Urbanisme durable  : les tours sont-elles à la hauteur  ?

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V ille verticale, enfer ou paradis durable ? » C'est le débat qui a opposé le mois dernier architectes et urbanistes lors de la convention d'affaires China-Europa qui s'est tenue au Havre sur le thème du « développement urbain durable ».« Si elle est l'expression de la maturité technologique d'un pays, la tour ne doit pas être un objet de compétition. » C'est ce qu'a voulu rappeler Zheng Shiling, professeur d'architecture de Shanghai. Il faut dire que la « ville verticale » n'est pas un vain mot en Chine. Avant les 828 mètres de la tour Burj Dubai, Taipei culminait déjà à 508 mètres, et le World Financial Center de Shanghai se défend avec ses 492 mètres. De ville horizontale, Pékin est passée en vingt-cinq ans au statut de ville verticale. À Shanghai, où le terrain est rare, on compte presque autant de tours ? 15.000 ? que dans l'ensemble du pays ! Ses 40.000 habitants au km2 représentent l'une des plus fortes densités au monde. À l'image de ce qui existe à Shanghai, les tours ne se conçoivent pas sans transports publics efficaces, ont martelé les spécialistes. Si elles demeurent des gouffres énergétiques, on a appris à réduire leur consommation d'énergie, puisqu'on est passé de 400 à 100 kWh/m2 par an, ont-ils expliqué. Adolfo Rodriguez, concepteur de la très verticale station balnéaire de Benidorm (Espagne), a souligné la « performance des tours, eu égard aux émissions de CO2 pendant leur construction, la vie de l'édifice et leur démolition ».Antoine Grumbach, l'architecte urbaniste du Grand Paris, a mis l'accent sur la nécessité d'une « réflexion sur la longue durée », car la transformation des tours coûte très cher. « À Toronto, les tours construites il y a trente ans sont vides. Que va-t-il se passer quand on videra les tours de La Défense ? » Aux États-Unis, a-t-il ajouté, « on dépose le permis de déconstruire en même temps que le permis de construire ».Bureaux et logementsL'architecte parisien Jacques Ferrier, concepteur du pavillon français à l'Exposition universelle prévue à Shanghai en avril 2010, estime que les « hauteurs raisonnables » ? de 150-200 mètres ? « permettent d'ouvrir les fenêtres et de ne pas vivre dans la climatisation en permanence ». Par ailleurs, la mixité ? logements et bureaux ? aide à aplatir les courbes énergétiques, « puisqu'on refroidit les bureaux neuf mois par an et qu'on chauffe les logements neuf mois par an ». Cette mixité arrange bien aussi les promoteurs « soucieux de préserver une certaine souplesse entre habitat et bureaux », a indiqué Xing Tonghe, architecte de Shanghai, qui estime incongru de faire « se croiser dans l'ascenseur le panier à légumes et le costume cravate ». Opposé à « l'urbanisation de zonage », Pierre Clément d'Arte-Charpentier (Opéra de Shanghai, Avenue du Siècle à Shanghai) ne conçoit la ville que « comme un tout ». À cet égard, il estime que Paris intra-muros (20.000 habitants au km2) avec ses hauteurs haussmanniennes (7 étages) conçues pour l'accessibilité des échelles de pompiers de 30 mètres, offre un « modèle urbain intéressant », car « dense, compact et homogène ». Un modèle qui a fait réagir Jacques Ferrier : « Avec ses rues étroites et ses minuscules cours, Paris est une ville privée de ciel. Je vois plus le ciel à Shanghai qu'à Paris ! »

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