La Tribune

« Dans cinq ans, elle sera la première sur le plan scientifique »

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La Chine est passée du statut d'économie émergente à celui de superpuissance. Est-ce aussi vrai sur le plan médical ?Sur ce plan aussi, la Chine se modernise : elle utilise autant que possible les équipements de dernière génération, fait revenir les chirurgiens chinois formés aux États-Unis ou en Europe. Mais cela ne recouvre pas toute la réalité médicale chinoise. Il y a aussi les médecins formés sur place par les nouvelles générations de professeurs, souvent étrangers, mais qui n'ont pas atteint le même niveau de technicité. Il y a surtout l'immense majorité des médecins qui font une passerelle entre médecine traditionnelle chinoise et médecine occidentale. Mais surtout, il y a une grande différence avec l'Europe, c'est qu'il n'existe pas la même éthique médicale en Chine - on greffera sans mal le rein d'un condamné à mort -, ni la même notion de la mort que chez nous : combien de personnes meurent parce qu'ils n'ont pas les moyens d'être soignés ? Si la notion d'accès aux soins commence à émerger, nous n'en sommes qu'aux balbutiements : il reste très disparate. Il faut souvent l'aval du représentant du parti dans l'hôpital pour pouvoir être opéré. Mais il y a une autre différence : en Chine, le malade se méfie des prescriptions et se montre même prêt à refuser certains examens... Il faut dire qu'il se méfie des médecins chinois et de l'éthique d'une profession qui aime l'argent. En revanche, le médecin occidental bénéficie d'une grande considération.Comment voyez-vous le monde médical chinois évoluer ?Si la Chine n'a pas encore, sur ce plan, de production scientifique, cela va changer : leurs médecins vont à bien des réunions scientifiques, et commencent à acquérir une certaine technique. On commence à voir des centres de recherche sur la génétique : dans cinq ans, ils seront les premiers en termes de production scientifique. Pour avancer sur le génome, le clonage, la fécondation in vitro, la manipulation des cellules souches, ils y mettent les moyens et attirent les meilleurs chercheurs du monde entier. Il faut dire que, n'ayant pas la même éthique du patient que nous, ils testent les médicaments sur un grand nombre de malades. Déjà, à Shanghai, ils font en cinq mois ce que nous développons en deux ans. Maintenant, ils veulent prouver au monde entier qu'ils sont les meilleurs, et veulent gagner de l'argent avec leur recherche. Ils veulent absolument décrocher un prix Nobel chinois, qui aura mené ses travaux de recherche en Chine et non à l'étranger. En génétique, sans limite d'argent, et sans états d'âme, ils seront les premiers.Où en sont-ils de la convergence de la médecine traditionnelle chinoise et de la médecine occidentale ? Qu'avons-nous à apprendre d'eux ?Alors que les médecines occidentales sont à 90 % issues de la phytothérapie, les Chinois, qui ont une avancée millénaire mais empirique sur le sujet, peuvent beaucoup nous apporter. Le laboratoire Pierre Fabre a créé à Shanghai un centre de recherche pour connaître les principes actifs de ces plantes. Mais les Chinois pensent aussi qu'ils ont beaucoup à nous apprendre, en particulier sur l'acupuncture, le massage et la relaxation, qui ont démontré leur efficacité. Enfin, ils sont convaincus qu'ils vont trouver de nouveaux produits ayant un impact révolutionnaire.Compte tenu de l'importance du marché intérieur chinois, pensez-vous que la Chine finira par fixer les normes mondiales en matière de médicaments ?Aujourd'hui, la Chine a une production de masse avec des défauts en matière de sécurité sanitaire qui lui ont valu le renvoi de millions de produits. Mais comme ils veulent massivement exporter, ils vont se mettre aux normes occidentales. Plus ils seront technologiquement évolués, plus ils seront exigeants à notre égard. Ils savent que c'est leur retard technologique qui, au XIXe siècle, a été à l'origine de la guerre des Boxers, de la guerre de l'opium et des traités inégaux. Ils veulent leur revanche. Dans les cinq ans qui viennent, ils auront encore besoin de nous. Dans dix ans, quand ils auront fait toutes les recherches véritablement innovantes, c'est chez nous qu'ils enverront leurs médecins.Propos recueillis par Valérie SEGOND
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