La Tribune

Les grands barons d'EADS ne cachent plus leurs ambitions personnelles

latribune.fr  |   -  527  mots
La poussière était simplement mais soigneusement cachée sous les tapis. À un peu plus d'un an du départ du président d'EADS Louis Gallois, le garant de la paix franco-allemande au sein d'EADS, les ego et les stratégies des grands barons du groupe européen renaissent, une fois encore. Le premier à tirer la couverture à soi est cette fois-ci un Allemand, le patron de Cassidian Stefan Zoller, qui comme l'ont révélé mardi « Les Echos », restructure la filiale défense du groupe européen : les trois divisions disparaissent au profit d'une organisation matricielle. Au-delà des arguments officiels d'une telle réorganisation, il y a bien sûr une autre grille de lecture.Entre Stefan Zoller et l'actuel PDG d'Airbus et futur patron d'EADS Tom Enders, il existe une rivalité de longue date. Les deux hommes, qui cultivent chacun des réseaux politiques en Allemagne, ont été en compétition depuis la création d'EADS. Mais depuis 2005, Tom Enders a très largement pris l'ascendant sur son concurrent. C'est lui qui a la totale confiance des pouvoirs publics outre-Rhin. Il avait été d'ailleurs chargé en 2005 de faire trébucher l'ex-PDG d'EADS Noël Forgeard, qui était honni en Allemagne. Mission accomplie pour cet ancien officier allemand, baptisé « Major Tom » au sein d'EADS. Dans ce contexte, Stefan Zoller n'attend donc rien de bon avec l'arrivée de Tom Enders à la tête du groupe en juin 2012 et bétonne donc ses positions.D'où la réorganisation des activités de défense, un pole qui pèse au total 5,4 milliards d'euros dans EADS (y compris les participations de 46 % dans Eurofighter et de 37,5 % dans MBDA), avec la création, selon nos informations, de Cassidian GmbH et un recentrage très net vers l'Allemagne. « Stefan Zoller veut s'affranchir au maximum de la tutelle d'EADS. À partir de cette société, il va certainement multiplier les coentreprises avec des unités allemandes, pour devenir incontournable en Allemagne », explique un bon connaisseur du groupe. C'est déjà le cas. Cassidian a signé en février une joint-venture avec Rohde & Schwarz et Carl Zeiss.Quid alors de Cassidian France ? Officiellement aucune conséquence pour le site d'Élancourt en région parisienne. Pour le patron de Cassidian France Hervé Guillou, le seul Français, qui avait réussi à surnager dans les remous provoqués par les multiples restructurations des activités défense d'EADS depuis sa création, c'est plutôt la soupe à la grimace... Même s'il sera nommé au conseil d'administration de Cassidian. Hervé Guillou va devenir patron des activités de cybersécurité - une coquille presque vide - alors qu'il gère actuellement 1,4 milliard d'euros de chiffre d'affaires. Pour lancer sa restructuration, acceptée par Louis Gallois, Stefan Zoller a choisi le moment où Cassidian France traverse quelques difficultés et se retrouve fragilisé. La filiale française a ainsi perdu de l'argent en 2010 et dû encaisser l'annulation du contrat de lutte contre les incendies FiReControl, signé en 2007 en Grande-Bretagne, en raison de son retard à la livraison. Enfin, quels seront à l'avenir les choix de Stefan Zoller s'il devait réduire la voilure : Élancourt ou les sites allemands ?
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