Les fusions-acquisitions, un marché à deux vitesses

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La crise a creusé les écarts dans les fusions-acquisitions. Au premier semestre, ce marché a stagné à 977 milliards de dollars de transactions. Un contexte encore déprimé qui cache pourtant deux tendances nettes et opposées. Il y a trois ans, le marché des fusions-acquisitions progressait tout seul, dopé par l'endettement sans limite. Toutes les sociétés se vendaient aisément, en quelques semaines. Désormais, la crise a obligé les acheteurs à plus de discipline, de rigueur et de prudence. Le marché s'est scindé en deux. D'un côté, les belles entreprises continuent à susciter beaucoup de convoitises. « Les meilleurs actifs partent très vite et à des prix élevés » observe Séverin Brizay, responsable des fusions-acquisitions chez J.P.Morgan. Les leaders et les secteurs porteurs comme la santé ou l'énergie tiennent le haut du pavé. Des sociétés comme Sebia, la Société Marseillaise de Crédit, Sperian, Areva T&D, Picard, B&B, ont été vendues chères, donnant parfois lieu à des enchères importantes (Areva T&D ou Sperian). « Les acheteurs se préparent longtemps en amont, sont prêts à être plus créatifs dans leur approche et n'hésitent pas à faire des efforts pour les belles sociétés » explique Philippe Cerf, son homologue chez Credit Suisse.Gros déséquilibreDe l'autre côté, le marché reste difficile. Les sociétés de second rang ou présentes dans des secteurs en berne, peinent à se vendre. Notamment dans le secteur financier et immobilier où des cessions d'actifs sont imposées par la commission européenne. Les ventes de Coface, Foncia, Banque Palatine - toutes trois détenues par BPCE - ou Barclays Vie en France ont, pour l'heure, échoué. « L'écart entre le prix demandé par le vendeur et celui proposé par l'acheteur reste à des niveaux historiques élevés » constate Séverin Brizay. Du coup, de plus en plus d'opérations n'aboutissent pas. Certaines ne sont même pas lancées dès lors que les phases d'études concluent à ce genre de déséquilibre. D'une manière plus large, la prudence reste de mise lorsque les sociétés en vente ne sont pas des pépites. « Les chefs d'entreprise sont plus circonspects lorsqu'il s'agit d'un investissement dans une société en retournement de cycle ou qui mise sur le retour, encore incertain, de la croissance » commence Philippe Cerf. A l'inverse de ce que l'on voyait avant la crise, les conditions financières ne suffisent plus à l'emporter. Les risques d'exécution ou de culture d'entreprises sont davantage pris en compte comme l'ont montré les refus de rachat de la filiale asiatique d'AIG par Prudential ou celui de Zodiac par Safran. Sans compter que les financements d'acquisitions restent limités sauf pour les très belles entreprises pour qui les crédits bancaires sont toujours disponibles. Comme d'habitude, on ne prête qu'aux riches. Matthieu Pechberty

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