s'améliore, il ne suffira pas que le modèle allemand nous soit imposé et que nous devenions comme eux. Il faudra que la relation aille dans les deux sens et que l'Allemagne prenne aussi de bonnes idées françaises. Une ou deux pistes : la défense, les liens de notre population avec l'Afrique et le Moyen-Orient. Ce n'est pas énorme non plus, mais relisez Le lion et le souriceau de La Fontaine. Il n'a pas écrit que la cigale et la fourmi.

  • Europa a écrit le 05/06/2010 à 13:36 :

    • Le parterre à l'écoute de M G Comme est un peu usé .... Où est le sang neuf , volontaire , entreprenant ? Il faut une volonté farouche des 2 côtés du Rhin pour faire renaître l'espoir . C'est possible .....allez jeunesse , sortez du bois !

  • Osalteccino a écrit le 05/06/2010 à 09:23 :

    • On reste sur sa faim. On aurait aimé que soit évoqué le degré d'imbrication de l'industrie allemande dans l'économie d'Europe centrale; le taux de croissance des échanges entre Allemagne et PECO; les relations du système bancaire allemand avec celui d'Europe centrale et orientale; l'importance des enjeux comparés entre l'union de l'arc hanséatique et l'union pour la méditerranée. Je ne suis pas sûr de la véracité de l'assertion selon laquelle l'euro aurait entraîné des taux d'intérêt plus élevés en Allemagne. Mais surtout, pas un mot sur la philosophie politique, économique et sociale de la Bundesbank à travers sa politique monétaire: 1/ une banque centrale n'a pas à compenser les insuffisances structurelles des politiques menées par un gouvernement. Pas question donc d'une politiques de taux d'intérêt bas ou de taux de change faible qui ne serait pas objectivement justifiée. 2/ Une monnaie "forte", c'està dire dont la parité s'apprécie régulièrement par rapport aux autres devises, est un aiguillon stimulant l'industrie pour une quête permanente d'innovation, de productivité et de compétitivité. 3/ L'appréciation continue d'une monnaie permet de distribuer gratuiement du pouvoir d'achat aux catégories les plus défavorisées. Sur tous ces points je ne suis pas sûr qu'il y ait identité de vues entre France et Allemagne. Un test majeur de solidité sera vraisemblablement constitué par l'évolution du taux d'inflation en Allemagne à la suite de la dépréciation de l'euro et de la hausse des prix des produits importés. L'opinion allemande est très sensible sur le sujet de l'inflation et cette population vieillissante dont le revenu n'est constitué que par des pensions de retraite ne peut supporter une amputation de son pouvoir d'achat. Un thème populiste facilement exploitable pour justifier une sortie de l'euro avec un large assentiment populaire.

  • BEDE a écrit le 05/06/2010 à 08:56 :

    • j'apprécie cette mise au point qui équilibre l'ensemble des commentaires entendus généralement en France. L'écho de ces "entretiens" prouve qu'il faut intensifier rapidement et massivement ces échanges, rapprocher les responsables politiques et administratifs des deux côté du Rhin. Ce n'est que par une meilleure connaissance réciproque que viendra l'estime indispensable à un dialogue équilibré et responsable, et que pourront être prises des décisions politiques conséquentes sur le long terme et non plus à chaud, au gré des réactions médiatiques et des humeurs des un(e)s ou des autres...

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